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La population guyanaise est en forte augmentation
et dépasserait aujourdhui les 210000 habitants.
Cette dynamique démographique est désormais
liée pour lessentiel à lexcédent
des naissances sur les décès, avec
un taux de natalité à 3,9 enfants
par femme. Cependant, «leldorado»
guyanais continue de susciter une forte immigration
en provenance des pays avoisinants. Cette région
représente une porte vers lEurope,
un niveau de vie plus élevé et un
territoire de grande stabilité politique
par rapport à certains pays tels que le
Suriname, le Guyana ou Haïti (voir larticle
de Didier Maille p. 25).
Une situation sanitaire
préoccupante
Les indicateurs de santé montrent une
situation sanitaire dégradée en
comparaison à la moyenne nationale :
la mortalité infantile reste élevée
à 10,5 pour 1000 naissances, contre 4 pour
1000 en métropole pour lannée
2007; le taux de mortalité périnatale
demeure également important par rapport
à la métropole (17,7 pour 1000 naissances
contre 7 en 2007)1.
Les pathologies liées généralement
aux pays dits développés maladies
cardio-vasculaires et cancers côtoient
les pathologies des zones dites en développement.
La Guyane doit en effet faire face à un
certain nombre de maladies infectieuses qui ne
constituent pas des priorités pour la France
métropolitaine. Avec Mayotte, cest
le seul département français où
le paludisme est endémique. La transmission
est permanente dans certaines zones et près
de quatre cas ont été observés
chaque année au cours de la dernière
décennie. La dengue est également
considérée comme un problème
de santé publique majeur (voir larticle
de Dominique Maison et al. p. 22). La Guyane
reste aussi de loin le département français
le plus touché par linfection à
VIH/sida. On recense une file active de plus de
1200 patients pris en charge et un peu plus de
10% de patients perdus de vue après diagnostic
ou début de traitement.
Le secteur sanitaire guyanais souffre dune
pénurie de personnel et dune insuffisance
déquipements et dinfrastructures.
Par ailleurs, la faiblesse des réseaux
de communication renforce les inégalités
daccès aux dispositifs sanitaires.
Une offre de soins
en devenir
Lensemble des particularités de
la Guyane et des difficultés rencontrées
oblige à repenser la santé publique
et à innover dans le domaine de laccès
aux soins.
Dans un premier temps, laction publique
en Guyane sest focalisée sur laménagement
sanitaire du littoral, en particulier de lîle
de Cayenne2 qui représente plus
de la moitié de la population guyanaise,
mais aussi les villes de Saint-Laurent-du-Maroni
et de Kourou. Pour les communes de lintérieur,
dix-huit centres délocalisés de
prévention et de soins (CDPS) ont été
mis en place. Autrefois appelés dispensaires,
ces structures de soins réalisent une projection
extra-muros de certaines missions hospitalières
afin de répondre aux besoins de la population
dans les secteurs isolés du département.
La Guyane bénéficie également
de vingt-trois centres de protection maternelle
et infantile souvent à proximité
des CDPS. Ils assurent le suivi des femmes enceintes,
le dépistage et le suivi des enfants drépanocytaires,
les consultations de planning familial, des actions
de prévention collective déducation
sanitaire, etc.
La stratégie
régionale en santé publique
Au même titre que le curatif, les politiques
de prévention doivent tenir compte des
particularités de la Guyane. Le calendrier
vaccinal a, par exemple, été adapté
à la situation épidémiologique
avec la vaccination obligatoire pour la fièvre
jaune et la vaccination du BCG fortement recommandée
pour tous les enfants dès leur naissance.
Le Plan régional
de santé publique
Le PRSP, élaboré en 2006 pour quatre
ans, rappelle clairement cette nécessaire
adaptation des politiques de santé publique.
Il énonce les grandes priorités
pour la région de la Guyane et sarticule
ainsi autour de trois axes transversaux indispensables
pour la mise en place et la coordination des actions :
léducation pour la santé,
lobservation sanitaire et sociale, et lalerte
et la gestion des situations durgence sanitaire.
