En association avec les habitudes alimentaires,
le niveau habituel d'activité physique
pratiqué par une personne est impliqué
dans le développement des pathologies chroniques
les plus fréquentes dans les pays industrialisés
(Tableau 1), en particulier les maladies
cardio-vasculaires, première cause de mortalité.
Augmenter le niveau habituel d'activité
physique et limiter la sédentarité
dans la population générale est
donc réellement un enjeu important de santé
publique. Depuis une dizaine d'années,
la notion mise en avant est que l'activité
physique n'a pas nécessairement besoin
d'être d'intensité élevée
pour déjà procurer un bénéfice
en termes de prévention des maladies chroniques.
Notion de courbe
" dose-réponse "
La relation entre la quantité d'activité
physique (la " dose ") et ses conséquences
sur la santé (la " réponse
") est un aspect majeur de la discussion
des effets de l'activité physique sur la
santé. L'aspect de cette courbe peut prendre
différentes formes, la plus simple étant
l'aspect linéaire. Cependant, de nombreuses
données documentent actuellement le fait
que des niveaux au moins modérés
d'activité physique habituelle apportent
déjà un bénéfice substantiel
pour la santé : en particulier, le gain
le plus important en termes de bénéfices
pour la santé est obtenu chez les sujets
inactifs qui deviennent au moins modérément
actifs (environ trente minutes par jour d'activité
physique d'intensité modérée
en plus de la réalisation des activités
quotidiennes) ; le bénéfice supplémentaire,
obtenu lorsque le niveau de pratique augmente
chez les sujets déjà au moins modérément
actifs, serait moindre. Pour les niveaux élevés
d'activité physique, le bénéfice
potentiel doit aussi être pondéré
par les risques d'une pratique très intensive.
Il est maintenant établi qu'il existe
une relation dose-réponse inverse et le
plus souvent linéaire entre le volume d'activité
physique et le risque de mortalité toutes
causes, le risque de maladies cardio-vasculaires
en général et plus spécifiquement
d'événements coronariens, et probablement
le risque de diabète de type 2. La pratique
d'une quantité au moins modérée
d'activité physique s'accompagne donc déjà
d'un bénéfice substantiel en termes
de santé, une notion essentielle pour l'élaboration
des recommandations de santé publique en
matière d'activité physique.
Activité physique
et mortalité
De nombreuses études indiquent que la
pratique d'une activité physique régulière
et une meilleure capacité cardio-respiratoire
(VO2 max) sont associées à une diminution
de la mortalité globale, chez le sujet
jeune comme chez le sujet âgé. Comparés
aux sujets les plus actifs, les sujets les moins
actifs ont un risque de mortalité au cours
du suivi de 1,2 à 2 fois plus élevé.
La dose minimale d'activité physique apportant
ce type de bénéfice n'est pas encore
définie avec précision, mais une
activité physique correspondant à
une dépense énergétique de
1 000 kcal par semaine (soit la dépense
énergétique moyenne obtenue par
trente minutes d'activité physique modérée
par jour en plus de la réalisation des
activités quotidiennes) est associée
à une diminution de 30 % de la mortalité.
En outre, une diminution importante de la mortalité
(de l'ordre de 60 %) a été observée
chez des adultes initialement inactifs qui améliorent
leur capacité cardio-respiratoire au cours
du temps, en comparaison avec ceux qui sont restés
inactifs. Cet effet protecteur incite à
l'élaboration et au développement
d'actions de promotion de l'activité physique
au quotidien tout au long de la vie.
Maladies cardio-vasculaires
et facteurs de risque
L'idée que l'activité physique
puisse avoir un rôle préventif vis-à-vis
du risque cardio-vasculaire n'est pas neuve. Les
études de J. Morris, dans les années
1950, portant sur l'activité physique au
travail de différentes catégories
d'employés londoniens, en particulier dans
le secteur des transports, ont ouvert la voie
à l'approche scientifique de cette thématique.
Les bénéfices en termes de risque
cardio-vasculaire d'une activité physique
régulière ont été
documentés par différentes études
prospectives avec un suivi prolongé. Ainsi,
les résultats de plusieurs méta-analyses
indiquent que le risque relatif de maladie coronarienne
des sujets les moins actifs par rapport aux sujets
les plus actifs est de l'ordre de deux. L'ensemble
des études disponibles indique qu'il existe
une relation dose-réponse linéaire
inverse entre l'activité physique et le
risque de mortalité et d'événements
cardio-vasculaires en général, et
coronariens en particulier. Dans l'étude
franco-irlandaise " Prime ", portant
sur près de dix mille hommes âgés
de 50 à 59 ans suivis pendant cinq ans,
une augmentation de l'activité physique
quotidienne correspondant à trente minutes
de marche rapide était associée
à une diminution de 11 % du risque relatif
d'événements coronariens chez les
individus ne pratiquant pas d'activité
d'intensité élevée. La quantité
d'énergie dépensée et la
régularité pourraient être
plus importantes que l'intensité de l'activité
pratiquée. Les données concernant
les accidents vasculaires cérébraux
sont moins concluantes. Il faut souligner que
la réduction de morbidité coronarienne
qui peut être attendue de la pratique d'une
activité physique régulière
est comparable à celle obtenue par modification
d'autres habitudes de vie, tel l'arrêt du
tabac, ou d'autres facteurs de risque, telle l'hypercholestérolémie.
