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Depuis leur création, en 1982, les missions
locales se sont développées en nombre
: de soixante au départ, elles sont aujourd'hui
quatre cent quatre-vingt-six et couvrent tout
le territoire, onze mille salariés y accompagnent
plus d'un million de jeunes de 16-25 ans, chaque
année.
Elles ont, au cours de cette période,
recherché et tenté de pérenniser
les moyens d'orienter les jeunes qu'elles accompagnent
vers l'accès aux droits et une prise en
charge de leurs problématiques de santé.
Cependant, leur action dans ce domaine est longtemps
restée peu connue, à la fois du
grand public et des décideurs, car il était
difficile d'avoir une vision globale, nationale,
de l'état de santé des jeunes et
des actions conduites pour l'améliorer.
En effet, les données concernant la santé
des jeunes suivis ne peuvent être saisies
dans le système d'information Parcours
31, la Commission nationale de l'informatique
et des libertés (Cnil) s'y opposerait,
avec raison, puisque les professionnels de missions
locales ne sont pas des professionnels de santé,
habilités comme tels.
En 2005, le Conseil national des missions locales
a demandé au Centre technique d'appui et
de formation des centres d'examen de santé
(Cetaf) de procéder à une étude
à partir des données recueillies
auprès des jeunes en insertion lors de
leur examen de santé.
Les résultats (voir l'article de Moulin
et al., pages suivantes) montrent, sans ambiguïté,
l'impact de la précarité sur la
santé des jeunes de 16-25 ans accompagnés
par les missions locales. Ils sont suffisamment
alarmants pour que les différents services
déconcentrés des ministères
concernés par l'insertion des jeunes s'associent
au Conseil national des missions locales (CNML)2
et aux missions locales représentant le
réseau. Ce groupe a rédigé
la " charte pour la santé des jeunes
en insertion ".
Charte pour la santé
des jeunes
Cette charte d'engagements pour la santé
des jeunes, signée en mai 2006 par les
ministres qu'elle concerne et par la présidente
du CNML, a pour objectif de réunir et optimaliser,
sur tous les territoires, les conditions nécessaires
à la mise en uvre d'actions pérennes
de promotion de la santé des jeunes, en
renforçant le lien social. La définition
commune, par les différents acteurs de
la santé, d'orientations stratégiques
et d'objectifs doit permettre de soutenir et d'améliorer
le développement de programmes d'action
en réseaux relatifs à la santé
des jeunes de 16-25 ans en insertion, dans le
cadre des politiques régionales de santé.
Elle a été élaborée
en étroite relation avec le réseau
des missions locales, la direction générale
de l'Action sociale, la direction générale
de la Santé, la Mutualité sociale
agricole, le Cetaf et la Caisse nationale de l'assurance
maladie des travailleurs salariés (Cnamts)
; le bureau du CNML l'a validée.
Depuis sa signature, des réunions régionales
sont régulièrement organisées
par le CNML, en concertation avec tous les partenaires
nationaux régionaux et locaux de la santé.
Ces réunions rassemblent tous les acteurs
publics, associatifs et les financeurs (État,
collectivités territoriales, fondations)
de la prise en charge des problématiques
de santé des jeunes accompagnés
par les missions locales. Elles permettent de
réelles avancées, en particulier
par la présentation des études chiffrées
du Cetaf, qui montrent sans ambiguïté
la relation entre précarité et santé.
Elles sont aussi l'occasion de valoriser de bonnes
pratiques qui peuvent être transférées
sur d'autres territoires.
Quatre axes de progrès
Pour que la charte soit appliquée uniformément
partout, quatre axes de progrès sont travaillés
sur les territoires.
Améliorer le taux et la qualité
de la couverture sociale des jeunes et de la couverture
complémentaire
Cela peut être sous-tendu par des actions
de professionnalisation des conseillers référents
santé et des managers et administrateurs
de missions locales, des actions de recueil de
données sur le statut d'assuré social
du jeune et son éventuelle couverture complémentaire
(suivi de l'accès aux droits par Parcours
3). Mais aussi par l'évaluation des évolutions,
des actions de communication et d'information
du public et des partenaires, des partenariats
étroits avec les caisses d'assurance maladie,
l'organisation de réunions régulières
de suivi avec les partenaires concernés.
Améliorer le taux et la qualité
du recours aux soins généralistes
des jeunes
Il s'agit notamment d'un travail de concertation
étroit avec la Cnamts, les caisses régionales
d'Assurance Maladie, le Cetaf pour que les examens
de santé mis en uvre dans les centres
d'examen puissent être davantage connus
(informations collectives en missions locales
par les professionnels de santé) et délocalisés
lorsque nécessaire dans les territoires
enclavés (utilisation par exemple de caravanes
équipées itinérantes ou délégation
des examens de santé par les centres d'examen
de santé vers les hôpitaux de proximité).
