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D'après la dernière enquête
Sumer 2003, 61 % des salariés déclarent
avoir un travail fortement stressant. Qu'est-ce
que le stress ? Pour l'Agence européenne
de Bilbao, il s'agit d'un déséquilibre
entre la perception des contraintes imposées
par l'environnement et les ressources propres
de l'individu pour y faire face. Si l'évaluation
des contraintes et des ressources est psychologique,
les effets portent sur la santé psychologique,
mais aussi sur la santé physique, le bien-être
et la productivité. Il faut distinguer
d'un stress chronique l'état de stress
aigu, qui fait partie de la vie professionnelle,
quand il faut, par exemple, rendre un rapport
dans l'urgence.
À l'origine du stress chronique, des vrais
mélanges de contraintes toxiques ont été
mis en évidence par les chercheurs, comme
par exemple le déséquilibre entre
l'exigence psychologique du poste et la marge
de manuvre dont l'individu dispose pour
faire son travail. C'est le " job strain
" de Karasek (NBP), tel que peuvent le vivre,
par exemple, les téléopérateurs,
à qui on demande une grande disponibilité
pour prendre un maximum d'appels mais qui sont
très contraints dans leur relation aux
clients par un script affiché à
l'écran, la formulation des questions étant
souvent obligatoire (Ndlr : voir aussi l'article
de Valérie Charmois). Un autre modèle
s'est imposé, celui de Siegrist, qui identifie
comme pathogène un déséquilibre
entre les efforts consentis par la personne pour
son travail et les récompenses (monétaires
ou symboliques) qu'elle en perçoit.
Quoique très répandus et très
utilisés dans les recherches scientifiques,
ces modèles ne font pas pour autant le
tour des situations pathogènes rencontrées
dans le travail et les chercheurs travaillent
pour en identifier d'autres.
Essentielle : la
gestion de l'organisation
Quels sont les facteurs qui peuvent entraîner
ces déséquilibres ? Certains facteurs
sont propres à l'entreprise, comme la façon
d'organiser le travail et l'activité. Les
normes imposées aux téléopérateurs,
par exemple, ne sont pas liées au métier
mais dépendent d'autres facteurs tout à
fait modifiables. La gestion des relations humaines
est également un point essentiel. La façon
dont se vivent les relations de travail également,
de même que le type de management, qu'il
soit directif, autoritaire versus participatif,
ainsi que tout ce qui est de l'ordre de l'environnement
matériel.
Plus globalement, le contexte économique,
l'intensification du travail, le recours intensif
aux nouvelles technologies, l'exigence de la clientèle,
etc., peuvent représenter des facteurs
de stress. Mais ce que l'on observe dans les entreprises
c'est qu'à contraintes économiques
égales le niveau de stress est éminemment
variable. Donc la marge de manuvre pour
agir et diminuer les facteurs stressants existe
même dans des situations économiques
tendues.
Mécanismes
physiologiques du stress
Les mécanismes du stress ont d'abord été
écrits par un médecin autrichien,
Hans Selye, dans les années 1930 (encadré).
La réponse biologique de l'organisme à
un agent stressant est une sécrétion
d'hormones telles que l'adrénaline, les
glucocorticoïdes, etc., qui activent l'organisme
en stimulant tous les systèmes (respiratoire,
cardio-vasculaire, etc.). En cas de stress aigu,
la sécrétion cesse quand l'événement
disparaît. Le stress chronique relève
d'un mécanisme analogue, sauf que, l'agent
stressant étant présent en permanence,
la quantité d'hormones augmente avec un
emballement de la sécrétion qui
hyperstimule l'organisme sur de longues périodes.
Or nous ne sommes pas conçus pour résister
à une activation longue et intensive, et
l'état de stress chronique s'installe.
Trois stratégies
face au stress
Face à une situation de stress chronique
qui génère beaucoup d'inconfort
la personne va essayer de s'adapter selon des
réactions psychologiques propres à
chaque tempérament : se soustraire à
la situation difficile (congés maladie,
demande de mutation, etc.) ou recourir à
des techniques de gestion des émotions
ou encore mettre en place une stratégie
de résolution du problème, c'est-à-dire
agir sur les causes du stress. Cette dernière
stratégie est la plus efficace.
Les maux du stress
Le stress chronique étant une hyperactivation
chronique de tous les grands systèmes de
l'organisme, vont donc apparaître des symptômes
de surstimulation de tous ces organes. À
commencer par des douleurs des tendons ou des
articulations, des douleurs abdominales, des maux
de tête, des troubles du sommeil, de l'appétit,
de la digestion, des sensations d'essoufflement,
d'oppression, des sueurs, etc. S'y associent des
symptômes émotionnels comme nervosité,
crises de larmes, angoisse, excitation, tristesse,
mal-être mais aussi des symptômes
intellectuels comme des troubles de la concentration,
des oublis, des erreurs, des difficultés
à prendre des initiatives ou des décisions
qui peuvent gêner les activités de
travail. Pour faire cesser cet état d'excitation,
le recours à des produits " relaxants
", médicaments psycho-actifs (somnifères,
anxiolytiques, sédatifs, etc.) ou de l'alcool
est fréquent avec en contrepartie la prise
de stimulants en journée : tabac, café
ou autres drogues stimulantes. Cette situation
de stress chronique douloureuse induit chez l'individu
repli, inhibition, diminution des activités
sociales. S'il s'installe dans la durée,
le stress chronique peut entraîner de nombreuses
pathologies telles que maladies cardio-vasculaires,
troubles anxio-dépressifs, troubles musculo-squelettiques
mais aussi fragilité immunitaire par l'action
anti-inflammatoire des glucocorticoïdes à
l'origine d'infections fréquentes.