En fonction des problématiques repérées
à léchelle régionale,
neuf thématiques ont été
priorisées : la périnatalité,
les maladies infectieuses à prévention
vaccinale, les maladies infectieuses et parasitaires,
les pathologies liées au VIH, le cancer,
les conduites addictives, la santé mentale,
lenvironnement et enfin, laccès
à la prévention et aux soins. Les
priorités du PRSP sont étroitement
liées à celles du Plan régional
santé-environnement (2005-2008), notamment
pour ce qui concerne la prévention et la
réduction des risques liés aux maladies
transmises par les moustiques, ainsi que la lutte
contre les maladies entériques des populations
vivant en sites isolés le long des fleuves.
Lobservation
sanitaire et la surveillance épidémiologique
La rédaction de ces plans et leur évaluation
sont rendues difficiles par les manques en matière
dobservation sanitaire. Un net progrès
a cependant été constaté
ces dernières années avec la présence
dorganismes de recherche tels que lInstitut
de recherche pour le développement (IRD),
lInstitut Pasteur, lObservatoire régional
de santé (ORSG) ou, plus récemment,
le Centre dinvestigation clinique et dépidémiologique
clinique (CIC-EC).
De manière générale, les
stratégies de surveillance épidémiologique
sont définies au niveau national par lInstitut
de veille sanitaire. Or, les départements
français doutre-mer et particulièrement
la Guyane doivent faire face à un certain
nombre de pathologies spécifiques non prises
en compte. Une cellule de veille sanitaire, qui
regroupe la DSDS et la Cellule interrégionale
dépidémiologie Antilles-Guyane,
a donc été mise en place pour les
maladies infectieuses et parasitaires suivantes :
VIH/sida, paludisme, dengue, maladies entériques,
rougeole, rubéole, tuberculose et maladie
de Chagas. Le dispositif de surveillance et lalerte
sorganisent autour des différentes
sources de données (centres hospitaliers,
laboratoires danalyses biologiques et médicales,
réseau de médecins sentinelles,
CDPS).
Les pratiques de
santé publique
Ladaptation des pratiques
au contexte multiculturel
Ladaptation des pratiques au contexte multiculturel
reste un des grands défis de la santé
publique. En effet, la Guyane présente
une pluralité culturelle et linguistique
exceptionnelle : Créoles guyanais,
Amérindiens, Bushinengués3
et originaires des Antilles, de métropole,
de Chine, du Laos, du Liban, du Brésil,
de Haïti, etc. Les différences fréquentes
de langue et de culture entre les populations
et les professionnels de santé ont conduit
à certaines adaptations.
Les outils en éducation pour la santé
doivent être traduits en plusieurs langues,
le plus souvent en créole, srana-tongo,
anglais et portugais. La présence de médiateurs
culturels est souvent nécessaire lors de
lannonce dun diagnostic ou durant
les temps de traitement de patients suivis à
long terme, pour des pathologies chroniques par
exemple. Très souvent issus de la communauté
du patient, ces médiateurs culturels ne
sont pas de simples traducteurs, ils permettent
surtout de favoriser la compréhension réciproque
et la communication entre patients et professionnels;
ils sont linterface entre deux cultures,
deux systèmes de valeurs.
À côté des médiateurs
culturels, la présence de médiateurs
en santé publique gagnerait à être
développée. Lorigine de cette
médiation a été le constat
récurrent de carences en matière
daccès à la prévention
et aux soins de certains publics vulnérables.
Lidée était de permettre à
ces populations daccéder plus vite
et de façon durable à la prévention
et aux soins, et ce, grâce à des
professionnels dont la mission consiste à
favoriser la compréhension et la maîtrise
du fonctionnement des dispositifs sanitaires et
sociaux. Pour cela, les médiateurs accompagnent
le patient dans son parcours, en tenant compte
de sa culture et de son statut socio-économique4.
Lintérêt des médiateurs
culturels et des médiateurs en santé
publique est aujourdhui reconnu. Les centres
hospitaliers de Cayenne et de Saint-Laurent ont
développé leur recours pour certains
services tels que la pédiatrie ou encore
linfectiologie.
