sommaire n° 401
 
rubrique " qualité de vie "

Maison de l'adolescent de Besançon : une prise en charge globale pour les jeunes en difficulté

 
  Depuis 2006, la Maison de l'adolescent de Besançon accueille des jeunes de 12 à 20 ans, dans une approche globale de la santé, sans file d'attente et en associant des professionnels pluridisciplinaires : médecins, psychologues, assistantes sociales, etc. Certains des jeunes en souffrance ou en difficulté, accueillis dans cette structure, n'auraient pas pu être pris en charge ailleurs.
     

Pascale Baudier
Coordinatrice du réseau de santé Res'Ado,
Christian Bourg
Responsable médical,
Maison de l'adolescent, Besançon.

 

La Maison de l'adolescent (MDA) de Besançon est ouverte depuis mars 2006. Elle est issue d'une dynamique créée par l'existence d'un réseau santé jeunes1. Sa création est aussi liée à la difficulté d'orienter les jeunes, au constat d'un morcellement des prises en charge (méconnaissance réciproque des partenaires) et de l'allongement des listes d'attente. Trois années de fonctionnement de cette structure, dotée justement d'une équipe pluridisciplinaire et d'un travail intersectoriel en réseau, ont-elles permis de pallier ces difficultés ?

S'enrichir des compétencesde chacun

La MDA est destinée aux adolescents et jeunes adultes de 12 à 20 ans, à leur famille et aux professionnels qui sont à leur contact : enseignants, éducateurs, travailleurs sociaux, médecins de famille, etc. Elle est adossée au service de pédopsychiatrie d'un centre hospitalier spécialisé (centre hospitalier de Novillars) et s'appuie sur un réseau complémentaire, Res'ado2.


La MDA a pour mission d'apporter des réponses de santé globale : somatiques, psychiques, sociales, éducatives, juridiques et scolaires. Pour ce faire, elle est constituée d'une équipe pluridisciplinaire composée de médecins (pédopsychiatre, généraliste, pédiatre, nutritionniste), d'un cadre de santé, de psychologues, d'infirmières, d'éducateurs spécialisés, d'une assistante sociale, d'une conseillère d'orientation- psychologue et d'un avocat d'enfants.

Au moment de la mise en place de l'équipe, des formations ont été organisées afin de construire une culture professionnelle partagée et des approches thérapeutiques communes et structurées.


Une filière de prise en charge précise et individualisée

La première étape consiste à accueillir dans les meilleures conditions les adolescents et/ou leurs parents, avec ou sans rendez-vous. Toute personne qui pousse la porte de la MDA doit trouver un interlocuteur, quelle que soit sa demande ou sa situation.

Lors du premier entretien, une analyse de la situation du jeune est faite par deux professionnels de formation différente (médecin/psychologue, infirmière/éducateur spécialisé), à travers une écoute à caractère thérapeutique et dans la perspective d'une recherche de solution. En cas de nécessité, une prise en charge est décidée et mise en place. Cette démarche permet de répondre à la complexité de la situation à l'aide de consultations spécialisées (nutritionniste, avocat d'enfants, conseillère d'orientation-psychologue, etc.), ou d'informer, conseiller et orienter.

Ces entretiens ont souvent pour effet de dédramatiser certaines situations, de prévenir le passage à l'acte, notamment les tentatives de suicide. Parfois, l'accompagnement du jeune et de sa famille nécessite du temps. Les professionnels assurent alors une présence continue jusqu'à la résolution du problème quand cela est possible ou mettent en place un relais.


Des accueils thérapeutiques de groupe

Les adolescents et jeunes adultes peuvent être reçus à la MDA pour y effectuer différentes activités thérapeutiques structurées : expression corporelle, dessin, art-thérapie, atelier cuisine. Ces activités ont essentiellement pour but d'améliorer la qualité des relations avec les autres et, à terme, l'insertion sociale des adolescents en souffrance.

Des groupes de parole destinés aux parents venus consulter à la MDA ont lieu également une fois par mois dans un objectif de soutien à la parentalité ; ils sont animés par une infirmière et une assistante sociale.


