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Les inégalités sociales de santé
- c'est-à-dire liées au statut socio-économique,
occupationnel ou aux revenus - sont présentes
dans l'ensemble des pays de l'Union européenne
(1). Face à ces disparités qui ne
cessent de s'aggraver au fil des décennies,
la lutte contre les inégalités de
santé est devenue un véritable défi
pour la santé publique. En effet, s'il
existe d'importantes données faisant état
de ces disparités sur de multiples indicateurs
de santé, les mécanismes producteurs
de ces inégalités sont encore mal
connus ; et l'on dispose de peu de connaissances
sur les politiques, mesures et stratégies
d'action à entreprendre pour réduire
les inégalités en matière
de santé. Les recommandations formulées
dans les ouvrages les plus récents en la
matière, et plus généralement
dans les écrits scientifiques, demeurent
très généralistes et rarement
étayées par des exemples concrets
d'interventions s'appuyant sur des mesures d'impacts
(2).
Cette situation est en partie liée à
la complexité du phénomène
et à l'absence de modèles intégrés
pour fonder les pratiques. Mais c'est surtout
la difficulté à apporter la preuve
de l'efficacité des politiques et des actions
conduites dans cet objectif qui fait obstacle
à l'action. On est ici face à une
problématique classique de l'évaluation
des interventions de promotion de la santé,
interventions qui, par nature, sont globales et
étroitement dépendantes du contexte
dans lequel elles se déroulent. Ce type
d'intervention se prête souvent mal aux
méthodes classiques de démonstration
de l'efficacité (études expérimentales
ou quasi expérimentales).
Identifier des stratégies
d'action
C'est dans ce contexte que le projet européen
" Closing the gap : stratégies
d'action pour lutter contre les inégalités
de santé en Europe " a vu le jour,
en 2004. Un projet résolument tourné
vers l'action.
" Closing the gap " a été
cofinancé par la Commission européenne,
en juin 2004, pour une période de trois
ans. Le projet est coordonné par le Centre
fédéral allemand d'éducation
pour la santé (BZGA) en collaboration avec
l'association EuroHealthNet, qui regroupe trente-trois
agences de santé publique ou de promotion
de la santé issues de vingt-deux pays de
l'Union européenne. Soutenu par un comité
scientifique consultatif composé d'experts
européens dans le domaine des inégalités
de santé1, le projet a réuni
les agences nationales pour la santé publique
et la promotion de la santé de vingt-deux
pays2, dont l'INPES.
Il avait pour principal objectif de développer
et diffuser les connaissances à même
de soutenir la mise en place de stratégies
d'actions pour réduire les inégalités
de santé au sein de l'Union européenne.
Plus précisément, le projet visait
à :
- développer une vision claire et partagée
de ce que recouvrait le principe de réduction
des inégalités de santé à
travers un dialogue entre l'Union européenne
et les différents partenaires nationaux
et locaux ;
- dresser une typologie des pays membres de l'Union
européenne en fonction de leur engagement
dans la lutte contre les inégalités
de santé et des moyens mis en uvre
à cette fin ;
- développer une base de données
européenne des " bonnes pratiques
"3 issues des mesures/interventions
locales ayant montré leur capacité
à lutter contre les inégalités
de santé.
Toute les informations, productions et présentations
issues du projet sont téléchargeables
sur le site du projet : http://www.health-inequalities.eu/
Agir sur les déterminants
sociaux
Face à ces inégalités de
santé, on distingue généralement
trois types de réponses politiques (3)
:
- améliorer la santé des groupes
défavorisés par des programmes ciblés
;
- réduire les écarts de santé
entre les groupes les plus nantis et ceux les
plus défavorisés ;
- prendre en compte l'ensemble du gradient social
de santé, c'est-à-dire s'intéresser
aux liens entre la position socio-économique
et la santé à travers l'ensemble
de la population.
Ces trois options ont en commun d'inclure une
action sur les déterminants sociaux pour
réussir et d'accorder une attention particulière
aux publics les plus démunis. Elles présentent
néanmoins de grandes différences
quant aux effets attendus, présentant chacune
des avantages et des limites qu'il serait trop
long d'aborder ici.