Cela suppose également la mobilisation
d'autres lieux où des examens gratuits
peuvent être conduits. Cela implique aussi
des actions de formation, de communication et
d'information du public et des partenaires, la
mise en place systématique du suivi post-examen.
L'organisation de réunions territoriales
régulières avec l'ensemble des acteurs
concernés.
Améliorer le taux et la qualité
des moyens d'accueil et d'écoute des jeunes
en souffrance psychologique ainsi que le recours
aux soins de santé mentale quand nécessaire
Toutes les missions locales ne bénéficient
pas encore de permanences de psychologues ni de
présence à proximité de points
d'accueil et d'écoute jeunes, 30 % n'en
ont aucune. Il est alors possible de négocier
avec les agences régionales de l'hospitalisation
ou les directions régionales des Affaires
sanitaires et sociales des financements fléchés
et pérennes pour la mise à disposition
dans les missions locales de psychologues rattachés
aux centres médico-psychologiques ou aux
hôpitaux.
Améliorer le nombre et la qualité
des actions de prévention et d'éducation
pour la santé des jeunes, avec les jeunes
Cet axe de développement passe par un
partenariat avec les acteurs de santé publique
mais aussi avec l'ensemble des cofinanceurs des
territoires, une campagne nationale de sensibilisation
des jeunes (car rien ne peut se faire sans eux),
des autres acteurs, des décideurs pourrait
donner l'impulsion nécessaire et contribuer
à une meilleure information.
En 2007, le haut commissaire aux Solidarités
actives contre la pauvreté a lancé
un appel à projets d'expérimentations
sociales en même temps que commençaient
les travaux d'un Grenelle de l'Insertion. Plus
de six cents projets ont été déposés.
Sur les trente-sept projets sélectionnés,
dix traitent de problématiques de santé
publique mais aucun ne concerne la prise en compte
de la santé des jeunes en insertion. Cela
signifierait-il que leur situation s'est améliorée
?
Nombreux, peu qualifiés
En 2007, l'observation de la situation des jeunes
en insertion accompagnés par les missions
locales permet les constats suivants (1) :
o les jeunes en difficulté d'insertion
sont toujours aussi nombreux
1 130 000 jeunes de 16 à 25 ans ont été
en contact avec le réseau des missions
locales et permanences d'accueil, d'information
et d'orientation. Parmi eux, 995 000 ont été
reçus en entretiens individuels par un
conseiller ;
o ils sont toujours majoritairement pas ou
peu qualifiés
Les 452 000 jeunes accueillis pour la première
fois en 2007 dans le réseau sont, comme
en 2006, faiblement qualifiés dans l'ensemble
: près de 44 %, soit un peu moins de 200
000, n'ont pas obtenu de CAP-BEP ou ont quitté
l'enseignement général avant la
terminale (niveaux de formation VI, V bis ou V
sans diplômes). Seul un quart des jeunes
a au moins un baccalauréat ;
o les jeunes " peu ou pas qualifiés
" : plus jeunes et moins mobiles que les
autres
Les jeunes " peu ou pas qualifiés
", c'est-à-dire sortis de scolarité
sans CAP-BEP ou avant la terminale, sont accueillis
plus jeunes que les autres en mission locale.
Plus du tiers d'entre eux sont mineurs, contre
3 % des jeunes diplômés d'un CAP-BEP
ou d'un niveau supérieur. 55 % des jeunes
" peu ou pas qualifiés "
en premier accueil sont des hommes. Étant
plus jeunes, seuls 16 % d'entre eux ont un logement
autonome contre 26 % des jeunes plus qualifiés
; les trois quarts vivent chez des parents ou
chez des amis. Ils sont également davantage
tributaires des transports en commun pour leurs
déplacements : 23 % seulement disposent
d'un moyen de transport individuel motorisé
contre 48 % des jeunes plus qualifiés,
et 14 % ont le permis de conduire contre 50 %
des autres jeunes.
Les jeunes " peu ou pas qualifiés
" sont, comme les autres jeunes reçus
en mission locale, célibataires à
près de 90 %. Ils ont un peu moins souvent
des enfants à charge, du fait de leur plus
jeune âge et parce que les jeunes femmes
sont majoritairement plus qualifiées. Ils
sont plus souvent étrangers : 8 % contre
5 % des autres jeunes reçus, et vivent
plus fréquemment en zone urbaine sensible
: 18 % contre 12 %.
L'observation locale montre que les jeunes en
premier accueil " peu ou pas qualifiés
" qui viennent vers la mission locale
plusieurs mois, voire plusieurs années,
après leur sortie du système scolaire
ont souvent une couverture sociale incomplète,
pas de complémentaire santé (65
% des jeunes n'en ont pas au moment du premier
accueil) ; et, lorsqu'ils bénéficient
d'une complémentaire, ils sont souvent
dans l'incapacité financière de
faire l'avance de frais quand ils ont besoin de
soins. Une information spécifique et un
accompagnement aux démarches administratives
sont nécessaires pour assurer l'accès
aux droits ;
o l'accès aux soins - en particulier
gratuits ou pris en charge - doit toujours être
recherché par le biais de partenariats
locaux avec les acteurs de la santé publique
Des actions de prévention sont toujours
menées par les missions locales en partenariat
avec les acteurs de la santé publique ou
de la mutualité auprès des jeunes,
en particulier autour des questions d'addictions,
d'alcoolisme, de conduites à risques, de
prévention des infections sexuellement
transmissibles, de contraception.
