sommaire n° 389
 
dossier " violences et santé : quelles actions éducatives ? "

Violences et santé : quelle place pour l'action éducative ?

 
  Chapeau ou rien
     

Alain Douiller
Directeur du comité départemental
d'éducation pour la santé de Vaucluse, Avignon.
Zinna Bessa
Médecin, adjointe au chef
du bureau Santé des populations, précarité et exclusion, sous-direction Santé et Société, direction générale de la Santé,
ministère de la Santé et des Solidarités, Paris.

 

La violence est une question dont se saisissaient jusqu'à présent en tout premier lieu la justice et les forces de l'ordre. En 2002, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), dans son rapport mondial sur la violence et la santé, interpellait les pouvoirs publics sur l'urgence à agir pour prévenir un problème qui tue chaque année près de deux millions de personnes dans le monde. La première des recommandations émises dans ce rapport était l'élaboration, la mise en œuvre et le suivi de plans d'actions au niveau national.

Cette recommandation a été reprise dans son principe, en France, dans la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique, qui a décidé de travailler sur cinq plans stratégiques parmi lesquels un plan visant à limiter l'impact de la violence sur la santé.

À la demande du ministère de la Santé et des Solidarités et sous la présidence d'Anne Tursz, pédiatre, épidémiologiste et directrice de recherche à l'Inserm, six commissions préparatoires ont produit une somme de réflexions, d'analyses mais aussi de débats particulièrement intéressants dont La Santé de l'homme voulait vous rendre compte. Si le plan Violence et Santé n'a pas encore été adopté par les pouvoirs publics, ces travaux ont eu le mérite de porter un autre regard sur cette thématique, en l'abordant comme un véritable déterminant de la santé, au même titre que l'alcool, le tabac ou la nutrition. Une part importante de ces réflexions est consultable sur le site du ministère : www.sante.gouv.fr

Six commissions de travail thématiques se sont donc réunies : périnatalité, enfants et adolescents ; personnes âgées et personnes handicapées ; genre et violence ; violence et santé mentale ; institutions, organisations et violence ; violence, travail, emploi et santé. Ce dossier de La Santé de l'homme est ainsi l'occasion de se faire l'écho d'un certain nombre de leurs conclusions. Les présidents de chacune de ces commissions ainsi qu'Anne Turz, présidente de l'ensemble de cette mission préparatoire, nous livrent ici leurs analyses et les points qui ont pu leur paraître les plus marquants.

À la lecture du rapport général d'Anne Tursz, les recommandations les plus fortement mises en avant en matière de prévention nous semblaient beaucoup relever de mesures de repérage, d'information, de formation des intervenants, ou d'amélioration des capacités de recueil et de traitements des données. L'éducation - et particulièrement l'éducation pour la santé - paraissait plus discrètement évoquée et surtout de façon moins concrète et moins précise. C'est pourquoi nous avons posé la question suivante aux présidents des commissions et à Anne Tursz, auteur du rapport final : " La prévention et l'éducation pour la santé ont-elles une place dans la lutte contre les violences ? "

En réponse à cette question, et bien que travaillant dans des champs très différents, les auteurs s'accordent sur un certain nombre de points :
1. l'ampleur du problème : la violence n'est pas un phénomène nouveau et son éventuelle augmentation n'est pas scientifiquement étayée. Les médias et les débats politiques jouent ainsi un rôle important dans la sensibilité des publics et dans la perception de l'importance de cette question ;
2. la violence ne paraît pas constituer une fatalité absolue. Chaque commission promeut l'utilité et l'efficacité de la prévention, des interventions précoces, pour agir en amont de la violence ;
3. les actions d'éducation et de promotion de la santé sont des volets incontournables de la prévention. Elles paraissent toutefois insuffisamment développées, examinées et évaluées. Des mesures comme la consultation du quatrième mois de grossesse ou un travail sur l'incitation à l'expression verbale sont pourtant à mettre en avant et devraient faire l'objet de recherches et de soutien ;
4. les acteurs du champ de l'éducation pour la santé ont donc, dans cette perspective, toute leur place. Mais les rapports des commissions montrent aussi qu'il leur reste beaucoup à inventer, à imaginer : les exemples d'actions proprement éducatives sont en effet peu nombreuses, souvent confidentielles… Par ailleurs, la non-publication à ce jour du plan Violence et Santé ne permet pas aux Régions d'inscrire cette thématique comme prioritaire dans leurs plans régionaux de santé publique (PRSP), limitant ainsi les crédits qui pourraient être alloués à des actions relevant de ce champ.

Agir en amont des phénomènes de violence paraît, pour la grande majorité des membres des commissions, un enjeu de société majeur. Cette conviction renvoie à la perception d'une responsabilité collective vis-à-vis de ces phénomènes et non pas seulement à des responsabilités individuelles et familiales. Elle renvoie aussi à l'utilité de démarches éducatives - les mesures répressives ne pouvant constituer l'unique réponse - qui nécessitent pour cela :

  • d'identifier les différentes formes de violence afin de ne pas amalgamer des réalités très différentes sous ce même vocable ;

  • de travailler sur les représentations et sur la verbalisation des tensions, des difficultés, pour prévenir les " passages à l'acte " ;

  • d'oser poser la question de nos propres organisations et des formes de violences qu'elles peuvent engendrer ;

  • d'admettre et de percevoir la part de violence qui anime chacun d'entre nous : la violence, ce n'est pas seulement celle des autres !

  • de prendre davantage en compte la question des rapports de genre et de domination masculine.

Les analyses et actions présentées dans ce dossier sont donc centrées sur les démarches éducatives ; elles en soulignent le formidable potentiel. Autant d'éléments concrets qui, nous l'espérons, seront utiles aux professionnels confrontés à cette problématique dans leur pratique.

 

 
LA SANTÉ DE L'HOMME 389 | MAI-JUIN 2007 | Pages 10-11
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