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La prévention des maladies cardio-vasculaires
est un premier travail en amont pour tenter d'éviter
ces maladies ou d'en diminuer la morbidité.
La " prévention " est le dépistage
et le suivi des risques des maladies cardio-vasculaires.
Ces risques sont bien connus et regroupés
dans une seule approche commune : le risque cardio-vasculaire
global, à mesurer chez tous les patients
de 30 à 75 ans.
La promotion de la santé (1) cardio-vasculaire
est la suite de ce travail en amont qui s'intéresse
cette fois à un cran plus éloigné
des facteurs de risque : les déterminants
de la santé comme l'insertion sociale,
le niveau d'éducation, l'emploi, les
conditions de vie, etc. Bien en amont des maladies,
et influençant considérablement
la santé des individus et des populations,
ces déterminants de la santé sont
connus et communs à beaucoup de maladies
chroniques ou de souffrances humaines (2). Ce
sont les sciences humaines et sociales qui ont
apporté ces éléments à
la médecine.
Approche gratifiante
pour le généraliste
Comme nous le constatons dans nos expériences
cliniques, les conditions de la vie quotidienne
des patients influencent considérablement
leur santé : précarités,
conditions de (non) travail, ruptures familiales
et sociales provoquant des sentiments d'insécurité
ou de perte d'identité fortement corrélés
aux facteurs de risque plus médicaux :
stress, tabac, obésité, alcoolisme
problématique, alimentation déséquilibrée,
hypertension artérielle, etc. En d'autres
termes, la promotion de la santé cardio-vasculaire,
c'est passer du registre des maladies (à
prévenir, à éviter) à
celui de la santé (à promouvoir,
à augmenter) d'un individu et d'un groupe
social. En médecine générale,
nous nous intéressons non seulement à
l'une ou l'autre maladie mais surtout à
ce patient (malade ou non), à toute sa
personne et à son contexte de vie. Cette
approche humaniste est familière et gratifiante
pour le généraliste (3). Utile aussi
pour le patient et tout aussi gratifiante pour
lui (4, 5).
Améliorer
l'état de santé global des patients
Les écrits internationaux définissent
précisément le rôle du médecin
généraliste dans la promotion de
la santé. Dans sa définition européenne,
la médecine générale entend
" favoriser la promotion et l'éducation
pour la santé par une intervention appropriée
et efficace " (Wonca, Europe, 2002).
La " promotion de la santé "
est également l'une des sept compétences
attendues pour l'excellence de la pratique médicale,
suivant le Cadre de compétences CanMeds
2005 (1), tant pour les médecins spécialistes
que pour les médecins généralistes
: " Les médecins reconnaissent
qu'ils doivent et peuvent améliorer l'état
de santé global de leurs patients et de
la société qu'ils servent. Les médecins
estiment que les activités de promotion
sont importantes pour le patient en particulier,
pour des populations de patients et pour des collectivités.
Les patients ont besoin que les médecins
les aident à s'y retrouver dans le système
de soins de santé, et à avoir accès
aux personnes appropriées en temps opportun "
" La promotion de la santé
met en jeu des efforts qui visent à modifier
des pratiques ou des politiques en particulier
pour le compte des populations servies. Défini
de cette façon à niveaux multiples,
ce rôle constitue un élément
essentiel et fondamental de la promotion de la
santé, qui s'exprime de la façon
appropriée par les interventions à
la fois individuelles et collectives des médecins
qui cherchent à influencer la santé
publique et les politiques en la matière ".
J. L.
(1) Frank J. Collège royal des médecins
et chirurgiens du Canada, 2005.
Recherche-action
en Communauté française de Belgique
En communauté française de Belgique,
nous avons développé, depuis 2004,
une recherche-action conçue et réalisée
par et pour des généralistes rassemblés
au sein de l'association (Asbl) Promotion Santé
et Médecine générale, née
d'un partenariat entre la Société
scientifique de médecine générale
et la Fédération des maisons médicales,
et créée à la suite du projet.
Dans ce projet, nous avons tenté de concrétiser
la promotion de la santé par une triple
démarche :
- rencontrer le monde subjectif du patient avec
un " guide d'entretien ", à disposition
du généraliste, pour l'accompagnement
des patients à risque cardio-vasculaire
identifié. Ce guide propose des pistes
pour faciliter une négociation réaliste
et efficace entre le généraliste
et le patient, vers une amélioration progressive
de ses comportements de santé. Ce "
guide " est disponible sur le site spécifique
de ce projet : www.promosante-mg.be ;
- développer des réseaux de "
ressources locales " directement accessibles
aux patients et identifiées par leurs médecins
généralistes. Concrètement,
faire réaliser par un groupe de médecins
généralistes un répertoire
des ressources locales proches de leurs cabinets
; des volontaires qui ont réalisé
ce cadastre en 2006 ont découvert des ressources
inattendues au service du patient : une consultation-conseil
gratuite à la permanence de l'antenne locale
de l'Association belge du diabète, un club
de fitness, une consultation de tabacologie, etc.
