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Une étude réalisée en 2005
par l'Organisation mondiale de la santé
(OMS) en Afrique, auprès de quarante pays,
souligne que le concept de promotion de la santé
est diversement compris et qu'il est appliqué
de manière parcellaire. Cinq pays seulement
dans la région francophone (Algérie,
Côte d'Ivoire, Guinée-Conakry, Mali
et Niger) ont développé timidement
une amorce de l'élaboration de politique
ou des actions de promotion de la santé
(1). Mais il existe un fossé entre les
intentions et les réalités et rien,
à ce jour, ne permet de dire si ces pays
ont amorcé une véritable avancée
sur le chemin de la promotion de la santé,
certains ayant depuis lors supprimé la
direction de promotion de la santé qui
existait au moment de cette étude. Cela
a pu faire l'objet d'échanges lors d'un
séminaire qui s'est tenu, au cours de l'été
2007, au Bénin, et auquel participait la
majorité de ces pays.
Ainsi, si ces cinq pays disposaient déjà
d'un document de politique de promotion de la
santé, les pratiques du système
de santé répertoriées et
présentées dans le cadre d'une formation
à Yaoundé (Cameroun) n'étaient
pas nécessairement en lien avec ce concept.
Toutefois, plusieurs projets relatifs au VIH,
par exemple, bénéficiaient d'une
stratégie proche de celles de la promotion
de la santé avec des principes comme l'implication
de plusieurs secteurs et la prise en compte du
contexte, sans recouvrir l'ensemble des aspects
de la promotion de la santé.
Conscient de cet enjeu, le Réfips1
a mené une réflexion avec ses membres
africains pour repérer les activités
prioritaires à engager afin de développer
la promotion de la santé. Première
priorité identifiée : la formation
des professionnels, pour une meilleure compréhension
de ce concept. Le Réfips a donc mis en
place plusieurs formations de formateurs, destinées
aux professionnels des pays francophones d'Afrique
subsaharienne. La première s'est déroulée,
en avril 2006, à Yaoundé, puis au
Bénin, au Gabon, au Burkina Faso, au Congo
et d'autres sont planifiées pour le Sénégal,
la Côte-d'Ivoire, le Tchad, etc. À
ce jour, environ deux cents professionnels ont
été formés au concept de
promotion de la santé par le biais des
activités du Réfips.
Renforcer les compétences
Les pays d'Afrique francophone sont habitués
à l'utilisation isolée de méthodes
telles que " l'éducation pour la santé
", " l'information, éducation
et communication pour la santé " et
la " communication pour le changement de
comportement ". Pour d'autres pays, d'autres
méthodes sont employées, comme la
" mobilisation sociale ", le "
plaidoyer " et le " marketing social
" (2).
L'étude OMS montre que ces approches,
prises isolément, produisent des résultats
limités car elles prennent peu ou pas en
compte les préoccupations et les connaissances
originelles des populations concernées.
En revanche, le concept de promotion de la santé
repose sur des principes qui valorisent l'utilisation
simultanée de plusieurs méthodes
ajoutées à d'autres aspects plus
importants contribuant tous au bien-être
global de la population. Le développement
de la promotion de la santé que l'OMS encourage
dans la région repose sur une quadruple
stratégie :
- le développement des connaissances et
des aptitudes en renforçant les connaissances
des populations en matière de santé
mais aussi les compétences requises pour
promouvoir et protéger les comportements
favorables à la santé, et ainsi
prévenir la mauvaise santé ;
- la prise de mesures en y associant intimement
les individus et les communautés. Pour
les professionnels, il s'agit d'interagir avec
les populations, leurs représentations
et leurs contextes social, culturel, économique
et spirituel dans la mise en uvre des projets
de santé ;
- la médiation pour concilier les différents
intérêts des individus et des communautés,
et la création d'environnements favorables
par la mise en place de conditions localement
étudiées qui facilitent l'adoption
ou la modification des comportements ;
- le plaidoyer pour la création des conditions
nécessaires à l'octroi d'une santé
adéquate.
La première formation (3) était
centrée sur la valorisation et l'analyse
des pratiques communautaires (4) en promotion
de la santé au niveau local. Parmi les
projets présentés, on notait un
travail de plus en plus accentué en réseaux
interprofessionnels, de participations communautaires,
et des pratiques reconnaissant l'existence de
plusieurs facteurs déterminant la santé.
Ces activités portaient sur la prévention
du VIH, la santé maternelle et infantile,
la gestion des services de santé, l'assainissement
de l'environnement, la scolarisation systématique
des enfants, etc.
Les participants venaient de onze pays d'Afrique
francophone subsaharienne (Bénin, Burkina
Faso, Cameroun, Côte-d'Ivoire, Congo, République
démocratique du Congo, Gabon, Mauritanie,
Niger, Rwanda et Tchad). Tous étaient impliqués
au niveau décisionnel dans le système
sanitaire national ou dans des organisations non
gouvernementales : directeurs de département
et programmes ministériels, planificateurs,
et responsables d'association. La formation a
abordé les aspects fondamentaux de la promotion
de la santé, se basant sur les besoins
exprimés par les participants et vécus
dans la pratique quotidienne. Cette formation
a permis des partages d'expériences. Des
études de cas et des pratiques de promotion
de la santé dans la région ont été
présentées.
Des formations à
l'action
Cette formation s'insère dans un projet
plus large de valorisation des pratiques en promotion
de la santé dans la région africaine
francophone. Le second objectif est en effet de
mettre en uvre des actions, notamment pour
réduire les fardeaux actuels qui pèsent
sur le continent, tels que le paludisme, le VIH
et la tuberculose. Une expérience au Bénin
a montré que la lutte contre le paludisme,
confiée aux populations, permet de trouver
des pistes de solution souvent inimaginables par
les professionnels de la santé. D'autres
projets sont planifiés et basés
sur la participation effective et l'engagement
des populations.
Les formations ont renforcé la conviction
du Réfips qu'il est urgent de développer
les capacités du continent africain en
matière de promotion de la santé.
La demande de mise en pratique de ce concept à
travers des programmes concrets et novateurs est
considérable. La promotion de la santé
a démontré ses effets dans l'amélioration
de l'état sanitaire des populations dans
les pays du Nord qui l'ont adoptée depuis
plus de vingt ans. Sa mise en uvre en Afrique
subsaharienne est une nécessité
au regard des défis de santé et
des objectifs du millénaire pour le développement.
Remerciements
Au ministère de la Santé et des
Services sociaux du Québec, qui soutient
ce programme. À l'Union internationale
de promotion de la santé et d'éducation
pour la santé (UIPES), à l'OMS/Afro
et à l'Association canadienne de santé
publique pour leur contribution à ce programme.
Pour en savoir plus
http://www.refips.org |