Ce qu'il convient de retenir, c'est qu'il n'existe
pas une stratégie meilleure que l'autre
pour aborder le problème si complexe des
inégalités de santé. Comme
le souligne H. Graham (3), ces approches ne doivent
pas être considérées comme
étant concurrentielles. Le recours préférentiel
à l'une ou l'autre de ces approches, ou
encore combinant les trois, est étroitement
lié au niveau de développement des
pays, aux contextes locaux et aux besoins des
populations. Quelle que soit l'approche retenue,
il importera toujours de travailler en priorité
sur les déterminants sociaux de la santé,
afin d'amener la santé de toutes les couches
sociales au niveau de celle des mieux nantis ;
cela en mettant l'accent sur la santé "
des plus défavorisés " pour
que la santé de ces derniers s'améliore
de façon plus significative et plus rapide.
Pour de meilleurs résultats, il est recommandé
de combiner les actions tant en " amont "
(sur les causes) qu'en " aval " (sur
les conséquences) des inégalités.
Dans ces conditions, il est important de se fixer
des objectifs ciblés et réalistes
et de miser sur des résultats à
long terme (4).
Une Europe diversement
engagée contre les inégalités
Partant de ces principes, chaque pays participant
a ainsi été amené, en collaboration
avec ses principaux partenaires nationaux, à
produire une synthèse de la situation nationale
relative aux politiques publiques, aux acteurs
et aux outils développés pour tenter
de remédier aux inégalités
de santé au niveau national. Les profils
de vingt et un pays ont alors servi de base à
l'établissement d'une typologie des politiques
menées par les différents États
membres afin de réduire les inégalités
de santé (4). Cette classification reprenait
le modèle de M. Whitehead (1998), qui identifiait
le niveau d'avancement des pays dans la lutte
contre les inégalités de santé
sur un continuum allant d'une position de déni/indifférence
pour le sujet à une réponse intégrée
et coordonnée à l'autre extrémité
du spectre.
Dans le rapport, quatre groupes de pays sont
distingués en fonction du niveau de globalité
et d'intégration de leur politique de santé
publique :
o le premier groupe rassemble les pays qui ne
disposent pas d'une politique explicite au regard
des inégalités de santé mais
qui mènent différentes actions liées
aux déterminants sociaux de la santé
à la fois au niveau national et local ;
o le deuxième groupe est composé
de pays où il est possible d'identifier
certaines mesures pouvant contribuer à
réduire les inégalités sociales
de santé mais qui ne sont pas intégrées
dans un plan d'ensemble. La France est classée
dans ce groupe car, s'il existe bel et bien des
politiques de lutte contre la pauvreté
ou les inégalités économiques,
aucune n'est envisagée comme un levier
au regard de la problématique des inégalités
sociales de santé. Dans ce contexte, la
Commission nationale consultative des Droits de
l'homme (5) soulignait que " l'action
de la France pour parvenir à l'universalité
du droit à la santé sur son territoire
est limitée " ;
o le troisième groupe rassemble des pays
qui ne disposent pas nécessairement de
plan d'action visant à réduire les
inégalités sociales de santé
mais qui traduisent une forte préoccupation
pour cette problématique à travers
une politique de santé publique fortement
imprégnée de principes d'équité
;
o le dernier groupe présente les quelques
rares pays disposant d'un plan d'action coordonné
et intégré se caractérisant
par :
- la définition d'objectifs quantifiés
de réduction des inégalités
de santé ;
- un engagement et une action interministériels
;
- des plans d'actions articulés construits
à partir de thèmes prioritaires.
Une base européenne
des bonnes pratiques
Comme déjà souligné en introduction,
il existe encore très peu de données
scientifiques sur lesquelles fonder nos actions
dans un objectif de réduction des inégalités
de santé. L'idée de baser les interventions
en promotion de la santé sur des données
probantes fait d'ailleurs l'objet de vifs débats
dans le milieu de la recherche. Et, lorsque ces
données existent, elles présentent
souvent une utilité limitée pour
les acteurs de terrain soucieux de mettre en place
des actions en vue d'infléchir la tendance.