Un partenaire essentiel : l'Éducation nationale

Un partenariat a été mis en place avec l'Éducation nationale ; il se matérialise de différentes façons. Tout d'abord, une conseillère d'orientation-psychologue est mise à disposition de la MDA. S'appuyant sur son expérience vécue de l'intérieur de l'école et sur le Centre d'information et d'orientation, elle a pour rôle d'aider le jeune à retrouver son dynamisme et sa motivation vis-à-vis de son avenir, dans lequel la problématique scolaire revêt une importance centrale. Cette collaboration permet d'offrir au jeune en difficulté un espace neutre où il peut parler librement de ses difficultés scolaires.

Par ailleurs, une action spécifique en direction des délégués élèves, relais naturels, est proposée aux établissements qui le souhaitent. Elle permet de sensibiliser ces élèves, élus en début d'année, afin de les aider à aborder avec leurs pairs certaines difficultés liées à l'adolescence : mal-être, prise de risque, etc. Cette action, basée sur une approche par les pairs, a pour objectif de les rendre attentifs et capables de repérer plus facilement ce type de difficulté chez leurs camarades. Elle permet de les amener à faire appel aux adultes référents de l'établissement en vue d'une prise en charge ou d'une orientation dans le cadre de structures extérieures adaptées.

Enfin, le réseau Res'Ado apporte un soutien aux équipes éducatives qui connaissent certains problèmes avec des adolescents décrits comme " difficiles ". Ces rencontres permettent d'échanger, d'écouter les enseignants et de les accompagner dans la recherche de solutions en commun.


Rejoindre les adolescents marginalisés

Une infirmière et deux éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) interviennent à la MDA. Ils participent aux entretiens d'accueil des jeunes, à l'évaluation de leur situation et à leur orientation. Ce partenariat permet, entre autres, d'appliquer la circulaire conjointe santé/justice de 2002, relative à la prise en charge concertée des enfants et des adolescents en grande difficulté, et notamment ceux sous mandat judiciaire. Ces objectifs partagés apportent une réponse de santé aux adolescents/jeunes adultes qui ne sont actuellement pas pris en charge dans le dispositif traditionnel. Cette collaboration assure aussi une continuité et une cohérence, en décloisonnant les secteurs d'intervention. Comme le souligne l'infirmière de la PJJ : " Ce partenariat permet de cesser de considérer que l'adolescent qui est passé à l'acte ne relèverait que de la justice ou du soin psychiatrique, mais plutôt de le penser dans sa globalité et de travailler tous ensemble autour de cette question. "


La complémentarité des acteurs

Une évaluation externe, réalisée par l'Observatoire régional de la santé de Franche-Comté, a permis d'établir un premier bilan du fonctionnement de cette maison commune, qui a reçu, au cours de l'année 2008, 617 adolescents, ce qui représente 3 394 entretiens. Le réseau Res'Ado, au terme de trois ans de fonctionnement, a développé un large partenariat, et c'est sans doute la force de ce dernier que l'on a envie de placer en exergue. En effet, il a permis de faire jouer d'emblée la pluridisciplinarité et de répondre à l'objectif d'approche globale des questions de santé. Par ailleurs, la réactivité de la structure, son accessibilité sans délai, l'existence d'un panel large de réponses sur un même site, sont très appréciées par les usagers et correspondent bien aux besoins complexes et hétérogènes rencontrés aujourd'hui par les familles.

Le réseau Res'Ado adossé à la MDA permet le développement de pratiques collaboratives innovantes et la construction progressive d'une culture et d'un savoir-faire spécifiques. La plus-value en termes d'accès au soin global est manifeste, la MDA devient un vrai lieu de médiation pour la famille, occasion de mise en mots, en présence de tiers professionnels, de problématiques diverses, d'impasses relationnelles variées… Les formules d'accueil proposées ont un effet manifestement facilitateur : nous avons à traiter aujourd'hui des demandes inédites qui seraient probablement restées en souffrance dans nos façons de faire antérieures, tout en disposant d'outils améliorés pour y répondre. Un exemple parmi d'autres, anecdotique par définition mais à la limite du tragique, comme souvent quand il s'agit de passage à l'acte : Éric n'a pas 16 ans. Il accumule ce qu'il ressent comme de profondes humiliations. Et cette fois est de trop : il ne peut pardonner la façon brutale dont son patron vient de mettre fin à son stage. Celui-ci doit payer pour tous. Éric rentre chez lui, dérobe l'arme de chasse de son beau-père, la cache, chargée, sous son lit, décidé dès le lendemain à régler son compte au patron. La mère découvre l'affaire et se confie à des proches ; se met aussitôt en marche le réseau de partenaires. On ne peut épiloguer davantage dans le cadre présent mais la mise en suspens de la menace d'un passage à l'acte auto ou hétéroagressif, la suspension du temps qui permet de se ressaisir et de redonner aux mots toutes leurs chances, exige un type d'intervention différencié, crédible, aussi paternant que maternant, une limite aussi ferme que dénuée de violence. Le dispositif décrit nous semble bien adapté pour mobiliser l'intelligence collective requise et faire en sorte qu'un jeune en danger baisse la garde, au sens figuré comme au sens propre dans le cas présent.


