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Les professionnels de la santé, de l'éducation
et du social, tous les intervenants en éducation
pour la santé sont confrontés régulièrement
à la question de l'évaluation de
leurs actions. Que ce soit pour en apprécier
l'efficacité, pour obtenir des financements,
pour améliorer la qualité de leurs
pratiques professionnelles. Ce faisant, ils se
posent de nombreuses questions sur le " comment
faire " des évaluations valides, peu
coûteuses en temps et en ressources, des
évaluations utiles, acceptables par les
usagers et les partenaires. L'évaluation
est hautement stratégique. Les intervenants
doivent prendre en compte les priorités
politiques et institutionnelles, dans un champ
où se croisent des approches et pratiques
hétérogènes, des disciplines
diverses, voire des valeurs paradoxales.
La pression s'accentue pour que toute attribution
de fonds publics donne lieu à une évaluation.
Au-delà de cette nécessité
de justifier de l'usage des subventions reçues,
nombre d'acteurs de la promotion de la santé
souhaitent aussi que les évaluations soient
utilisables et utilisées pour améliorer
la qualité de leurs interventions, renforcer
les capacités professionnelles, assurer
la continuité des programmes. Bref, des
évaluations qui soient utiles pour piloter
les projets/les programmes et en améliorer
la qualité. Des évaluations qui
dynamisent le partenariat ; qui stimulent la réflexion,
influencent les décisions politiques. Voilà
le défi auquel nous sommes confrontés.
Dans ce contexte, il importe de trouver de nouveaux
modèles de référence en matière
d'évaluation. En effet, si elles restent
d'actualité, les notions d'efficacité,
d'effets ou d'impact, etc., ne suffisent plus
à rencontrer ces attentes. Les paradigmes
issus de la recherche expérimentale et
épidémiologique se révèlent
peu adaptés en éducation pour la
santé : ils sont orientés vers la
connaissance plus que vers l'action, ils cherchent
à neutraliser les sources de variation
plutôt qu'à les intégrer,
ils se développent sur un rythme propre
lié au respect des critères méthodologiques
et s'adaptent difficilement à la logique
temporelle des programmes et projets.
Parler d'évaluation n'est donc pas chose
aisée
faire reconnaître la
légitimité de différentes
formes d'évaluation est tout aussi difficile.
Organiser le débat autour de ces questions
nécessite non seulement une clarification
méthodologique mais aussi une réflexion
épistémologique.
En effet, en éducation pour la santé,
chaque acteur (public, promoteur de projet, chercheur,
commission d'avis, administration, ministre, etc.)
dispose d'un cadre de référence
qui lui est propre : il agit en fonction de sa
représentation de la réalité
et du sens qu'il donne à ses interventions,
de ses options personnelles et de sa position
en tant que professionnel. Ces cadres de référence
sont parfois formalisés, ils constituent
alors de véritables référentiels
qui prennent valeur de " normes " pour
un groupe de professionnels.
Dans ce dossier, nous avons souhaité :
- faire émerger les fonctions, les enjeux
et les acteurs de l'évaluation ;
- présenter les différents modèles
de référence en matière de
conception et de planification de l'éducation
pour la santé.
Dans le monde de l'évaluation, plusieurs
types de compétences sont mis en jeu, celles
de l'expert, mais aussi celles des professionnels
de l'intervention. Évaluation externe,
interne, autoévaluation accompagnée,
la diversité des pratiques évaluatives
reflète la pluralité des attentes
envers l'évaluation : apport de connaissances,
identification des conditions de succès
ou d'échec des actions, accompagnement
du changement, démonstration des effets
induits par l'intervention, etc.
Ainsi, les méthodes et les compétences
à mobiliser dépendent du contexte
dans lequel s'inscrit l'évaluation. Par
ailleurs, la nature des questions posées
oriente des approches contrastées, à
l'origine de controverses troublantes pour les
professionnels, notamment l'opposition quantitatif/qualitatif
et la production et/ou l'utilisation de données
probantes. Il n'y a en évaluation ni pensée
unique ni bonnes ou mauvaises méthodes
ni manière unique de conduire des évaluations.
En revanche, quelques repères sont utiles
pour parcourir le chemin de l'évaluation,
de la construction négociée, partenariale
des objectifs, du protocole d'évaluation
à la discussion des conclusions.
Et, en pratique, pourquoi évaluer et comment
? Les attentes des décideurs relèvent
quelquefois du mythe de la toute puissance de
l'évaluation, laquelle serait apte à
faire des découvertes inattendues et à
apporter des solutions correctrices à toutes
sortes de dysfonctionnements. Or, l'évaluation
reconstitue une intervention dans toutes ses dimensions,
mais elle ne produit pas de révélation
; elle redonne du sens, sans nécessairement
justifier ; elle remet en question et parfois
dérange. Autant de retombées plus
ou moins conformes aux espérances des acteurs.
Ces thèmes sont explorés dans ce
dossier à travers la présentation
de plusieurs exemples concrets français,
belges et québécois. Enfin, nous
relatons plusieurs expériences d'acteurs
de l'éducation pour la santé qui
ont engagé une réflexion collective
dans le souci de construire, promouvoir et diffuser
une culture d'évaluation.
Au terme de ce dossier, nous espérons
que les professionnels de l'intervention en éducation
pour la santé seront à la fois plus
confiants et plus prudents. Plus confiants, car
ils auront compris que l'évaluation est
un terrain indissociable de l'action. Ainsi rassurés,
ils pourront aborder avec sérénité
les inévitables questions méthodologiques
et se sentir légitimes aux côtés
des évaluateurs. Plus confiants mais aussi
plus prudents, car ils auront compris que les
choix méthodologiques impliquent bien plus
que la validité (la scientificité)
des résultats ; ils recouvrent de véritables
enjeux stratégiques. Si les professionnels
referment ce dossier en étant convaincus
de la nécessité de négocier
les protocoles d'évaluation entre parties
prenantes ; s'ils acceptent de s'impliquer dans
des réseaux qui mutualisent des résultats
d'évaluation entre professionnels, s'ils
envisagent de soustraire du temps à l'action
pour se faire accompagner et construire leur propre
évaluation, alors nous aurons réussi
notre pari. |