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L'âge est-il un critère d'exclusion
dans notre société ? Nous avons
tant voulu ajouter des années à
la vie ! Aujourd'hui, les hommes et les femmes
plus proches logiquement de la mort par l'âge
(90 ans et plus) restent-ils des hommes et des
femmes dignes du respect de leurs semblables plus
jeunes ? Peuvent-ils jouir de la santé
telle que définie par l'Organisation mondiale
de la santé " La santé est
un état de bien-être total physique,
social et mental de la personne. Ce n'est pas
la simple absence de maladie ou d'infirmité
" ? Il semble que, trop souvent, les personnes
dépendantes, âgées et/ou handicapées
ne soient reconnues que dans leur " maladie
" ou leur " infirmité ",
leur dépendance.
La maltraitance envers les personnes âgées
commence là, dans le regard de notre société
vers ces êtres qui vieillissent plus ou
moins décemment, ces êtres qui font
peur et sont enviés à la fois. Ce
sujet est encore tabou parce qu'en partie les
victimes elles-mêmes restent murées
dans le silence par peur souvent de représailles
plus violentes. Les personnes âgées
effectivement ne se plaignent pas, c'est un facteur
essentiel à retenir et cela concerne toutes
les personnes victimes en situation de vulnérabilité
et de dépendance, tels les enfants, les
femmes battues, les personnes handicapées
mentales et/ou physiques ; il est donc difficile
de détecter les mauvais traitements en
institution et plus encore au domicile. L'association
Alma France a été créée
par le professeur Robert Hugonot, pour casser
la loi du silence qui règne parfois au
sein de l'entourage familial et professionnel.
Souffrances non reconnues
Les maltraitances sont des actes ou des omissions
répétés, volontaires ou involontaires.
Aux questions : quand commence la maltraitance
? Où prend-elle son origine ? Qui est le
premier " auteur présumé "
? Il est bien difficile de répondre. La
maltraitance est une résultante de violences
non ou mal gérées, de souffrances
non reconnues, de colères et de rancunes,
de peurs souvent anciennes
" Violence contre les vieux " (1),
" La vieillesse maltraitée "
(2) " Violences invisibles " (3), "
Vieillards martyrs, vieillards tirelires "
(4), " Silence
on frappe "
(5) - autant de titres évocateurs d'ouvrages
consacrés à cette thématique.
Mal soigner, insulter, malmener, ignorer, voler,
bafouer les droits sont autant de formes de maltraitance
ou de négligence graves. L'être humain
âgé est atteint, dans ces situations
extrêmes, non seulement dans son corps,
mais aussi dans sa dignité et son identité
d'humain.
Bien sûr ce sont les personnes les plus
âgées, les femmes en majorité,
fragiles et vulnérables, qui subissent
toutes formes de maltraitance. Ont-elles été
maltraitantes autrefois ? Ont-elles occulté
ou négligé elles-mêmes des
moyens de se protéger en amont ? Sont-elles
difficiles à vivre volontairement ou involontairement
? Dépendances physique et psychique sont
un premier pas vers les conflits. Toutes sortes
d'excuses, de justifications peuvent être
évoquées. Les excès verbaux
ou physiques sont-ils les seules issues ? La réponse
ne peut être que négative.
Épauler les
aidants
Les personnes âgées dépendantes,
prisonnières dans leur corps et/ou dans
leur esprit, sollicitent de leurs aidants familiaux
une bonne santé physique, une grande disponibilité,
et une grande force intérieure, au-delà
de celle qui peut être exigée d'un
fils, d'une fille, d'un conjoint. Au quotidien,
les forces s'usent, la tolérance s'émousse
si ces aidants ne sont pas écoutés,
soutenus et si les faiblesses ou l'épuisement
ne sont pas admis. En effet, ce n'est pas tant
la maladie qui est difficile à supporter
que le temps qu'elle dure - un mois, six mois,
cinq, dix ans ou plus !
Sur le banc des " auteurs présumés
" des violences siègent en majorité
des fils, des filles, des conjoints (eux-mêmes
âgés) et des professionnels côtoyant
les personnes âgées à domicile
ou dans un milieu institutionnel. Tous ces auteurs
ne souhaitent pas nuire. Ils désirent sans
doute bien faire, c'est-à-dire " prendre
soin " de leur parent ou patient correctement,
avec humanité. Il faut en effet ici le
souligner : la majorité des familles et
des professionnels traitent bien les personnes
âgées
mais
parfois, le
dérapage est sournois !