Ladaptation des pratiques
à lenclavement du territoire
Les communes dites «isolées»
accessibles seulement par voie aérienne
ou fluviale et représentant environ 20 %
de la population nécessitent
également une adaptation de la santé
publique. Laccès aux soins y est
bien évidemment plus complexe à
mettre en place, avec une organisation logistique
importante, notamment en matière de transport
et de communication. La pirogue est utilisée
pour ravitailler les centres de prévention
et de soins. En cas durgence, les évacuations
sanitaires sont effectuées en hélicoptère
par le Samu (dix-sept mille interventions en 2008).
Cet enclavement questionne cons-tamment lorganisation
en santé pub-lique. Il oblige à
chercher des réponses pour rompre lisolement
géographique des structures sanitaires
de lintérieur guyanais. Ce fut, par
exemple, lorigine du réseau de télémédecine
de Guyane créé en 20015.
Le centre hospitalier a développé
des consultations à distance qui permettent
dinterpréter des électrocardiogrammes
et des échographies, de valider des approches
en ORL, pédiatrie, dermatologie, parasitologie,
etc. Images et examens numérisés
sont envoyés à Cayenne à
des médecins spécialistes qui peuvent
effectuer un diagnostic et des recommandations
à distance. Ce programme expérimental
de téléconsultation a donné
lieu à une évaluation médicale,
technique et économique. Les résultats
ont permis de valider lexpérimentation
et de décider de sa pérennisation
et de son extension sur tout le territoire guyanais.
Limportance
de la mise en réseau
La Guyane cherche donc des solutions adaptées
en matière de santé publique afin
de répondre au mieux aux problématiques
rencontrées. La tâche la plus complexe
dans ce contexte reste de loin la coordination
des soins, des actions et des acteurs, associatifs
et institutionnels. La mise en réseau est
à la fois indispensable et loin dêtre
facile à mettre en place. Cest une
tâche dautant plus complexe quun
nombre important de professionnels ne reste que
peu de temps en Guyane. Victimes dun turn-over
important, les équipes perdent de leur
expérience à chaque renouvellement
de personnel.
Des efforts de capitalisation dexpériences
et de coordination sont clairement constatés
mais il reste encore beaucoup à faire.
En matière de soins, les réseaux
de santé maison des adolescents
et réseaux ville-hôpital diabète
(Diet 973), drépanocytose, hépatites
et VIH (Kikiwi et Matoutou), onco et périnatalité
se sont positionnés.
Deux coordinations territoriales spécifiques
à la lutte contre le VIH/sida existent
également sur la région de lOuest
guyanais et la zone Kourou/Sinnamary/Iracoubo.
Ces référents assurent le lien entre
les institutions et les acteurs de terrain, veillent
à la bonne coordination des actions de
prévention, ou encore mobilisent les acteurs
autour dévénements phares
tels que la Journée mondiale de lutte contre
le sida, les semaines de carnaval avec les traditionnelles
«Touloulous prévention», etc.
Ces coordinations travaillent en étroite
collaboration avec la DSDS, ainsi que la coordination
régionale de lutte contre le VIH (Corevih).
La connaissance et lexpérience de
terrain des Ateliers santé-ville (ASV)
participent également à la mise
en uvre de différentes stratégies
de santé publique. Les ASV sont en permanence
en contact avec les acteurs de terrain (associations,
établissements scolaires, professionnels
libéraux, centres hospitaliers, etc.).
Cinq communes bénéficient actuellement
dun ASV dans le cadre dun projet de
développement social et urbain en faveur
des habitants de quartiers en difficulté
reconnus comme prioritaires : Cayenne, Rémire-Montjoly,
Matoury, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni. Mais
lidéal serait de pouvoir bénéficier
de tels référents locaux dans davantage
de communes de la région.
