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La porte cochère se referme lourdement,
laissant apparaître une cour intérieure
comme le Paris intra-muros en connaît beaucoup.
Pas de publicité, ici. Pas de signe extérieur
indiquant le siège du Mouvement français
du Planning familial, adresse recherchée.
Il faut monter un escalier, sonner et entrer dans
un appartement au parquet craquant pour enfin
se repérer. Le lieu est surprenant. Dans
la salle d'attente de ce grand appartement bourgeois,
première pièce d'accès, des
affiches couvrent le moindre mètre carré
de mur. Contraception, sexualité, "
allô-écoute ", vos droits, votre
corps
les mots-clés éclatent
en autant de slogans. Quatre jeunes, plutôt
grands adolescents, filles et garçons,
attendent de rencontrer Nathalie Marinier, laquelle,
entre chaque rendez-vous, demande si possible
à ne pas être dérangée.
Nathalie Marinier est conseillère conjugale
et familiale dans l'un des centres du Planning
à Paris, où elle assure une fonction
de coordination. Elle préfère le
mot animatrice. Elle travaille également
comme conseillère conjugale à l'hôpital
Saint-Louis à Paris. Elle fait partie des
douze professionnels qui travaillent dans ce centre
: conseillères conjugales, assistantes
sociales mais aussi médecins.
Accueillir la personne
dans sa globalité
Souriante, Nathalie Marinier a le verbe militant
: elle résume le combat mené depuis
quarante ans, en France, pour faire accepter l'interruption
volontaire de grossessse (IVG). De 1965, date
de la création du Planning familial, à
la loi Neuwirth du 28 décembre 1967 relative
à la régulation des naissances.
Puis évidemment la loi Veil qui, le 17
janvier 1975, légalise l'IVG. Et celle
du 31 décembre 1982 qui instaure le remboursement
de l'IVG par la Sécurité sociale.
Le texte du 13 décembre 2000 permet la
délivrance de la pilule du lendemain sans
autorisation parentale. Jusqu'à la loi
du 4 juillet 2001, qui a assoupli les conditions
d'accès à l'IVG : le délai
légal pour recourir à l'avortement
est passé de dix à douze semaines
et le consentement des titulaires de l'autorité
parentale n'est plus requis pour la prescription,
la délivrance ou l'administration de contraceptifs
aux mineurs
L'émotion passe dans sa voix au rappel
des combats. " Et pourtant, en dépit
de ce chemin considérable parcouru, insiste
Nathalie Marinier, de nombreuses personnes, et
particulièrement les femmes, doivent trouver
les ressources en elles pour gérer leur
sexualité ". Et d'égrener
un quotidien du centre bien chargé : "
Violence sexiste, mariage forcé, excision,
etc. C'est difficile dans notre société
de vivre sa sexualité sans répression
et sans dépendance. " Notre
travail, dit-elle, c'est d'accueillir au
mieux toute personne dans sa globalité,
au moment où elle vient nous voir et dans
la situation dans laquelle elle se trouve
".
Des femmes
jeunes
Y a-t-il une méthode Planning ? Nathalie
Marinier reste circonspecte. " Nous pratiquons
l'écoute empathique et refusons le professionnalisme
rigide, répond-elle. Nous essayons
de nous mettre à la place de l'autre sans
jugement, dans le dialogue et dans la concertation.
Bien sûr, tout est anonyme et gratuit et,
s'il y a besoin d'une consultation spécifique,
nous l'organisons. " Les chiffres de
2004, consultations et accueils confondus, prouvent
qu'on ne pousse pas la porte du Planning par hasard.
Le centre aura reçu plus de 12 000 personnes
dont 2 177 en consultations effectuées
par l'équipe de spécialistes du
centre et 10 086 entretiens pour des demandes
d'informations. Le centre a également organisé
des rencontres dans des établissements
scolaires et centres de formation des apprentis
(CFA) parisiens pour 1 926 adolescents. Qui vient
dans ce lieu ? Plutôt des femmes, de plus
en plus accompagnées par leur ami, plutôt
des jeunes entre 15 et 25 ans.
