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Pour offrir des services de base en périnatalité,
le Québec a fait le choix de développer
des programmes spécifiques pour des familles
dites vulnérables. Ces services s'adressent
aux jeunes femmes enceintes de moins de 20 ans,
aux pères et à leurs enfants de
0-5 ans, aux jeunes mères adolescentes,
mais aussi aux mères vivant dans des situations
d'extrême pauvreté. La base contextuelle
du programme provient :
- des connaissances développées
autour des déterminants de leur santé,
autour de l'importance d'agir tôt auprès
des enfants afin de leur assurer un meilleur départ
dans la vie ;
- de plus de vingt ans d'expérimentation
et d'intervention en périnatalité
dans des contextes de grande pauvreté.
Le programme s'inspire aussi des travaux de Hegel
Holz, aux États-Unis, débutés
dans les années 1980.
Les objectifs visent la santé et le bien-être
des enfants et des parents, le développement
optimal des enfants, l'amélioration des
conditions de vie des familles vivant en contexte
de vulnérabilité. Ils s'inscrivent
dans le soutien plus global que peut obtenir la
famille de la part de sa communauté immédiate
(ressources locales, services de garde, école,
etc.), ainsi que dans l'environnement global,
des politiques pouvant être développées
pour soutenir les familles.
Suivi à domicile
par un professionnel
Lorsque l'on parle du renforcement du pouvoir
d'agir des individus, on parle d'accompagnement
des familles, du suivi fait par un intervenant
privilégié. Au Québec, les
structures autour de la périnatalité
et des services de la petite enfance sont différentes,
et l'on fait beaucoup appel à ce que l'on
appelait les " centres de services communautaires
", nommés désormais "
centres de santé et services sociaux ".
Une autre stratégie est le renforcement
du pouvoir d'agir des communautés par le
soutien à la création d'environnements
favorables à la santé et au bien-être
; ce qui passe par l'action intersectorielle locale,
régionale et nationale. Plus précisément,
l'accompagnement des familles se fait lors d'un
suivi à domicile par un intervenant privilégié.
Au cours de la période prénatale,
ce sont surtout des infirmières soutenues
par une équipe interdisciplinaire qui assurent
ce suivi toutes les deux semaines, dès
la douzième semaine de grossesse. Par la
suite, en postnatal, ce suivi est assuré
toutes les semaines de 0 à 6 semaines,
toutes les 2 semaines de 7 semaines à 12
mois, tous les mois de 13 mois aux 5 ans de l'enfant.
Développer
un sentiment de compétence
La mise en uvre de ce programme pose toute
une série de questions, elle est instructive
sur ce que peut vouloir dire " intervenir
en contexte de grande vulnérabilité
". D'un côté, la littérature
préconise un suivi soutenu et sur une longue
durée mais sur le terrain, en termes d'application,
ce suivi n'est pas toujours aisé à
mettre en uvre, et certaines questions se
font jour. Effectivement, le lien de confiance
s'établit beaucoup autour de la question
d'humanité, et cela passe par la proposition
à la famille d'une présence, pour
faire en sorte que l'intervenante identifie -
pour les prendre en considération - les
besoins et les préoccupations des familles
; l'autre aspect étant d'agir sur le sentiment
d'auto-efficacité.
Pour tisser ce lien de confiance, il est nécessaire
de partir de ce que les pères et mères
sont déjà en capacité de
réaliser, et de développer un sentiment
de compétences. Cela peut être fait
par l'action directe, en plaçant les parents
en situation d'agir. L'on constate aussi que le
parent tente de reproduire tout ce qui est fait
par les intervenants dans leur façon d'être
en lien avec les parents et l'enfant. L'accompagnement
et l'initiation sont nécessaires pour assurer
le sentiment d'auto-efficacité, et tout
ce qui tourne autour du plaisir, des contacts
que l'on peut avoir avec les parents. Certaines
interventions portent, surtout au départ,
sur des besoins immédiats et des résolutions
de problèmes (alimentation, logement, etc.).
