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Les jeunes Québécois passent en
moyenne quinze heures par semaine à regarder
la télévision, soit à peu
près le même taux d'écoute
qu'en France : ce chiffre situe la concurrence
que représentent les loisirs dits passifs
par rapport à la pratique d'activités
physiques. S'ajoute à cela un étalement
urbain et donc des distances très longues
à parcourir et des temps importants consacrés
aux transports. Au Québec, le nombre d'automobiles
a augmenté de 68 % entre 1985 et 2000 (ministère
du Transport du Québec, 2005). Autre élément
à mentionner dans ce contexte : un jeune
sur cinq présente un excès de poids.
En terme de pratique d'activités physiques,
moins de la moitié (44 %) des 12-17 ans
sont actifs pendant leurs loisirs.
C'est dans ce cadre que le programme Kino-Québec
continue de promouvoir un mode de vie physique
actif, où les activités physiques
et sportives sont intégrées dans
le quotidien, que ce soit pour les loisirs ou
les déplacements. Il est géré
par trois entités : deux ministères
(le ministère de l'Éducation, du
Loisir et du Sport qui est chef de file et le
ministère de la Santé et des Services
sociaux) et les directions de santé publique
des dix-huit agences régionales de santé
et de services sociaux. Le programme est coordonné
au niveau national par quatre professionnels qui
veillent à planifier, influencer et "
réseauter1 " - il est relayé
par un réseau de trente-cinq conseillers
régionaux qui interviennent comme experts-conseil
et agents d'influence et de mobilisation. Parmi
les acteurs partenaires, notons la présence
grandissante d'agents de promotion des saines
habitudes de vie dans les centres locaux de santé
et de services sociaux (CSSS).
En 2005, Kino-Québec a adopté un
cadre conceptuel (voir Figure) qui tient
compte autant des facteurs personnels que ceux
associés à l'environnement. Ce cadre
souligne combien il faut agir sur les facteurs
environnementaux, organisationnels et sociaux,
car ils jouent un rôle déterminant
dans l'adoption ou le maintien d'un mode de vie
physiquement actif. Par ailleurs, le plaisir étant
un facteur individuel important dans l'adoption
et le maintien d'un comportement actif, Kino-Québec
a privilégié ce facteur comme axe
de communication (notamment la campagne "
Plaisirs d'hiver " ou encore le message générique
le " plaisir selon Kino-Québec
").
Comme une intervention doit, pour être
efficace, être suffisamment intense et durable
et avoir des ressources suffisantes, le programme
Kino-Québec concentre, depuis 2005, ses
actions dans deux milieux de vie : le milieu scolaire
et le milieu municipal (la famille, le quartier,
la communauté). Leurs représentants
sont invités à concevoir et promouvoir
des environnements favorisant les modes de déplacement
actifs et la participation aux activités
physiques et sportives. Pour épauler ces
acteurs, nous mettons à leur disposition
des résultats d'études, de recherches
et, plus particulièrement, d'avis du Comité
scientifique Kino-Québec.
Ainsi, en 1998, Kino-Québec a produit
un document qui s'intitulait " Les filles,
c'est pas pareil ", pour documenter la problématique
de la moins grande participation des adolescentes
en matière d'activités physiques.
Les goûts et les intérêts des
filles diffèrent de ceux des garçons
; les filles bougent pour la forme et le plaisir,
elles préfèrent la marche, la danse,
la natation, la randonnée en vélo
et le patinage libre. Des aspects moins connus
ont été soulevés : les filles
se perçoivent moins bonnes que les garçons
et ce phénomène fait son apparition
dès l'âge de six ans. De plus, les
programmes offerts aux jeunes par les milieux
scolaire, municipal ou communautaire rejoignent
davantage les garçons que les filles et
peu de cours destinés aux adolescentes
offrent des activités sportives non compétitives.
Ce constat - et d'autres - ont permis d'émettre
des recommandations et des pistes d'action afin
que les milieux scolaire et municipal revoient
leur offre de services aux jeunes filles.
L'école, un
milieu stimulant
Pour rendre l'environnement le plus favorable
à la pratique d'activités physiques,
il faut améliorer la disponibilité
des produits et des services, augmenter la présence
d'infrastructures de loisir et animer les lieux
de pratique. Kino-Québec a produit, il
y a quelques années, le document "
Mieux vivre ensemble dans la cour d'école
" à l'intention des écoles
primaires. Ce document fait notamment état
d'exemples d'écoles ayant posé des
actions concrètes dans le but d'aménager
et d'animer leur cour d'école. Ainsi, si
certaines écoles ont instauré un
programme de leadership étudiant (un tel
programme permet aux élèves des
classes de 5e et 6e années de participer
à l'organisation d'activités sportives
structurées durant les récréations.
Ces jeunes deviennent capitaines, arbitres ou
marqueurs), d'autres ont attribué des espaces
de jeu lors des récréations afin
de favoriser la participation active de tous les
jeunes. Ces derniers choisissent, chaque semaine,
l'activité à laquelle ils désirent
participer. Plusieurs choix d'activités
sont possibles et l'inscription des jeunes est
obligatoire.