Idées reçues
qui circulent
D'une manière générale, les
conseillères du Planning sont préoccupées
par le niveau d'information et nombre d'idées
fausses qui circulent chez ces jeunes adolescentes
qu'elles reçoivent. Toutes confirment le
besoin et d'informations fiables. " Alors
que le bouche à oreille fonctionne très
bien, c'est incroyable, insistent-elles, le nombre
d'idées reçues qui ont la vie dure
". Et de citer, en vrac, ce qu'elles
entendent de ces adolescentes. " Compter
les jours, ça marche, le coït interrompu
est un moyen de contraception, la première
fois, on ne peut pas tomber enceinte, après
les règles, non plus
les tabous religieux,
le poids de la culture, les jugements moraux..
Le manque d'éducation à la sexualité
des adolescents est criant ", répètent
les conseillères.
Le centre de Paris reçoit son lot d'adolescents
- filles mais aussi garçons - en quête
de réponses aux questions nombreuses qui
les taraudent. Souvent, l'information donnée
suffit. Ils et elles vont s'approprier leur moyen
de contraception et ainsi découvrir leur
corps. Parfois, un suivi est nécessaire.
Problème relationnel, non-communication
avec les parents, blocages divers, etc. Les conseillères
essayent de démêler les fils. Ainsi
ce jour là, une jeune fille attend son
tour dans la salle d'attente : en recherche d'information,
elle affiche une attitude nonchalante mais est
en fait totalement désorientée.
C'est une habituée qui vient le plus souvent
accompagnée d'un garçon mais qui
cette fois est seule. Elle est enceinte et en
demande d'une IVG. Pour les conseillères,
deux mots clés : attention et discrétion.
La conseillère va éventuellement
jouer un rôle de médiation avec les
parents et orienter la jeune fille, selon son
choix, vers une clinique ou un hôpital.
Une situation difficile à laquelle les
conseillères sont régulièrement
confrontées. " Notre société
aurait beaucoup à gagner si l'éducation
à la sexualité était largement
développée, avertit Nathalie Marinier.
Et puis, ajoute-t-elle, quand une femme prend
de l'autonomie, c'est en général
tout le monde qui y gagne. "
Trois questions à Maïté
Albagly, secrétaire générale
du Planning familial.
" Faire réfléchir
les adolescents sur les stéréotypes
du masculin/féminin "
La Santé de l'homme : En matière
d'éducation à la sexualité,
le Planning familial défend l'idée
d'une démarche continue, " de la maternelle
à la terminale ". Pouvez-vous définir
cette approche de prévention ?
Maïté Albagly : L'enjeu de
l'éducation à la sexualité
ne se limite pas à la seule prévention
des risques, tels que le sida ou les grossesses
non désirées. L'objectif est aussi
de faire réfléchir les enfants et
les adolescents sur les stéréotypes
relatifs au masculin et au féminin, aux
rapports entre filles et garçons, en vue
de construire une vraie égalité
entre les sexes. Cela nécessite une action
continue qui peut être engagée dès
le plus jeune âge.
S. H. : Comment travailler pour prévenir
la survenue de grossesses chez les adolescentes
?
Pour nous, il est clair qu'il ne peut y avoir
de prévention efficace sans parler de sexualité.
Ce qui implique une acceptation : les adolescents
ont une sexualité. Il faut aussi que le
type de contraception soit adapté à
chaque jeune fille en fonction de sa vie sexuelle,
de son mode de vie. Le " tout pilule "
n'est pas la solution.
S. H. : Le 18 mars 2006, le Planning familial
a eu 50 ans. Que retenez-vous du demi-siècle
d'expérience de votre organisation ?
Notre pratique sur le terrain, tout comme nos
actions au niveau politique, ont montré
que le droit fondamental de décider réellement
de tout ce qui touche à sa vie personnelle,
sa vie intime, sa sexualité, n'est jamais
une évidence, et que ce droit est toujours
à reconquérir au niveau individuel
et collectif. Non seulement les combats pour faire
avancer ces droits ne sont pas terminés
mais il faut aussi exercer une vigilance de tous
les instants pour éviter toute régression
de ces droits.
Propos recueillis par Denis Dangaix
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