La coopération transfrontalière
Le besoin dune mise en réseau à
léchelle continentale se fait également
ressentir. La coopération sanitaire reste
certes encore embryonnaire, mais les acteurs du
soin et de la prévention se rapprochent
peu à peu de leurs homologues brésiliens
et surinamais (voir larticle de Pascal
Sélé p. 27). Ainsi, les institutions
françaises et brésiliennes se sont
réunies ces derniers mois autour de la
lutte contre le VIH/sida. Un projet de coopération
est en cours de réflexion, autant sur le
soin que la prévention. Le début
de cette coopération institutionnelle pourrait
dailleurs être marqué par la
célébration dun 1er dé-cembre
commun, sur lOyapock, le fleuve frontalier
des deux pays.
Côté surinamais, la Guyane participe
déjà à plusieurs actions
de coopération transfrontalière
en matière de santé. La réhabilitation
de lhôpital dAlbina a constitué
le point de départ de cette coopération
sanitaire. Un programme transfrontalier a aussi
été élaboré pour la
mise en place dune équipe mobile
dinformation et de prévention dans
le cadre de la lutte contre les infections sexuellement
transmissibles, dont le VIH/sida. Enfin, la DSDS
et ses homologues surinamais se sont rencontrés
à plusieurs reprises sous légide
de lOrganisation panaméricaine de
la santé, pour travailler sur une synergie
commune en matière de vaccination.
La promotion de la
santé
Dans son rapport sur loffre de santé
dans les collectivités ultramarines, le
Conseil économique, social et environnemental
soulevait le problème de la faible structuration
des actions de prévention en Guyane6. Il
est vrai que les inégalités daccès
à la prévention sont importantes
entre les zones urbaines et les zones reculées,
et que lhétérogénéité
de la région suppose des interventions
appropriées (enclavement, habitat, type
de population, langue, accessibilité, etc.).
Cependant, la première difficulté
du secteur de la promotion et de léducation
pour la santé nest pas linsuffisance
dactions de prévention mises en uvre,
mais plutôt leur manque de visibilité
et de coordination. Le dispositif de coordination
a certes de grands chantiers devant lui mais il
a toutefois connu une nette amélioration
ces dernières années. Revisitées
par le PRSP en 2006, la promotion et léducation
pour la santé ont notamment bénéficié
de lécriture du Schéma régional
déducation pour la santé (Sreps)
qui a permis de lancer un premier état
des lieux des acteurs intervenant sur le territoire
et surtout de poser les bases dune méthodologie
à suivre pour la formalisation du dispositif,
la professionnalisation des acteurs et la coordination
des actions. Linstauration du Groupement
régional en santé publique (GRSP)
a aussi favorisé une meilleure clarté
dans lorganisation dune partie des
actions de prévention. La mise en place
dun pôle régional de compétence
dans le courant de lannée 2008 est
venue conforter ce travail de mise en lien. Lassociation
Guyane Promo Santé est effectivement venue
répondre au besoin de créer un centre
de ressources dans le domaine de la promotion
et léducation pour la santé
et a vocation à réunir lensemble
des acteurs institutionnels et associatifs.
La structuration progressive du dispositif de
promotion et déducation pour la santé
permet aux acteurs de mieux situer leurs interventions.
La multiplication et la pérennisation des
temps déchanges tels que le forum
des actions de prévention, qui sest
déroulé pour la deuxième
année à Saint-Laurent en mai dernier,
favorisent également le partage dexpériences.
Enfin, un meilleur accès à la formation
permet aux acteurs de développer leurs
compétences professionnelles.
La Guyane reste un territoire propice à
la mise en place de stratégies innovantes
en matière de promotion et déducation
pour la santé, notamment avec une approche
de santé communautaire. La perpétuelle
adaptation des actions au contexte guyanais incite
les acteurs à repenser leurs pratiques.
Ils doivent également sappuyer sur
lexistant et la population. On peut notamment
citer le programme de partenariat qui a vu le
jour cette année entre Guyane Promo Santé
et le Programme régional déducation
et de formation aux savoirs de base (Prefob),
pour la formation des formateurs de ce dispositif
ainsi que la mise en place dactions en éducation
nutritionnelle.
Tous les paramètres semblent aujourdhui
réunis pour que la promotion et léducation
pour la santé en Guyane bénéficient
dune meilleure visibilité, tant à
léchelle nationale quavec ses
pays voisins (Brésil, Suriname, pays de
la Caraïbe, etc.).
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