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Comment prévenir les violences et maltraitances
envers les enfants et adolescents ? Quel est le
rôle de l'école et des services de
santé et sociaux pour les élèves
? L'approche développée à
Genève se fonde sur le respect et les droits
de l'enfant, la promotion de la santé et
de la résilience.
La prévention des violences et maltraitances
ne va pas de soi. Depuis que ces problèmes
sont reconnus, d'importants efforts de prévention
se sont développés. Ils ont surtout
montré les difficultés, une efficacité
relative ou douteuse, et parfois des dérives
éthiques (1). Pour faire court, retenons
qu'un dépistage actif doit être évité,
que des programmes de prévention primaire
ne diminuent pas le risque d'abus et peuvent engendrer
un sentiment d'invulnérabilité inadéquat.
Cependant ces programmes peuvent favoriser la
demande d'aide auprès d'un professionnel
compétent, ce qui est un effet positif
en lien avec la résilience. Cette base
nous a permis de poser pour la prévention
en milieu scolaire les objectifs suivants :
- éduquer à la santé et aux
droits de la personne ;
- renforcer les compétences pour demander
de l'aide en cas d'abus ;
- mettre à disposition dans l'école
des professionnels compétents ;
- organiser le réseau professionnel avec
l'école, la santé scolaire, la protection
des mineurs, les hôpitaux, les médecins,
la police et la justice, pour une prise en charge
coordonnée.
Une telle action cohérente et articulée
pourra prendre du sens pour l'enfant, dans son
évolution.
Éducation
contre les abus sexuels
Éduquer à la santé et aux
droits de l'enfant : la sensibilisation aux maltraitances
et abus sexuels doit s'intégrer dans l'éducation
sexuelle, à partir des notions de droit
de l'enfant, de risques et de résilience.
Les cours d'éducation sexuelle réguliers,
dans toutes les classes, permettent d'ouvrir une
réflexion sur les abus sexuels, le respect
et la protection. Dans le programme " Avec
prudence, avec confiance ", nous abordons
avec les élèves de 2e année
(7 ans) les notions d'intimité, de risques,
et l'importance de se confier à une personne
compétente en cas de problème (2).
Réorienter la médecine scolaire
: traditionnellement, son rôle se centrait
sur le contrôle de la santé et le
dépistage de maladies. Nous avons remplacé
ces activités en partie désuètes
par des visites de santé menées
par l'infirmière scolaire (3). Le but est
un dialogue avec l'enfant et sa famille sur ses
besoins de santé pour sa vie scolaire et
sociale et d'identifier l'infirmière comme
une ressource au service de l'enfant.
Prise en charge socio-éducative
précoce
La détection et l'intervention précoce
découlent ainsi de l'écoute de l'enfant,
sans aucun activisme. Si l'infirmière détecte
une maltraitance, ou si une situation lui est
signalée par un enseignant ou un enfant,
elle avise le médecin scolaire référent.
Ensemble, ils font une première évaluation
du cas, dans l'école, pour voir quelle
suite devrait être donnée. Cette
évaluation initiale permet de voir si le
cas doit être signalé aux services
de protection des mineurs ou de police, si une
audition enregistrée est nécessaire,
ou d'autres mesures. Si une suspicion de maltraitance
demeure, l'enfant est adressé immédiatement
au service de protection des mineurs, pour des
mesures de protection et une évaluation
; au besoin la situation est dénoncée
pour des suites pénales. Dans les cas moins
graves, un appui éducatif est mis en uvre.
Cette approche différenciée permet
de donner une réponse adaptée au
cas, et surtout une prise en charge précoce
de situations par un soutien socio-éducatif.
L'adéquation de cette approche par rapport
aux besoins des enfants se vérifie par
la réponse de ces derniers et l'augmentation
très forte du nombre de situations prises
en compte par les infirmières et médecins
scolaires. En 1989, le service de santé
scolaire avait pris en compte 12 cas de maltraitance
à Genève ; ce chiffre passait à
113 en 1995, 328 en 2000, 527 en 2005 ! À
cela s'ajoutent plus de 1300 situations d'enfants
en risque ayant fait l'objet d'une évaluation
et d'un suivi par les infirmières et médecins
scolaires.
Signalements infondés
Ce dispositif basé sur la santé
scolaire est préférable à
un signalement automatique à la justice
par l'école. Cela conduit en effet à
des signalement infondés entraînant,
pour les familles, un sentiment d'injustice et
de méfiance, et pour les services administratifs
et judiciaires un encombrement et une surcharge
; en retour les professionnels de première
ligne tendent à retenir des situations
La conjugaison des actions d'éducation
aux droits de l'enfant et à la santé
et la présence de professionnels de la
santé disponibles, à l'écoute
de l'enfant, créent dans les écoles
un dispositif cohérent, pertinent, respectueux
des enfants et de leurs demandes. Ce changement
de pratique a inscrit la santé scolaire
dans une authentique démarche de promotion
de la santé et des droits de l'enfant.
Contact
Service de santé de la jeunesse,
11 Glacis-de-Rive,
case postale 3682,
CH-1211 Genève 3, Suisse.
Contact e-mail
: paul.bouvier@imsp.unige.ch |