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L'éducation du patient fait partie intégrante
des soins de l'enfant ayant une maladie chronique.
Au travers de l'éducation, une prise en
charge de la maladie est encouragée afin
d'éviter les complications aiguës
et chroniques mais également pour développer
l'autonomie de l'enfant. Lorsque le diagnostic
de maladie chronique est posé, les enfants
avec leurs parents sont confrontés à
la difficulté d'acquérir de nouvelles
responsabilités qui ne correspondent pas
toujours aux capacités liées aux
stades de développement psychomoteur, cognitif
et moral des enfants.
Pour tout programme d'éducation du patient
destiné à des enfants, les professionnels
de santé doivent prendre en compte plusieurs
caractéristiques de l'enfant, notamment
son âge, mais aussi ses besoins, ses goûts,
etc., pour adapter les techniques pédagogiques
et les différents objectifs du programme.
Les recommandations de la Caisse nationale de
l'assurance maladie des travailleurs salariés
(Cnamts) (1) ainsi que la description de compétences
(2) permettent de construire un programme d'éducation
visant des objectifs répondant à
des compétences de différente nature
: de savoir et de savoir-faire (cognitives) et
d'expression (psychosociales). Pour pouvoir développer
des compétences cognitives, les objectifs
doivent être adaptés aux capacités
cognitives et d'apprentissage des enfants. Dès
le jour de la découverte de sa maladie,
l'enfant ne maîtrise plus ce qui l'entoure,
ce qui lui arrive. Il va progressivement apprendre
les gestes de soins avec ses parents. Ses connaissances
vont évoluer avec son âge, tout comme
ses représentations de sa maladie et de
son traitement.
Cependant, le vécu psychosocial de la
maladie est difficile à aborder avec les
enfants. Il varie aussi avec le stade de développement
mais pas seulement. L'annonce de la maladie est
un événement " traumatisant
". L'enfant n'a plus confiance en lui-même,
ni en son entourage. Il se sent impuissant face
à la maladie et au traitement. Toutes ces
émotions sont difficiles à exprimer.
Il est important que l'enfant puisse mettre des
mots sur sa maladie et ses contraintes. Il faut
l'aider à exprimer ce qu'il ressent (3).
Afin de répondre particulièrement
à ces besoins d'expression et de reprise
de confiance et de contrôle sur la maladie
et le traitement, les activités éducatives
doivent permettre d'identifier les représentations,
les désirs, les préoccupations,
les craintes et questionnements de l'enfant, de
lui faire reprendre confiance pour qu'il puisse
prendre part à sa maladie.
De plus, pour mettre en place un programme éducatif,
plusieurs pré-requis pédagogiques
facilitent l'acquisition des différentes
compétences chez l'enfant :
- instaurer un climat de confiance autour de celui-ci,
notamment avec les professionnels de santé
;
- lui permettre de participer à des activités
variées rendant possible un apprentissage
;
- lui fournir les moyens nécessaires à
l'accomplissement de sa tâche et l'encourager
dans ses efforts ;
- transformer chaque échec en nouvelles
occasions d'apprentissage.
La prise en charge éducative de l'enfant
atteint d'une maladie chronique comprend trois
aspects : l'apport cognitif avec les connaissances
et le savoir-faire, l'expression de l'enfant afin
de lui permettre de reprendre confiance et
de regagner un certain contrôle sur sa maladie
et, enfin, l'aménagement d'un environnement
pédagogique adapté et rassurant.
Le jeu comme support
éducatif ?
• Le jeu dans les apprentissages
Le jeu est une activité naturelle chez
l'enfant. Son rôle dans le processus d'apprentissage
et de développement de l'enfant est reconnu
depuis plusieurs années par de nombreux
pédagogues et psychologues. Il est "
l'activité principale de l'enfant, indispensable
à son développement psychologique,
sensoriel, cognitif et affectif " (4).
Il permet l'organisation intellectuelle de son
monde environnant, de son schéma corporel
(5). Il permet aussi de décharger des tensions
en étant un espace transitionnel (3) où
le " faire semblant " est accessible.
Quand il joue, l'enfant agit, est capable de s'exprimer
plus librement et se sent moins l'objet d'une
attention extérieure.