Ici, en effet, on tend à juger de l'efficacité
des interventions à l'aide d'indicateurs
de santé (ou des variables intermédiaires,
comme par exemple le tabagisme) mesurés
selon un protocole " avant-après ",
sans faire état des processus, des contextes
ou encore des modalités d'interventions
vraisemblablement impliqués dans les résultats
observés. C'est pourquoi le volet du projet
européen relatif à la constitution
d'une base européenne de données
de " bonnes pratiques pour lutter contre
les inégalités de santé "
mérite une attention particulière.
Sur le plan méthodologique, l'analyse
des projets a été conduite au niveau
national par les représentants institutionnels
des pays à partir d'une liste de onze critères
de qualité (exemple : participation du
public, accessibilité de l'action, approche
par lieux, diagnostic des besoins, pouvoir d'agir,
partenariats, évaluation, pérennisation,
etc.). Ont été retenus les projets
qui pouvaient justifier du caractère exemplaire
de leur action sur certains de ces critères.
Ici, donc, l'accent est mis surla qualité
de la démarche (du processus) plutôt
que sur la preuve de l'efficacité. Parmi
les projets retenus, la très grande majorité
ciblait les publics de faible statut socio-économique,
en situation familiale qualifiée de "
difficile " (exemple : familles monoparentales)
ou résidant dans des quartiers défavorisés.
Il s'agissait principalement d'actions mettant
en uvre une démarche d'éducation
pour la santé, ciblant les déterminants
individuels (exemples : comportements liés
à la nutrition, le tabac, l'alcool, etc.),
le système de santé ou l'insertion
sociale. Parmi les constats à faire, on
retiendra le peu de projets répertoriés
sur des déterminants de la santé
plus structurels, comme les conditions environnementales,
l'environnement physique au travail ou à
l'école et le logement. Aucune action n'avait
prévu la réalisation d'études
économiques (coût-efficacité).
Si la méthodologie de ce projet européen
est discutable à certains égards,
elle a le mérite d'amorcer une démarche
de mutualisation des connaissances et des expériences
à travers l'Europe, directement utilisables
par les promoteurs d'actions. Au-delà de
la question récurrente du caractère
transférable des pratiques, ce type de
dispositif constitue un véritable outil
d'aide à l'action susceptible de contribuer
à améliorer la qualité des
actions mises en place.
Une synthèse des travaux conduits sur
les trois années du projet a été
présentée au cours de la conférence
de clôture, le 8 mai 2007, à Bruxelles
(les présentations de cette journée
sont téléchargeables sur le site).
C'est au cours de cet événement
que le rapport final du projet " Taking
action on health equity " a été
diffusé. Dans ce document figurent les
orientations stratégiques ou les plans
d'action de chacun des pays (ou agences) partenaires
pour les années à venir. Il ne s'agissait
pas là de " redéfinir "
la politique nationale mais plutôt d'adopter
des orientations ou des mesures réalistes
et complémentaires à celles qui
pouvaient préexister.
Pour succéder au programme " Closing
the gap " (2005-2007), un nouveau projet
européen intitulé " Determine
" a démarré, à l'automne
2007, dans la continuité des travaux engagés.
Son premier objectif est de stimuler l'action
sur les déterminants socio-économiques
de la santé pour une plus grande équité
en santé. " Determine " est
cofinancé par la Commission européenne
et les instituts de promotion de la santé
des pays participants. Il réunit trente
partenaires ; en France, la direction générale
de la Santé et la direction générale
de l'Action sociale y participent ; l'INPES est
largement impliqué. Dans la même
logique que " Closing the gap ",
qui avait pour finalité l'échange
de connaissances et la mise en uvre de stratégies
d'action, " Determine " vise
à mettre à la disposition de tous
les bonnes pratiques dans ce domaine. Le projet
se compose de sept modules différents :
la coordination du projet, la diffusion et le
partage de l'information, l'évaluation,
la mise en place et les activités du consortium,
l'analyse des politiques des approches transférables
qui prennent en compte les déterminants
socio-économiques de la santé, l'identification
et le pilotage d'approches innovatrices, la sensibilisation
et le renforcement des capacités.
Pour en savoir plus
Un site Internet dédié vient d'être
lancé :
http://www.health-inequalities.eu/
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