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La violence est une question dont se saisissaient
jusqu'à présent en tout premier
lieu la justice et les forces de l'ordre. En 2002,
l'Organisation mondiale de la santé (OMS),
dans son rapport mondial sur la violence et la
santé, interpellait les pouvoirs publics
sur l'urgence à agir pour prévenir
un problème qui tue chaque année
près de deux millions de personnes dans
le monde. La première des recommandations
émises dans ce rapport était l'élaboration,
la mise en uvre et le suivi de plans d'actions
au niveau national.
Cette recommandation a été reprise
dans son principe, en France, dans la loi du 9
août 2004 relative à la politique
de santé publique, qui a décidé
de travailler sur cinq plans stratégiques
parmi lesquels un plan visant à limiter
l'impact de la violence sur la santé.
À la demande du ministère de la
Santé et des Solidarités et sous
la présidence d'Anne Tursz, pédiatre,
épidémiologiste et directrice de
recherche à l'Inserm, six commissions préparatoires
ont produit une somme de réflexions, d'analyses
mais aussi de débats particulièrement
intéressants dont La Santé de
l'homme voulait vous rendre compte. Si le
plan Violence et Santé n'a pas encore été
adopté par les pouvoirs publics, ces travaux
ont eu le mérite de porter un autre regard
sur cette thématique, en l'abordant comme
un véritable déterminant de la santé,
au même titre que l'alcool, le tabac ou
la nutrition. Une part importante de ces réflexions
est consultable sur le site du ministère
: www.sante.gouv.fr
Six commissions de travail thématiques
se sont donc réunies : périnatalité,
enfants et adolescents ; personnes âgées
et personnes handicapées ; genre et violence
; violence et santé mentale ; institutions,
organisations et violence ; violence, travail,
emploi et santé. Ce dossier de La Santé
de l'homme est ainsi l'occasion de se faire
l'écho d'un certain nombre de leurs conclusions.
Les présidents de chacune de ces commissions
ainsi qu'Anne Turz, présidente de l'ensemble
de cette mission préparatoire, nous livrent
ici leurs analyses et les points qui ont pu leur
paraître les plus marquants.
À la lecture du rapport général
d'Anne Tursz, les recommandations les plus fortement
mises en avant en matière de prévention
nous semblaient beaucoup relever de mesures de
repérage, d'information, de formation des
intervenants, ou d'amélioration des capacités
de recueil et de traitements des données.
L'éducation - et particulièrement
l'éducation pour la santé - paraissait
plus discrètement évoquée
et surtout de façon moins concrète
et moins précise. C'est pourquoi nous avons
posé la question suivante aux présidents
des commissions et à Anne Tursz, auteur
du rapport final : " La prévention
et l'éducation pour la santé ont-elles
une place dans la lutte contre les violences ?
"
En réponse à cette question, et
bien que travaillant dans des champs très
différents, les auteurs s'accordent sur
un certain nombre de points :
1. l'ampleur du problème : la violence
n'est pas un phénomène nouveau et
son éventuelle augmentation n'est pas scientifiquement
étayée. Les médias et les
débats politiques jouent ainsi un rôle
important dans la sensibilité des publics
et dans la perception de l'importance de cette
question ;
2. la violence ne paraît pas constituer
une fatalité absolue. Chaque commission
promeut l'utilité et l'efficacité
de la prévention, des interventions précoces,
pour agir en amont de la violence ;
3. les actions d'éducation et de promotion
de la santé sont des volets incontournables
de la prévention. Elles paraissent toutefois
insuffisamment développées, examinées
et évaluées. Des mesures comme la
consultation du quatrième mois de grossesse
ou un travail sur l'incitation à l'expression
verbale sont pourtant à mettre en avant
et devraient faire l'objet de recherches et de
soutien ;
4. les acteurs du champ de l'éducation
pour la santé ont donc, dans cette perspective,
toute leur place. Mais les rapports des commissions
montrent aussi qu'il leur reste beaucoup à
inventer, à imaginer : les exemples d'actions
proprement éducatives sont en effet peu
nombreuses, souvent confidentielles
Par
ailleurs, la non-publication à ce jour
du plan Violence et Santé ne permet pas
aux Régions d'inscrire cette thématique
comme prioritaire dans leurs plans régionaux
de santé publique (PRSP), limitant ainsi
les crédits qui pourraient être alloués
à des actions relevant de ce champ.
Agir en amont des phénomènes de
violence paraît, pour la grande majorité
des membres des commissions, un enjeu de société
majeur. Cette conviction renvoie à la perception
d'une responsabilité collective vis-à-vis
de ces phénomènes et non pas seulement
à des responsabilités individuelles
et familiales. Elle renvoie aussi à l'utilité
de démarches éducatives - les mesures
répressives ne pouvant constituer l'unique
réponse - qui nécessitent pour cela :
- d'identifier les différentes formes de
violence afin de ne pas amalgamer des réalités
très différentes sous ce même
vocable ;
- de travailler sur les représentations
et sur la verbalisation des tensions, des difficultés,
pour prévenir les " passages à
l'acte " ;
- d'oser poser la question de nos propres organisations
et des formes de violences qu'elles peuvent engendrer
;
- d'admettre et de percevoir la part de violence
qui anime chacun d'entre nous : la violence, ce
n'est pas seulement celle des autres !
- de prendre davantage en compte la question des
rapports de genre et de domination masculine.
Les analyses et actions présentées
dans ce dossier sont donc centrées sur
les démarches éducatives ; elles
en soulignent le formidable potentiel. Autant
d'éléments concrets qui, nous l'espérons,
seront utiles aux professionnels confrontés
à cette problématique dans leur
pratique.
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