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Selon les indicateurs sanitaires, l'état
de santé en Martinique s'est amélioré
depuis les années 1960 et il est actuellement
un des meilleurs de la Caraïbe. Cependant,
la prévalence de certains problèmes
de santé reste importante : hypertension
artérielle, accidents vasculaires cérébraux,
diabète, certains problèmes de santé
mentale, conduites addictives à l'alcool
et au crack, et, parmi les cancers, le cancer
de la prostate. De plus, la Martinique, comme
les autres départements d'outre-mer, présente
des indicateurs de périnatalité
toujours préoccupants.
Comme toutes les régions françaises,
la Martinique a élaboré un plan
régional de santé publique dont
l'objectif est justement de réduire la
morbidité et la mortalité évitables
en lien avec les problèmes suscités.
Contexte général
La Martinique est un département français
d'outre-mer qui totalise 402 000 habitants au
1er janvier 2008 sur un territoire
de 1 128 km2. Ainsi, avec ses 356 habitants/km2,
elle est la région ayant la deuxième
plus forte densité de France, après
l'Ile-de-France. Les notions classiques de rural
et d'urbain s'appliquent peu à la Martinique
car ses trente-quatre communes sont en général
étendues et peuplées. Néanmoins,
les zones de peuplement sont inégalement
réparties avec 44 % de la population concentrés
sur quatre communes. Fort-de-France, la capitale,
compte à elle seule 23 % des habitants
de l'île. Depuis les années 1990,
la population de la Martinique augmente de 0,6
% en moyenne par an.
Depuis les années 1970, on constate une
diminution régulière de la part
des moins de 20 ans dans le bilan démographique,
contrebalancée par une augmentation du
nombre des personnes âgées de 60
ans et plus. Avec 18 % de personnes âgées
de 60 ans et plus, elle est le département
français d'outre-mer le plus âgé
et, selon les projections de l'Insee, elle serait,
d'ici à 2030, la cinquième région
française la plus âgée avec
plus d'une personne sur trois âgée
de 60 ans et plus. Ce vieillissement de la population
n'est pas sans conséquences sur les problèmes
de santé de la région (voir article
de Carolle Chatot-Henry, page 36).
Le contexte économique et social de la
Martinique est préoccupant : le taux de
chômage est élevé, de l'ordre
de 22 %, et il y a proportionnellement deux fois
plus de ménages pauvres1 qu'en
métropole et une forte proportion de bénéficiaires
d'allocations attribuées en dessous d'un
certain niveau de ressources, comme l'allocation
parent isolé (API), l'allocation adulte
handicapé (AAH), le revenu minimum d'insertion
(RMI) et l'allocation solidarité vieillesse
(ASV), confirme cette situation délicate.
L'offre en établissements de santé
doit s'adapter au vieillissement de la population
et à la baisse de la natalité.
En matière d'indicateurs de santé,
l'espérance de vie à la naissance
est très satisfaisante en Martinique, 84,6
ans pour les femmes et 76,2 ans pour les hommes.
Actuellement, elle est même meilleure pour
les femmes de Martinique que pour celles de la
métropole. Si la mortalité globale
est plus basse que la moyenne nationale, la mortalité
infantile est, en revanche, toujours plus élevée.
Les trois principales causes de décès
en Martinique sont les mêmes qu'en métropole
: maladies cardio-vasculaires, tumeurs et traumatismes,
empoisonnements. On enregistre, en moyenne, en
Martinique, 678 décès prématurés
par an, soit plus d'un décès sur
quatre, et comme partout ailleurs les hommes sont
plus concernés que les femmes. Les causes
principales de décès prématurés
sont les traumatismes, les tumeurs, les maladies
de l'appareil circulatoire et les décès
liés à l'alcool. Pour les diminuer,
il faut agir sur les comportements à risque
et améliorer l'efficacité des actions
de dépistage précoce des cancers
du sein et du col de l'utérus ainsi que
la prise en charge d'affections telles que le
diabète ou l'hypertension artérielle.