Le temps

Toutefois la Maison doit aussi faire face et composer avec plusieurs difficultés structurelles. L'un des principaux écueils est que nos interventions s'inscrivent nécessairement dans des temps relativement limités afin de préserver la réactivité des réponses. Or, pour certains adolescents, un temps d'accompagnement plus long peut être indispensable, et ces situations sont de plus en plus nombreuses. Il nous faut donc en permanence être attentifs afin de rester en capacité d'accueillir sans délai tout adolescent qui pousse la porte. Car telle est notre mission première. Par ailleurs, il manque cruellement de réponses d'aval, notamment quand il s'agit d'orienter les adolescents vers des structures d'accueil hospitalières, sociales ou médico-sociales, ou tout simplement vers des psychothérapies plus structurées.

Contact
Res'Ado : 13, rue des Jardins
25000 Besançon
Tél. 03 81 53 97 66
Mail : secretariat.resado@ch-novillars.fr

 

 

Paroles d'adolescents : " Des personnes pour nous aider "


Diane, âgée de 17 ans, a été reçue dans notre structure à un moment où elle se sentait en difficulté. Ces mots à eux seuls expriment très justement ce que beaucoup d'adolescents ressentent : " Pour moi, l'adolescence, c'est passer du monde des enfants à celui des adultes, avec tous les problèmes qui vont avec. À cet âge-là, on apprend la vie et on n'a pas souvent les réponses aux questions que l'on se pose, on n'a pas toujours des proches autour de nous pour nous aider. À la Maison de l'adolescent, j'ai trouvé un soutien, des adultes à qui parler et confier des choses que l'on ne peut pas toujours raconter à ses amis. "
Étienne, âgé de 16 ans, est venu nous rencontrer pour la première fois il y a un an. Il dit " s'enterrer de plus en plus à cause de la drogue " et déclare manquer de confiance en lui et se sentir plus fort après avoir fumé : " J'étais mieux avec ça que sans, je préférais m'enfermer là-dedans plutôt que d'insulter les profs en cours, je suis souvent défoncé en classe. " Ce jeune homme se dévalorise énormément et lors d'un entretien nous confie : " Ma mère m'a sauvé plusieurs fois, je lui fais plein de promesses mais je ne les tiens pas, je me fous toujours de ma mère, ça va pas, je voulais me foutre en l'air pour plus voir ce que je fais, je ne respecte rien, pourquoi mon père m'a fait comme ça, je suis inhumain, il y a des choses que je ne peux dire à personne. "
Il y a aussi les propos de ces jeunes que nous rencontrons dans le cadre de nos actions de prévention et qui montrent l'intérêt de travailler en amont des difficultés : " J'ai appris des choses sur les personnes en difficulté mais aussi sur moi-même " ; " Ce travail était très enrichissant, ça m'a ouvert l'esprit " ; " Cette action montre aux jeunes bien dans leur peau que certains ne sont pas dans le même cas, retour à la réalité ", " Elle aide à comprendre les troubles de l'adolescence, aide à prêter plus attention à nos camarades en difficulté "…
P. B., C. B.

Notes

1. Réseau pluriprofes- sionnel construit dans le cadre du Programme régional de santé " Dépression et suicide " (1998-2003).

2. Réseau pour la santé, la prévention et la prise en charge de la souffrance psychique des jeunes. Il a pour objectif d'établir des liens entre les professionnels au contact des adolescents et des jeunes adultes, afin
d'améliorer les réponses au mal-être par une approche globale et pluridisciplinaire des besoins de santé.

 
LA SANTÉ DE L'HOMME 401 | MAI-JUIN 2009 | Pages 4-6
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