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Le dispositif téléphonique Fil
Santé Jeunes a été créé,
en 1995, à l'initiative du ministère
de la Santé. Il a été confié
à L'École des parents et des éducateurs
d'Ile-de-France et fonctionne actuellement sous
l'égide de l'Institut national de prévention
et d'éducation pour la santé (INPES)
et de la Direction générale de l'action
sociale (DGAS). En 2001, un site Internet est
venu compléter ce dispositif. Ces deux
structures ont pour mission d'écouter,
d'informer et d'orienter les jeunes qui se posent
des questions dans le domaine de la santé,
sur des aspects psychiques, sociaux, juridiques,
ou autres, et qui n'osent pas rencontrer des professionnels.
L'équipe d'écoutants est constituée
de spécialistes : médecins, psychologues,
conseillers conjugaux et familiaux, juristes.
Fil Santé Jeunes répond en moyenne
à 700 appels par jour. Les appels se répartissent
de la façon suivante :
- sexualité et contraception (42,6 %) ;
- problèmes relationnels (19,2 %) ;
- difficultés psychologiques, mal-être,
troubles du comportement alimentaire (18,3 %)
;
- questions somatiques (12,8 %) ;
- contenu juridique et social (7,1 %).
Une écoute
bienveillante
À Fil Santé Jeunes, en moyenne,
sept appels par jour relèvent des troubles
des conduites alimentaires. Ce sont presque exclusivement
des filles qui abordent la question de l'alimentation
et des problèmes qui l'accompagnent. Cette
problématique prend place dans la complexité
des fonctionnements psychiques et nécessite
une écoute spécifique de la part
de l'équipe. Les jeunes filles abordent
cette question principalement à partir
de leur souhait de maigrir, mais pas seulement.
Certaines sont déjà dans une démarche
de soins mais ne se sentent pas écoutées
par les équipes qui les suivent, comme
cette jeune fille de 16 ans qui a appelé
en pleurs car elle venait de faire une nouvelle
crise de boulimie alors même qu'elle était
hospitalisée !
Alors qu'elles expriment toutes une immense difficulté
à en parler de visu à leur entourage
où à leur thérapeute, elles
trouvent en Fil Santé Jeunes un dispositif
permettant de dépasser leur honte, leur
gêne et la peur d'être jugées.
La garantie de l'anonymat contribue à rendre
accessible la parole. Par téléphone
ou par écrit via le site http:// www.filsantejeunes.com,
elles déposent un profond mal-être
: " Depuis un mois ça m'arrive
de manger sans pouvoir m'arrêter, après
j'ai honte et puis... je me fais vomir... ça
ne m'arrivait pas avant ... ça me fait
très peur, c'est la première fois
que j'en parle à quelqu'un. J'ai décidé
d'essayer d'avouer au médecin tout ce que
je fais, toutes mes conneries, ma boulimie, mais
bien sûr j'ai pas le courage de le dire
en face. J'espère qu'il ne dira rien à
mes parents. J'aurais trop honte déjà
que c'est très dur et une angoisse immense
que d'avouer ça au médecin, j'ai
tellement honte de moi. "
Le travail de l'écoutant consiste à
essayer de sortir ces jeunes filles de leur isolement
car elles redoutent en premier lieu d'en informer
leur famille. Elles ont l'impression qu'elles
vont pouvoir s'en sortir seules, combattre la
maladie sans aide extérieure. Pourtant,
même si elles le nient, le simple fait de
solliciter Fil Santé Jeunes montre qu'elles
sont en situation de détresse. Les aider
à prendre conscience de cela est l'enjeu
majeur de l'appel.
Ce corps qui les
fait souffrir
Leur comportement alimentaire excessif peut être
aussi associé à un sentiment d'ennui
ou une absence de ressenti corporel où
les sensations sont annihilées : "
Je mange surtout au goûter en rentrant chez
moi quand je suis toute seule et que je m'ennuie
" ; " Je mange un peu tout le temps,
des biscuits, du chocolat, mais je ne peux pas
m'en empêcher, j'ai souvent faim, vous pouvez
m'aider ? " Les replacer dans une dynamique
sociale d'échanges et d'ouverture à
des activités de loisirs (sport, atelier
artistique) fait partie des ressources utilisées
dans une démarche de ré-appropriation
de leur corps ; ce corps qui les fait tant souffrir
et qu'elles font tant souffrir. Elles ont besoin
d'être guidées dans le cheminement
qui va les mener à réhabiliter cette
enveloppe, ce contenant qu'est leur corps. L'ennui
peut traduire ici un manque de confiance en soi
et une insuffisance de dialogue familial ; manger
leur permet de remplir un vide.