Les raisons des dérapages possibles sont
multiples et émanent de toutes les personnes
concernées par la maltraitance : les personnes
âgées elles-mêmes, les familles,
les professionnels. Personnes âgées
et familles trop souvent ne vont pas à
la recherche d'information, n'osent pas demander
de l'aide en amont d'une dépendance installée.
Les familles s'épuisent, sont à
bout de tolérance et cumulent parfois les
problèmes suivants : éclatement
de la famille, isolement géographique,
social, affectif, chômage, difficultés
financières, drogue, alcool, etc. De leur
côté, les professionnels, trop peu
nombreux, imposent des rythmes d'aide ou de soin
parfois insupportables. Le manque de formation
est souvent flagrant. Enfin, le manque de coordination
entre les professionnels et le manque de communication
véritable entre personnes âgées,
familles et professionnels ne peuvent que renforcer
les situations de maltraitance.
Écoute et formation, au centre de l’éthique d’Alma
L’association Alma s’est dotée d’un code éthique qui lui sert de guide dans ses interventions. En voici une synthèse.
« La fragilité liée aux déficiences physiques, sensorielles, psychiques ou à l’isolement expose de nombreuses personnes vulnérables en raison de leur âge ou de leur handicap à un risque de maltraitance (abus, violences, négligences).
Or, l’organisation sociale ne tient pas suffisamment compte des spécificités de ces personnes. Leur souffrance, voire même leur détresse, se caractérise souvent par des attitudes de repli et de dénégation, qui rendent ces situations d’autant plus intolérables.
Pour prévenir et combattre cet état de fait, Alma France s’est donné comme objectifs et moyens :
– de mettre en place un réseau d’écoute des signalements de cas de maltraitance, de leur évaluation et de conseils sur la suite à donner ;
– d’assurer la formation des écoutants et référents, au sein de chaque centre et, à leur demande, celle des acteurs professionnels des secteurs médicaux, médico-sociaux, sociaux et juridiques ;
– de procéder à l’évaluation permanente quantitative et qualitative du phénomène, à partir des données du réseau, d’en publier les résultats et les diffuser auprès de tout organisme public et privé concerné ;
– d’assurer la sensibilisation des intervenants professionnels ou familiaux au risque de maltraitances et à la prévention de la maltraitance et à la défense des isolés, des exclus et des plus faibles parmi les personnes âgées et/ou handicapées ;
– de stimuler la prise de conscience dans la société des phénomènes de maltraitance liés au vieillissement et au handicap, par la diffusion d’informations et des principes qui président à son action. »
Comprendre sans juger
Accuser n'est pas de mise à Alma. Comprendre
sans juger est l'exigence de l'association, dont
l'éthique (cf. encadré ci-dessus)
est stricte : confidentialité, discrétion,
neutralité, non-jugement de toute personne
mise en cause - " victimes ou auteurs présumés
". Les missions d'Alma se poursuivent en
2007 avec 52 centres d'écoute-conseil (une
soixantaine prévus fin 2007), répartis
sur le territoire et dans les Dom. Depuis 2005,
nos missions concernent non seulement le bien-être
des personnes âgées mais également
des personnes handicapées.
Les objectifs d'un centre départemental
Alma restent, avec des bénévoles
en majorité, l'écoute, fondée
sur une approche systémique et les conseils
proposés aux plaignants par des équipes
pluridisciplinaires. Les conseillers ont une solide
connaissance des services sociaux, des services
médicaux gériatriques, des services
administratifs du réseau gérontologique
du département. Une équipe de trois
ou quatre conseillers, ayant des profils professionnels
différents (médecin, gériatre,
assistante sociale, juriste, psychologue, professionnel
du milieu gérontologique, etc.), facilite
la compréhension des dossiers ouverts par
les écoutants et accélère
les démarches nécessaires au suivi
de ces dossiers.
Depuis plusieurs années, les actions de
sensibilisation et de formation auprès
des professionnels des maisons de retraite et
des services d'aide et de soins à domicile
se multiplient, tout comme les demandes de documentation
et d'information. Devant ce besoin grandissant,
Alma France a confié à une commission
" communication " le travail de compilation
et de création de documents nécessaires
à la compréhension de la maltraitance
envers les personnes âgées1.
Contact
Site Internet : www.alma-france.org
Alma France - BP 1526 - 38025 Grenoble Cedex
Tél. : 04 76 84 20 40
Fax : 04 76 21 81 38
courriel : asso-alma@wanadoo.fr
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