Lien entre stress
et suicide
Les suicides liés au travail se sont longtemps
déroulés hors du lieu du travail
; mais, depuis une dizaine d'années, les
médecins du travail ont donné l'alerte
sur l'apparition de suicides sur le lieu du travail.
Des médecins inspecteurs du travail de
Basse-Normandie ont d'ailleurs réalisé,
au début des années 2000, une étude
de l'incidence des suicides liés au travail,
dont les résultats ont été
utilisés pour estimer le nombre de suicides
au niveau national. Cette apparition des suicides
survient dans un contexte où les indicateurs
de stress augmentent. De nombreuses études
ont démontré un lien entre "
job strain " ou déséquilibre
efforts-récompenses et troubles anxio-dépressifs
mais seulement quelques études ont directement
mis en relation ces déséquilibres
avec un suicide. Telle une étude japonaise
récente sur une cohorte de 3 121 hommes
suivis pendant neuf ans, qui a mis en évidence
que le manque de marge de manuvre multiplie
le risque de suicide par quatre en prenant en
compte les autres facteurs. Une autre grande étude
de cohorte réalisée aux États-Unis
chez 94 000 infirmières suivies pendant
quatorze ans démontre un lien entre stress
chronique et suicide.
La sécrétion des glucocorticoïdes,
qui est associée à un stress chronique,
fragilise l'équilibre psychique et favorise
les dépressions. Ces dernières sont
un facteur de risque pour le passage à
l'acte.
Bon ou mauvais stress
La presse a beaucoup véhiculé le
fait qu'il y aurait un bon et un mauvais stress,
sous-entendant que l'on peut manager par la pression
jusqu'à un certain niveau. Cette position
n'est pas acceptable car la distinction scientifique
oppose stress aigu et stress chronique. Le stress
aigu fait partie de la vie et est un mécanisme
d'adaptation aux changements de l'environnement
mais devient délétère dès
qu'il s'installe dans la durée.
Quelle prévention
contre le stress ?
La gestion individuelle du stress, qui est une
prévention de type secondaire et qui s'intéresse
aux personnes en état de stress chronique
pour éviter des conséquences plus
marquées sur la santé, a beaucoup
été mise en avant dans notre pays.
Cette gestion du stress qui associe des connaissances
sur le stress à des techniques de mise
à distance des émotions et de relaxation
a une efficacité très limitée
dans le temps car elle n'agit pas sur les causes
du stress. La prévention du stress au travail
doit identifier dans une situation de travail
les contraintes qui génèrent du
stress et repérer les facteurs collectifs
dans l'organisation du travail qui génèrent
ces contraintes, pour mettre en place ensuite
un plan d'action vis-à-vis des causes identifiées.
Néanmoins, certaines contraintes sont inhérentes
au métier et ne dépendent pas de
l'organisation. Par exemple, travailler dans des
services de soins palliatifs ou anti-cancéreux
expose le personnel à des émotions
extrêmement fortes. La prévention
dans ce cas agira également en aval de
ces contraintes en proposant par exemple la mise
en place des séances de débriefing
pour en diminuer leur impact. Ainsi, la prévention
efficace du stress au travail vise à agir
le plus en amont possible pour éviter l'apparition
de contraintes liées à l'organisation
mais aussi plus en aval pour les contraintes inhérentes
au métier.
Stress chronique
: les découvertes de Hans Selye
L'origine du terme stress est due à un
médecin d'origine autrichienne, Hans Selye,
qui a découvert, en 1936, que face à
une demande de l'environnement l'organisme va
avoir une réponse non spécifique
: le syndrome général d'adaptation
(SGA). Il constate également que, lorsque
les systèmes physiologiques sont activés
par une situation stressante, ils peuvent devenir
délétères pour l'organisme.
Un événement stressant - comme être
simplement spectateur d'un accident de voiture
- déclenche une libération de catécholamines
(une poussée d'adrénaline) dont
l'objet est d'apporter de l'oxygène dans
les organes qui vont être sollicités
pour la fuite ou le combat, c'est-à-dire
les muscles, le cur et le cerveau. Quelques
minutes après, se met en route une sécrétion
de glucocorticoïdes, qui vise à mettre
à disposition des muscles, du cur
et du cerveau le sucre nécessaire pour
la réaction. Si l'événement
cesse et que la réaction est adaptée,
tout rentre dans l'ordre, mais, si l'événement
stressant se prolonge, il peut y avoir échec
de cette adaptation et l'on entre dans une phase
d'épuisement.
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