" Non, je ne suis
pas malade ! "
Un appel peut démarrer sur une simple demande
de technique pour mincir : " Si je ne
mange que le soir un yaourt et une pomme, je vais
maigrir ? Parce que je fais 49 kilos pour 1,76
mètre et je me trouve grosse. "
Un autre appel peut être lié à
une pathologie alimentaire lourde déjà
prise en charge : " Je suis anorexique
boulimique vomisseuse depuis neuf ans. Je vomis
environ quinze fois par jour et j'aimerais savoir
si je vais mourir bientôt en continuant
comme ça et en sachant que j'ai un potassium
qui est entre 1,5 et 2 depuis environ six ans
et que je ne prends aucun médicament pour
réguler mon potassium. " La mise
à distance par le recours aux chiffres
(nombre de calories, taux de potassium, indice
de masse corporelle) et le déni du risque
de se sous-nourrir permettent aux appelants de
faire écran. Les jeunes filles se cachent
derrière l'intellectualisation et le dispositif
Fil Santé Jeunes exacerbe ce phénomène
par l'anonymat, la non-visibilité physique
et la distance. C'est alors le rôle de l'écoutant
d'accompagner l'appelant vers une reconnaissance
de sa souffrance, de son ressenti de détresse
et de solitude. L'objectif de l'écoute
proposée à Fil Santé Jeunes
est de permettre à la jeune fille de reconnaître
qu'elle souffre et que l'isolement ne va pas l'aider.
Cette acceptation se fait difficilement car le
sentiment de honte est prégnant. Amener
la personne qui appelle à reconnaître
sa souffrance et son besoin d'être aidée
fait partie des objectifs majeurs du professionnel
qui participe à l'entretien.
On retrouve ce déni dans la relativisation
des propos de cette jeune fille : " Je
ne prends pas de petit déjeuner le matin,
ça m'écure et j'ai pas le
temps, les repas de la cantine sont assez mauvais.
" Elle se présente en victime d'une
inappétence subie. L'écoutant tente
alors de l'amener à se détacher
du factuel pour l'aider à explorer les
raisons de son inappétence. Des questions
générales sur sa situation actuelle
permettent souvent de mettre en avant d'autres
types de conflits, relégués au second
plan par la jeune fille. Ainsi des problèmes
familiaux sont souvent évoqués,
des pressions sociales : " ça m'énerve,
et mes copines ont des corps parfaits et tout,
et moi mon ventre est flasque, il est pas ferme,
mes copines ne font pas de sport et moi je fais
quand même trois heures de sport. "
Leur permettre de se recentrer sur leur désir
propre et non sur des diktats extérieurs
fait partie du travail d'écoute.
Les effets thérapeutiques
Le dispositif Fil Santé Jeunes ne prétend
pas guérir ces jeunes filles. L'ambition
serait illusoire et vouée à l'échec
car le cadre de travail n'envisage pas de suivi
psychothérapique. Cependant on peut observer,
dans certains cas, les effets thérapeutiques
de la rencontre téléphonique. Il
arrive que plusieurs appels, plusieurs échanges
écrits soient nécessaires pour que
les jeunes filles acceptent l'idée d'entreprendre
une démarche de soins ou de reprendre celle
abandonnée il y a quelque temps. Mais l'indication
de soins se fait toujours ailleurs, à l'extérieur,
dans un lieu physique avec une rencontre réelle.
Des proches peuvent également solliciter
Fil Santé Jeunes : " Voilà,
je m'inquiète pour une amie, j'ai remarqué
qu'elle mange de moins en moins, elle dit que
la nourriture la dégoûte, elle a
changé, elle a l'air triste, qu'est-ce
que je peux faire pour elle ? " car la
maladie les désarme et les inquiète.
Il est nécessaire alors d'insister sur
l'importance de passer le relais à des
personnes compétentes afin que les proches
ne se sentent pas responsables de la situation
ou investis d'une mission de soin qui les dépasse.
Enfin, il arrive parfois que sur un ton léger
de plaisanterie des jeunes filles téléphonent
en disant : " Bonjour, c'est pour un questionnaire
santé, il faut manger de la viande et des
ufs quatre fois par semaine, dès
qu'on en a envie, quatre fois par mois... ? "
À travers ces " petits jeux "
téléphoniques, ces adolescentes
demandent à être rassurées
sur leur santé, c'est alors la mission
de prévention du dispositif qui prend toute
sa dimension.
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