La situation dans le domaine de la périnatalité
est préoccupante. C'est ainsi qu'en 2006
le taux de mortalité périnatale
a été de l'ordre de 23 pour 1 000
naissances totales et le taux de mortalité
infantile a atteint 8 décès pour
1 000 naissances vivantes, contre respectivement
11 et 4 pour la France hexagonale. On note également
un taux de prématurité élevé
(de 10 à 12 %) s'accompagnant d'une proportion
plus élevée d'hypotrophes (nouveau-nés
de moins de 2,5 kg). En Martinique, contrairement
à la métropole, les naissances se
produisent plus fréquemment aux âges
extrêmes de la procréation. Le quart
des enfants nés en 2008 a une mère
âgée de 35 ans ou plus contre 21,5
% des bébés nés dans l'Hexagone.
Chaque année, les mineures représentent
2,5 % des mères qui donnent naissance à
un enfant, en sachant qu'il s'agit en majorité
de jeunes filles âgées de 16 à
17 ans, les plus jeunes d'entre elles (moins de
15 ans) n'excédant pas la dizaine.
Le recours à l'interruption de grossesse
(IVG) est plus fréquent qu'au niveau national.
Depuis 2003, le nombre d'IVG est stable et se
situe entre 2 300 et 2 400 actes chaque année.
Par contre, le nombre d'IVG rapporté à
100 conceptions a tendance à augmenter
puisque le nombre de naissances diminue (23 IVG
pour 100 conceptions en 1990, 28 IVG en 1995 et
31 IVG en 2000 et 2005).
Principales pathologies
Les maladies cardio-vasculaires ont été
responsables en Martinique, en 2006, de 740 décès
et d'un décès prématuré
sur cinq. Sur le plan de la morbidité,
ce sont surtout l'hypertension artérielle
et les accidents vasculaires cérébraux
(AVC) qui posent problème. D'après
l'enquête Escal2, la prévalence
de l'hypertension artérielle chez les 16
ans et plus est de 22 % et augmente avec l'âge.
La survenue fréquente des AVC est confirmée
par l'étude Ermancia3. Cette étude
a montré également qu'un grand nombre
de ces malades étaient aussi hypertendus.
Le retentissement de cette maladie est important
puisque 52 % des survivants ont présenté
une incapacité majeure à la suite
de l'épisode initial.
Les tumeurs sont la deuxième cause de
mortalité en Martinique avec 659 décès
en 2006 et concernent plus d'un décès
prématuré sur quatre. Le cancer
de la prostate (390 nouveaux cas par an) représente
à lui seul un cancer masculin sur deux.
La deuxième localisation la plus fréquente
est le cancer de l'estomac. En Martinique, les
femmes sont principalement touchées par
le cancer du sein (150 nouveaux cas par an et
plus d'un cancer féminin sur quatre), le
cancer colorectal (56 nouveaux cas par an) ainsi
que le cancer du col de l'utérus (45 nouveaux
cas par an).
La prévalence du diabète est très
élevée : 6,5 % des adultes ont déclaré
être diabétiques dans l'enquête
Escal mais on estime que de 8 à 10 % de
la population adulte seraient touchés.
Cette enquête a aussi confirmé la
progression inquiétante de la surcharge
pondérale chez les Martiniquais : un adulte
sur deux et un enfant sur quatre sont en surpoids
ou obèses.
Concernant la santé mentale, les seules
données en population générale,
issues d'une enquête descriptive auprès
d'un échantillon représentatif des
18 ans et plus, montrent que 32 % de la population
adulte souffre ou a déjà souffert
de troubles (syndromes dépressifs, anxiété
généralisée principalement).
Cependant, on observe que la Martinique est nettement
moins touchée que d'autres régions
pour le suicide et les tentatives de suicide.
Sur le plan des conduites addictives, alors que
la consommation de tabac est peu préoccupante,
celle de l'alcool pose problème. L'usage
des produits interdits par la loi concerne principalement
le cannabis, le crack et la cocaïne (voir
article sur les particularités de la consommation
de substances psycho-actives à la Martinique,
page 42).
Priorités
de santé
En Martinique, le programme régional de
santé publique (PRSP) développe
neuf axes stratégiques déclinés
autour de treize thématiques de santé
prioritaires :
- l'axe nutritionnel, qui comporte deux sous-thématiques
: l'alimentation et l'activité physique
; la prévention du diabète, de l'hypertension
artérielle et des maladies cardio-vasculaires
;
- l'axe prévention des cancers ;
- l'axe des conduites à risques avec une
thématique forte, les addictions ;
- l'axe qui regroupe deux thématiques :
sexualité et prévention/lutte contre
le VIH-sida et les infections sexuellement transmissibles
(IST) ;
- l'axe périnatalité-petite enfance-parentalité
;
- l'axe des personnes vulnérables, qui
prend en compte les problèmes de santé
de trois publics : les personnes âgées,
les personnes handicapées, et les personnes
en réinsertion sociale ;
- l'axe schéma régional d'éducation
pour la santé (Sreps) ;
- l'axe des maladies rares ;
- l'axe santé-environnement.