Des écoles secondaires mettent aussi à
la disposition des jeunes leur gymnase après
les heures de cours ou encore privilégient
la mise en place d'une programmation variée
d'activités physiques et sportives sur
l'heure du déjeuner pour répondre
aux goûts et intérêts des adolescents.
Pour les jeunes filles, la danse aérobic
et les cours de " streetdance " ont
beaucoup de succès. D'autres écoles
ont choisi d'améliorer leurs infrastructures
selon les nouvelles tendances qui rejoignent les
goûts des adolescents : réserver
une partie de la cour à l'aménagement
de structures pour la planche à roulettes,
aménager une salle d'entraînement
dans l'école ou acheter du matériel
destiné à l'apprentissage des arts
du cirque.
Toujours dans le cadre scolaire, Kino-Québec
réalise, depuis 2000, le concours "
École active ". De manière
à encourager la mise en place d'environnements
sains et sécuritaires, le concours "
École active " offre un soutien financier
aux écoles (entre 500 $ et 1000 $) qui,
parce qu'elles souhaitent faire de leur école
un milieu en santé, proposeront un projet
d'achat de matériel ou d'aménagement,
par exemple :
- élargir la gamme d'activités offertes
pendant les cours d'éducation physique,
sur l'heure du midi ou après les heures
de classe (sport étudiant, plein air, etc.)
;
- organiser les récréations de façon
à ce que les jeunes mettent en pratique
les habiletés et les attitudes essentielles
à l'acquisition d'un mode de vie physiquement
actif ;
- favoriser des modes de transport actifs et sécuritaires
vers l'école (marche, vélo).
Somme toute, la qualité de l'environnement
offert à l'école est déterminante,
car c'est souvent en milieu scolaire que les jeunes
ont la possibilité de vivre des expériences
positives en ce qui concerne la pratique d'activités
physiques et sportives.
Un quartier qui donne
le goût de bouger
Le milieu municipal occupe aussi une place de
premier plan afin de rendre la population plus
active physiquement. Outre le fait que la municipalité
peut elle aussi intervenir sur l'environnement
physique - améliorer et promouvoir l'accessibilité
(proximité, disponibilité, gratuité,
etc.) des infrastructures de loisir, des installations
sportives, des voies cyclables et des endroits
pour la marche -, elle peut aussi offrir une variété
d'activités qui répondent aux goûts
et aux besoins des citoyens de tous âges
et mettre en place une structure de soutien à
l'activité physique (par exemple un club
de marche) ou encore des politiques, des normes
et des règlements qui favorisent la pratique
d'activités physiques. Kino-Québec
a récemment publié un document intitulé
" Aménageons nos milieux de vie pour
nous donner les goût de bouger ". Ce
document a pour but de renseigner les municipalités
sur la notion d'environnements physiques favorables
à la pratique d'activités physiques
et de les inviter à considérer certains
éléments qui leur permettent d'offrir
des environnements propices à la pratique
d'activités physiques lorsqu'ils adoptent
des politiques, des règlements, des plans
d'urbanisme et des schémas d'aménagement
du territoire.
Plusieurs municipalités ont déjà
emboîté le pas et ont réalisé
des actions concrètes en ce sens (encadré).
Les activités
de communication pour une pratique régulière
Un dernier facteur important afin de promouvoir
l'activité physique est de mener des activités
de communication. Réaliser des campagnes
promotionnelles comporte de nombreux avantages
: elles permettent d'informer la population sur
les activités offertes, de l'inciter à
adopter une attitude positive et de renforcer
son intention d'être plus actif physiquement.
Les campagnes promotionnelles permettent aussi
à Kino-Québec de travailler étroitement
avec les municipalités et les écoles
afin qu'elles organisent de nouvelles activités
ou mettent en valeur les activités déjà
existantes.
Une campagne promotionnelle remporte un franc
succès, depuis plusieurs années,
c'est la campagne " Plaisirs d'hiver ".
À partir de janvier, Kino-Québec
invite les municipalités et les écoles
à utiliser ses outils promotionnels (affiches,
banderoles, objets divers, etc.) afin d'organiser,
de promouvoir et de mettre en valeur des activités
hivernales simples et peu coûteuses. Les
objectifs de Plaisirs d'hiver sont les suivants
:
- augmenter les occasions de pratiquer des activités
accessibles (patinage, glissade, raquette, ski
de fond, marche, hockey-bottines, etc.) ;
- faire découvrir ou redécouvrir
le plaisir de pratiquer des activités que
l'on peut facilement intégrer à
son mode de vie ;
- réduire les obstacles à la participation
aux activités hivernales en facilitant
leur accessibilité dans un environnement
sécuritaire (présence d'installations,
proximité des lieux d'activités,
atelier d'initiation, location, prêt ou
échange d'équipement, etc.).