Ces généralistes ont découvert
aussi d'autres acteurs de la santé, professionnels
ou non. Un réseau de collaborations peut
ainsi se construire et le carnet d'adresses du
généraliste s'étoffer. Ces
ressources aident le généraliste
à motiver les patients dans le sens d'un
changement possible. Le travail en réseau,
en partenariat, est une dimension fondamentale
de la promotion de la santé ;
- construire un partenariat des associations de
médecins généralistes avec
des associations actives en promotion de la santé.
La nouvelle association Promotion Santé
et Médecine générale a lancé
un appel dans ce sens à la mi-2007 ; une
dizaine d'associations y ont répondu rapidement,
dont les centres locaux de promotion de la santé.
Le partenariat entre des associations de généralistes
et une dizaine d'associations actives en promotion
de la santé en communauté française
de Belgique est une première en Belgique,
il devait être officiellement lancé
le 13 octobre 2007 à Bruxelles.
D'autres actions seront mises en uvre en
2007-2008 :
- différentes formations (filières
officielles traditionnelles, visioconférences
et enseignement à distance par Internet)
d'animateurs généralistes au dépistage
du risque cardio-vasculaire global et à
l'entretien motivationnel pour l'accompagnement
des patients à risque pour former les médecins
;
- la participation au Groupe d'appui du Plan communautaire
opérationnel de la santé cardio-vasculaire
du ministère de la Santé en communauté
française de Belgique ;
- une communication au congrès de la Wonca
d'octobre 2007 à Paris et diverses publications
consultables sur le site www.promosante-mg.be
L'acteur le plus
influent de la santé du patient
Cette recherche action est à inscrire dans
un cadre général dans lequel le
médecin généraliste est l'acteur
clé de la promotion de la santé
de ses patients et qui pourrait avoir une influence
bien plus grande. Les médecins généralistes
sous-estiment l'impact qu'ils peuvent avoir auprès
de leurs patients (6). Parfois, à leur
insu, ils peuvent influencer fortement la motivation
du patient à changer son mode de vie pour
devenir davantage capable de vivre autrement sa
santé. Ce rôle, ils peuvent l'assumer
à condition d'éviter les pièges
d'une éducation thérapeutique focalisée
:
- sur l'observance : le but de l'accompagnement
thérapeutique des patients à risque
n'est pas de rendre les patients plus obéissants
!
- sur les apprentissages : " Le danger
pour l'éducation thérapeutique,
c'est de croire ou d'espérer que tout peut
être objet d'un apprentissage alors que
la mort, la souffrance ou l'échec sont
simplement le lieu de l'accompagnement et de l'écoute
" (7). C'est aussi une façon de
lutter contre l'illusion de puissance que ressentent
certains médecins ;
- sur la responsabilité individuelle :
" Quel que soit leur comportement vis-à-vis
des soins, quelles que soient leurs habitudes
de vie, les personnes malades ne peuvent être
tenues pour responsables de leur état de
santé. C'est contraire aux principes affichés
dans la Charte d'Ottawa. " (8)
Comme Monsieur Jourdain
faisait de la prose
La promotion de la santé est déjà
présente dans la manière de faire
la médecine, dans les questions que nous
nous posons, dans la place que nous accordons
à la santé, au travail en partenariat
avec d'autres, à une approche de santé
publique, à une priorité aux plus
démunis, à un travail en amont sur
ce qui détermine des souffrances communes
de beaucoup de patients. Au quotidien, le médecin
généraliste a une approche globale,
tant médicale que sociale. Il situe le
patient dans son contexte de vie. Bien que débordé
par les soins curatifs, il est particulièrement
concerné par les maladies chroniques pointées
par l'OMS dans la charte de Bangkok, en 2005 :
" les cardiopathies, les accidents vasculaires
cérébraux, le cancer et le diabète
".
Le généraliste aborde aussi les
questions du tabac, de l'alimentation, des exercices
physiques. À partir d'un patient en particulier
vers la santé de tous ses patients, le
généraliste peut témoigner,
en scientifique de proximité, envers les
autorités publiques de beaucoup de situations
concrètes vécues par les patients.
Quand nous écoutons les patients, avec
respect, pour construire une relation vraie, quand
nous prenons le temps nécessaire, quand
nous valorisons les initiatives, quand nous soutenons
les démarches de ce patient - qui peut
avoir des valeurs et des priorités différentes
des nôtres -, nous sommes déjà,
parfois sans le savoir, dans des démarches
de promotion de la santé. Si nous cherchons
à décoder le sens ou le pourquoi
des comportements apparemment aberrants des patients,
avec une réflexion partagée entre
collègues, nous sommes encore dans des
démarches de promotion de la santé.
Ces exigences améliorent nos compétences
cliniques pour les patients directement concernés
et aussi pour tous les autres.
La promotion de la santé - dans son approche
conceptuelle, en amont des soins préventifs,
en interrogeant les déterminants de la
santé - peut sembler bien éloignée
de nos préoccupations cliniques quotidiennes.
Cependant, à y regarder d'un peu plus près,
elle porte en elle les ferments d'une médecine
humaine et performante, au bénéfice
d'une amélioration de la santé de
tous.
Contact : jean.laperche@uclouvain.be
Cette contribution est une synthèse actualisée
de l'article paru dans La Revue de la médecine
générale de la Société
de Médecine générale (SSMG)
(Belgique), n° 242, avril 2007, puis dans
la revue de la communauté française
de Belgique Éducation santé, août
2007.
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