Déterminants
sociaux de santé
Cependant, ces actions de prévention n'ont
de chance d'atteindre leur objectif que si, d'une
part, les jeunes auxquels elles s'adressent sont
en capacité d'être suivis médicalement
quand ils en ont besoin et, d'autre part, les
autres déterminants sociaux de leur santé
sont favorables (autonomie financière,
logement, mobilité, rapport au code et
à la loi, estime de soi, relations familiales
et amicales, loisirs et culture, etc.). De cette
façon seulement ils pourront prendre conscience
des comportements à risques. C'est tout
le travail des missions locales pour lever les
freins à l'insertion des jeunes pendant
leurs parcours ; elles s'impliquent également,
en amont, en relation avec l'Éducation
nationale pour prendre en charge le plus rapidement
possible les jeunes qui " décrochent
" du système scolaire et, en aval,
auprès des entreprises pour trouver des
emplois et des solutions d'insertion.
Mal-être et
souffrance psychique
En 2008, pour améliorer la connaissance
du public accueilli dans les missions locales
et mieux comprendre ses difficultés, le
CNML et le comité de pilotage national
du groupe santé qu'il anime ont demandé
au Cetaf de construire ensemble une étude
spécifique sur le mal-être et la
souffrance psychique des jeunes de 16-25 ans en
recherche d'insertion. En effet, la " charte
pour la santé des jeunes en insertion "
soulignait le manque de données épidémiologiques
sur les difficultés psychologiques rencontrées
par les jeunes en insertion. Une meilleure connaissance
de leur état de santé mentale s'avérait
indispensable compte tenu de la rareté
et de la disparité des données existant
sur le sujet. Les signataires de la charte souhaitaient
aussi le développement de partenariats
pour la prise en compte des situations de souffrance
freinant les parcours d'insertion.
Le recueil de données constituera, au
terme de l'étude, un état des lieux
des difficultés psychologiques rencontrées
par les jeunes en insertion. Il doit aboutir à
des actions concrètes pour la prise en
charge des jeunes dans leur parcours d'insertion.
Les résultats devraient permettre une coordination
accrue des professionnels de l'insertion, de la
prévention et du soin, pour une meilleure
prise en charge des difficultés psychologiques.
Un questionnaire d'autoévaluation anonyme
a été construit, comportant soixante-huit
questions. Il est conçu avec une partie
fixe qui a été administrée,
en 2008, en phase de test et des pétales
d'investigation supplémentaires qui seront
administrés les années suivantes.
Le questionnaire a été administré
auprès des jeunes de 16-25 ans. Au cours
de la première phase, en mai-juin 2008,
mille trois cent cinquante questionnaires ont
été remplis par les jeunes dans
vingt-quatre missions locales et quatorze centres
d'examen de santé où le passage
du questionnaire permet de toucher une population
de jeunes étudiants et actifs et d'établir
une comparaison entre les deux populations.
Les premiers résultats3, non
encore consolidés, ont confirmé,
hélas ! ce que les professionnels ressentent
au quotidien dans leurs pratiques :
- 23 % des jeunes hommes et 31 % des jeunes femmes
de la catégorie " en insertion "
ont une note de santé perçue inférieure
à 7/10 ;
- 12 % des jeunes hommes et 25 % des jeunes femmes
déclarent une tentative de suicide ;
- 29 % déclarent avoir subi au moins une
fois des violences psychologiques (24 % des hommes
et 34 % des femmes) ;
- 24 % ont subi des violences physiques au moins
une fois (23 % des femmes et 26 % des hommes)
;
- 10 % ont subi des violences sexuelles (3 % des
hommes et 15 % des femmes).
Enfin, les réponses aux questions relatives
à la dépression ne laissent aucun
doute sur la nécessité éthique
de réfléchir ensemble et d'adresser
une alerte aux pouvoirs publics et acteurs de
la santé publique. Il s'agit de rechercher
- et trouver - sans plus tarder des moyens complémentaires
afin de répondre plus efficacement à
cette situation de la jeunesse en recherche d'insertion
en France au XXIe siècle.
En 2009, le haut commissaire aux Solidarités
actives contre la pauvreté, par le biais
de la loi sur le RSA (3), met en place un nouveau
fonds d'expérimentations sociales pour
l'insertion des jeunes. Peut-être est-ce
une porte qui s'ouvre pour des évaluations
d'impacts d'actions de promotion et prise en charge
des problématiques de santé sur
l'insertion professionnelle des jeunes ?3.
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