Des approches de
plus en plus concertées et intégrées
Les approches intégrant la promotion de
plusieurs habitudes de vie, notamment l'alimentation
et l'activité physique, se font de plus
en plus nombreuses. Par exemple, le programme
" 0-5-30 combinaison prévention "
est implanté dans plusieurs régions
du Québec ; il propose des interventions
axées sur la promotion des habitudes de
vie saines (0 tabagisme, 5 portions de fruits/légumes
par jour et 30 minutes d'activités physiques
quotidiennes) dans le but de réduire le
développement des maladies chroniques.
Ce programme s'articule autour de deux stratégies
: les actions éducatives et les actions
environnementales. Les actions éducatives
ciblent l'individu, notamment par les pratiques
cliniques préventives des professionnels
de la santé. Elles visent à habiliter
les médecins en cabinet privé à
introduire un counselling bref de promotion
d'habitudes de vie saines, par la visite du délégué
médical de prévention dans les écoles,
des activités de formation et par la création
d'outils d'aide à l'intervention. Les actions
environnementales touchent autant les jeunes,
les familles et les communautés, particulièrement
les personnes vivant en contexte de vulnérabilité.
Elles s'adressent aux décideurs, dirigeants,
élus et organisateurs afin de promouvoir
la création d'environnements favorables
aux habitudes de vie. Bien que cette approche
ne soit pas sous la responsabilité du programme
Kino-Québec, les conseillers régionaux
sont appelés de plus en plus à travailler
au sein d'équipes multidisciplinaires en
tant qu'experts en activité physique.
Un vaste éventail
d'interventions
Si l'on veut accroître le volume d'activité
physique et freiner l'augmentation préoccupante
de l'obésité, il faut mettre en
place un vaste éventail d'interventions.
Des interventions qui agissent autant sur la personne
que sur son environnement, qui sont réalisées
sur les scènes locale, régionale
et nationale et, enfin, qui nécessitent
un partenariat fructueux et une concertation intersectorielle.
Le programme Kino-Québec continue d'agir
en ce sens afin que la population québécoise
soit plus active physiquement.
Pour plus d'information sur le programme :
www.kino-quebec.qc.ca
Des pistes cyclables aux
parcours sécurisés
Voici quelques exemples d'adaptation de l'environnement
à la pratique de l'activité physique
:
• la ville de Saint-Constant a construit, à
côté de la gare, un quartier résidentiel
mixte (destiné à tous types de familles)
: tout y est conçu pour favoriser la marche
à pied et le recours aux transports en
commun ; les déplacements à pied
et à bicyclette sont favorisés par
l'aménagement de sentiers qui convergent
vers la gare. La proximité d'une garderie
et celle de deux écoles incitent aussi
à effectuer les trajets à pied.
Un parc sportif municipal est prévu à
l'est du terrain et l'on y installera plusieurs
équipements, tels des terrains de tennis,
de soccer, de balle, etc. L'objectif : une meilleure
accessibilité pour tous sans nécessiter
de déplacement en voiture ;
• la ville de Sherbrooke. L'objectif privilégié
est de permettre aux familles de circuler en toute
sécurité, peu importe le mode de
déplacement choisi ; ainsi des " corridors
scolaires " ont été implantés
aux abords des écoles primaires pour favoriser
une circulation piétonnière sécuritaire
des élèves. Un diagnostic de la
situation dans un périmètre de un
kilomètre autour de chaque école
a été effectué. Cette analyse
a permis de déterminer les actions à
entreprendre pour créer des parcours sécuritaires.
Les pistes d'action retenues variaient d'une école
à l'autre : avancées de trottoir,
aménagement de passages pour les écoliers,
panneaux de signalisation, etc. Divers services
municipaux ont été mis à
contribution avec la collaboration des directions
d'école et des conseils d'établissement
pour mettre en uvre ces parcours sécuritaires.
Jusqu'à maintenant des parcours ont pu
être établis autour de vingt-trois
écoles.
• la piste du Parcours-des-Anses, située
dans la ville de Lévis en bordure du fleuve
Saint-Laurent, d'une longueur de 13,5 kilomètres,
est accessible pendant la belle saison aux adeptes
de la marche, du vélo et du patin à
roues alignées (NDLR : roller) de même
qu'aux personnes à mobilité réduite.
Des aires de repos dans plusieurs parcs ainsi
que des points de services sont présents
sur le parcours. Depuis début 2005, une
section de six kilomètres est ouverte pour
la marche pendant la saison hivernale. De plus,
de nombreux Lévisiens l'empruntent quotidiennement
pour se rendre au traversier (qui permet de se
rendre à Québec par voie maritime).
• à Ville-Marie, la nécessité
d'une piste cyclable dans la ville afin de rendre
la pratique du vélo plus sécuritaire
- particulièrement pour les enfants - était
criante. Un groupe de travail a proposé
un tracé pour une boucle d'environ quatre
kilomètres et a consulté la population.
À la suite de ces démarches, la
ville a investi les fonds nécessaires à
la réalisation de la voie cyclable. La
popularité immédiate de cette nouvelle
voie cyclable a confirmé le besoin manifesté. |