Les mécanismes expliquant les effets bénéfiques
de l'activité physique sur le risque cardio-vasculaire
relèvent à la fois d'actions directes
sur le système cardio-vasculaire et d'actions
indirectes, principalement par la réduction
du niveau de nombreux facteurs de risque. Les
effets sur les facteurs de risque, en particulier
métaboliques, sont importants. L'activité
physique sur une base régulière
diminue la pression artérielle et le risque
d'hypertension, ainsi que le risque de survenue
d'un diabète de type 2, améliore
le profil lipidique (graisses du sang), atténue
le gain de poids lié à l'âge
et participe au maintien du poids corporel. Certains
de ces effets bénéfiques sont très
transitoires (annulés après quelques
jours d'inactivité), ce qui indique l'importance
de pratiquer l'activité physique sur une
base régulière.
Effets bénéfiques
vis-à-vis des cancers
Un grand nombre d'études d'observation
indiquent que les sujets physiquement actifs ont
un risque diminué d'incidence et de mortalité
par cancer tous sites confondus, chez l'homme
comme chez la femme. Les données disponibles
indiquent aussi que l'activité physique
est associée différemment avec le
risque de cancer selon le site concerné.
Les données les plus probantes concernent
l'effet bénéfique de l'activité
physique vis-à-vis du cancer du côlon,
chez l'homme et la femme (réduction de
40 à 50 % du risque chez les sujets les
plus actifs) et du cancer du sein chez la femme,
notamment après la ménopause (diminution
du risque de l'ordre de 30 %). D'autres données
suggèrent que l'activité physique
pourrait également exercer un effet protecteur
vis-à-vis d'autres cancers (prostate, poumon,
etc.).
Les principaux mécanismes qui pourraient
expliquer l'effet bénéfique de l'activité
physique sur le risque de cancer en général
sont liés à ses effets sur le poids
et l'adiposité abdominale, à ses
effets métaboliques et hormonaux (en particulier
sur les taux circulants de certains facteurs de
croissance ainsi que sur les hormones de la reproduction)
et peut-être à ses effets sur l'immunité.
Diabète :
résultats de deux études d'intervention
Il a été démontré
qu'une modification du mode de vie, incluant une
activité physique régulière
et au moins modérée et des conseils
d'équilibre alimentaire, permet de prévenir
ou de retarder l'apparition d'un diabète
de type 2. Dans deux études d'intervention
randomisées réalisées, l'une
aux États-Unis, l'autre en Finlande chez
des sujets à risque de devenir diabétiques
du fait d'une élévation modérée
du taux de sucre sanguin à jeun, l'incidence
du diabète de type 2, après trois
à six ans de suivi, était deux fois
moins importante (diminution du risque de 58 %)
dans le groupe ayant bénéficié
d'une intervention sur le mode de vie par rapport
au groupe témoin. Dans l'une de ces études,
il a été montré que l'effet
préventif de l'activité physique
n'était pas expliqué par ses seuls
effets sur le poids. Nous ne disposons pas actuellement
d'étude de prévention primaire de
la maladie coronaire basée sur la seule
modification du niveau habituel d'activité
physique chez l'homme. En prévention secondaire,
la mise en place d'une activité physique
régulière chez les sujets présentant
une insuffisance coronarienne ou ayant présenté
un infarctus du myocarde est associée à
une diminution de la mortalité de 25 %.
Promotion de l'activité
physique
Intégrer l'activité physique sur
une base régulière dans notre vie
quotidienne apparaît donc un aspect essentiel
de la prévention primaire vis-à-vis
des pathologies chroniques, en particulier les
maladies cardio-vasculaires. Les obstacles sont
toutefois nombreux. En dehors des limitations
physiologiques liées à la capacité
physique ou à l'état de santé,
il existe des obstacles d'ordre individuel mais
aussi d'ordre socio-environnemental. L'identification
et la prise en compte de ces obstacles, qui peuvent
être différents en fonction des populations
ou au cours du temps dans une même population,
voire chez un même individu, sont l'un des
aspects essentiels de l'élaboration et
de la mise en place d'actions de santé
publique visant la promotion de l'activité
physique.
L'incitation à l'activité physique
dans la population générale n'a
de sens que dans le cadre d'une action de promotion
et d'éducation à la santé
au sens large, incluant les aspects nutritionnels.
Dans cette perpective, la limitation de la sédentarité
et la promotion d'une activité régulière
d'intensité modérée font
partie des objectifs prioritaires du Programme
national nutrition-santé (PNNS) depuis
sa mise en place par le ministère de la
Santé, en 2001. Ce type
d'action est totalement en phase avec les recommandations
et les politiques d'éducation à
la santé développées dans
divers autres pays européens, en Amérique
du Nord et du Sud, ainsi qu'avec la stratégie
globale de l'Organisation mondiale de la santé
sur l'alimentation, l'activité physique
et la prévention des pathologies chroniques.
Tableau 1. Principaux effets bénéfiques
de l'activité physique sur l'état de santé
| Pathologie/condition |
Effet |
Maladies cardio-vasculaires
Maladie coronarienne
Prise de poids
Diabète de type 2
Hypertension artérielle
Cancer du côlon
Cancer du sein
Chutes (sujet âgé)
Santé osseuse
Bien-être
Dépression |
Risque diminué
Risque diminué
Risque diminué
Risque diminué
Risque diminué
Risque diminué
Risque diminué
Risque diminué
Augmentée
Augmenté
Risque diminué |
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