Le programme régional d'accès à
la prévention et aux soins (Praps) ne constitue
pas pour l'instant un axe stratégique mais
ses approches transversales en matière
de santé/précarité font partie
intégrante du PRSP Martinique.
Un paysage social
en mutation
Société de l'entre-deux, la Martinique
entremêle développement et sous-développement.
Cela résulte d'un double processus intimement
lié à sa trajectoire historique
: le processus de ce que l'on peut appeler la
" surdétermination ", d'un côté,
et le " précipité sociétal
", de l'autre. Par surdétermination,
nous désignons le fait que cette île
colonisée par la France en 1635 fut travaillée,
structurée, encadrée par des orientations
d'abord liées aux dynamiques de croissance
de sa puissance tutélaire et non par le
jeu de ses propres orientations et mouvements
internes.
Le précipité social désigne
le fait que ce petit pays a connu en l'espace
des cinq dernières décennies des
transformations fulgurantes ayant affecté
tous les secteurs de la société.
Le milieu rural qui constituait la base d'appui
de l'économie domestique, autour de laquelle
la société civile se structurait,
a été totalement bouleversé
aux lendemains de l'effondrement du système
esclavagiste.
Substitution du cultivateur par le planteur,
passage d'une économie de plein emploi
à une économie dominée par
un chômage structurel, fulgurante croissance
d'un espace urbain mal maîtrisé,
substitution d'une économie de producteurs
à une économie de consommateurs,
ouverture en grand angle sur les vents de l'ailleurs
Là où la plupart des pays développés
ont vu un tel bouleversement se réaliser
sur deux siècles, voire trois, c'est en
l'espace d'un demi-siècle qu'il s'est opéré
en Martinique. La société civile
s'est ainsi retrouvée, du jour au lendemain,
dans un cadre juridique, certes revendiqué,
mais parachuté. La loi d'assimilation votée
par le Palais Bourbon, qui instituait, en 1946,
la colonie en département, sera en effet
le point de départ d'une avalanche de services
administratifs qui viendront encadrer le corps
social.
Le paysage sanitaire et social se caractérise
par deux éléments de contexte :
- des infrastructures (port et aéroport
de classe internationale, réseau routier,
réseau électrique, réseau
de distribution d'eau potable et d'irrigation
d'un bon niveau) et un équipement sanitaire
et de protection sociale en mesure d'assurer à
la très grande majorité de la population
un accès gratuit aux soins les plus urgents,
ainsi que des soins plus complexes ;
- une population avec un taux élevé
de maladies cardio-vasculaires, d'hypertension
artérielle, de diabète, d'accidents
de la route, d'obésité, de stress,
etc., c'est-à-dire des maladies révélatrices
d'une hygiène de vie et d'une logique de
consommation dérégulées.
C'est dans un contexte où les solidarités
individuelles et communautaires s'affaiblissent,
où la logique de l'avoir prédomine
sur celle de l'être, que les pratiques de
promotion et d'éducation pour la santé
vont devoir être mises en uvre. Dans
le contexte martiniquais, l'éducation pour
la santé dans ses pratiques et orientations
devrait s'articuler autour :
- des comportements, attitudes, styles et modes
de vie sur le bien-être ou le mal-être
des personnes ;
- de l'environnement ;
- des activités humaines sur l'environnement.
À la Martinique, et l'on pourrait même
dire dans les département français
d'Amérique (DFA), pratiques et promotion
d'éducation pour la santé devraient
dans leur mise en uvre assumer sans complexes
ce paradoxe :
- ce sont les réseaux émergeant
des structures modernes et non des structures
traditionnelles qui serviront de supports à
la mise en uvre de l'éducation et
à la promotion de la santé ;
- c'est la réappropriation par certaines
ressources émergentes de la société
de l'économie domestique (que nous appelons
la société traditionnelle) qui va
permettre de surmonter une impasse majeure de
la modernité : l'indifférence d'une
partie de la population vis-à-vis de l'enjeu
public.
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