Par la suite, les parents s'ouvrent à d'autres
types de préoccupations (habitudes de vie
pendant la grossesse ou après la naissance
de l'enfant, pratiques parentales, développement
d'un environnement sécurisant chez l'enfant,
etc.).
Approcher les familles
en douceur
Un autre aspect de l'action concerne le développement
du pouvoir d'agir des communautés, c'est-à-dire
ici des structures environnantes de santé,
d'éducation et du social, qui passe par
une action intersectorielle locale, régionale
et nationale. Concrètement, les familles
sont présentes aux regroupements intersectoriels
(établissements du réseau de la
santé, centres de services sociaux, centres
de protection de la jeunesse, organismes communautaires,
centres de la petite enfance, municipalités,
etc.) ; ces regroupements réunissent autour
d'une même table ceux qui sont intéressés,
de près ou de loin, au développement
des enfants, afin d'assurer à l'ensemble
des familles un soutien adéquat. Les conditions
de qualité de l'action résident
dans le respect des structures locales et de l'autonomie
des acteurs, le partage de l'information et de
la décision, et la reconnaissance et la
valorisation du savoir de chaque acteur et des
différentes logiques d'action. Les familles
ne sont pas obligées de faire appel aux
services, il faut donc inventer toutes sortes
de façons d'être présent dans
la communauté pour que les familles sentent
qu'elles ont droit à ces services.
On constate au départ des tensions entre
savoir scientifique (celui des professionnels)
et savoir de l'action (celui de la famille). Mais,
à partir du moment où les familles
se rendent compte que les services sont sans jugement,
humains et proches de leur réalité,
elles en demandent davantage. Dans le fond, il
se passe quelque chose entre l'intervenant et
la famille. D'un côté, la famille
se rend compte qu'il y a beaucoup d'humanité
au travers des gestes de l'intervenant, et de
l'autre, l'intervenant modifie sa façon
d'être présent auprès de la
famille.
Les limites de l'exercice
Toutefois cette situation génère
un danger potentiel : si la société
devient plus intolérante - et instaure
en quelque sorte un " contrôle social
" de la famille en question, les intervenants
risquent d'être plus figés dans leur
rapport aux familles et ces dernières vont
le sentir et prendre du recul. Autre point de
tension possible : l'importance des besoins des
familles peut laisser penser aux intervenants
que, par exemple, cela n'aurait pas de sens de
leur parler d'allaitement. Dans ce cadre, être
capable de bien percevoir et prendre en compte
la préoccupation du parent est excessivement
important. Appliquer un programme gouvernemental
de ce type peut placer les professionnels devant
des choix difficiles : en effet, si le ministère
fixe un nombre de familles à rencontrer,
en tant qu'intervenant, quel choix est-il possible
de faire ? Il est certain que cela peut créer
des tensions. Par ailleurs, dans le cadre des
regroupements intersectoriels, le milieu institutionnel
et le milieu communautaire se retrouvent avec
des organismes communautaires qui ont leur propre
autonomie, avec des institutions, et les relations
ne sont pas toujours évidentes entre ces
partenaires. En revanche, ces conflits peuvent
être générateurs de créativité,
peuvent permettre de se mettre en situation d'écouter
l'autre dans sa différence, de trouver
un terrain d'entente.
Aller chercher les
compétences des parents
Il est donc nécessaire de créer
des liens de confiance, de reconnaître le
savoir des parents, d'aller chercher leurs compétences,
de reconnaître aussi la connaissance et
le savoir des acteurs du milieu. Il est intéressant
de constater que plus on développe un lien
entre le terrain et la recherche, plus le terrain
demande des évaluations, induisant un réel
partage des connaissances. Par ailleurs, l'accompagnement
des intervenants est important et demande des
formations, du soutien, car il n'est pas évident
d'intervenir en contexte de grande vulnérabilité.
L'évaluation et la recherche doivent enfin
être bien ancrées avec l'ensemble
des acteurs, il ne faut pas faire en dehors des
acteurs, mais avec eux, y compris avec les parents.
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