Une typologie du jeu a été décrite
par de Grandmont (6) et Bolduc (7), afin d'identifier
plusieurs facettes du jeu selon les objectifs
visés et les modalités de celui-ci
:
- le jeu récréatif est un jeu libre
et spontané, sans règles, permettant
à l'enfant d'explorer son environnement
et d'acquérir de nouvelles connaissances
de lui-même ;
- le jeu éducatif est un jeu avec des règles
prédéfinies adaptées à
l'âge de l'enfant, qui développe
la négociation et la communication avec
les autres. Il permet à l'enfant d'être
actif et permet également l'émergence
de représentations et de situations particulières.
Ce type de jeu rejoint le concept de la "
play therapy ", décrit par Lindquist
(8), qui a pour but de permettre à l'enfant
d'extérioriser et de communiquer en situation
de soins ;
- le jeu éducationnel a, lui, pour but
de faciliter un processus spécifique d'éducation.
Il privilégie en premier lieu la connaissance
acquise par l'enfant et le processus d'apprentissage
afin de permettre auto- et hétéroévaluations
des nouvelles acquisitions de l'enfant.
Un autre aspect du jeu est la création
: " Si le jeu est essentiel, c'est parce
que c'est en jouant que l'enfant se montre créatif
et c'est en étant créatif que l'individu
découvre le soi. " (3)
L'enfant, par le jeu, répond à plusieurs
de ses besoins : il explore ses propres ressources,
se découvre, apprend à organiser
et à maîtriser son environnement
et peut s'exprimer et communiquer avec les autres.
Cependant, l'enfant ne joue pas pour apprendre,
il apprend parce qu'il joue (9).
• Le jeu dans les soins chez l'enfant
Le jeu est généralement utilisé
dans les services pédiatriques hospitaliers
français (10) et permet souvent à
l'enfant d'exprimer ses émotions sur des
situations de vie difficiles (interventions chirurgicales,
maladies aiguës, etc.). Le jeu est également
utilisé sur le terrain auprès d'enfants
traumatisés (situation de guerre, suites
d'un tremblement de terre, etc.). Il s'agit plutôt
de jeux éducatifs ou de " play therapy
". Souvent l'anxiété, la dépression
et les situations émotionnelles sont diminuées
à l'avantage des processus d'autonomisation
et d'empowerment, qui sont, eux, développés
(8, 11).
Dans le cadre des maladies chroniques chez l'enfant
et des programmes éducatifs, les techniques
ludiques ont donc leur place, même si elles
sont peu décrites et évaluées
dans la littérature. Les outils souvent
cités sont les cédéroms,
jeux d'ordinateur, vidéos, jeux de rôle,
poupées, livres, chansons, etc.
Pourquoi et comment
utiliser le jeu ?
Ces différentes réflexions théoriques
sur l'éducation du patient et la place
du jeu dans les apprentissages m'ont permis d'argumenter
l'utilisation de jeux comme support des programmes
éducatifs que je crée et anime,
depuis six ans, auprès d'enfants et adolescents
diabétiques de type 1.
Chaque programme est structuré en fonction
des compétences cognitives et psychosociales
visées et plus particulièrement
selon des objectifs spécifiques à
atteindre, adaptés aux enfants. Il est
ainsi mis en place après connaissance des
caractéristiques des enfants : âge,
connaissances initiales, motivation à apprendre,
besoins, préférences de jeux, d'activités
ludiques, etc. Les supports éducatifs sont
principalement des jeux créés et
choisis en vue d'atteindre les objectifs visés.
Une même technique ludique peut, en elle-même,
répondre à plusieurs objectifs de
nature différente lors de différents
programmes. Par exemple, j'utilise régulièrement
le spectacle de marionnettes avec les enfants
dans les programmes éducatifs. Dans certains
programmes, il est utilisé comme technique
d'acquisition de connaissances pour les enfants
et répond à des objectifs spécifiques
et compétences cognitives. Dans d'autres,
il peut être utilisé comme technique
d'expression et répondre aux compétences
psychosociales (12).
L'évaluation de ces programmes utilisant
le jeu et les techniques ludiques comme supports
éducatifs a montré leur efficacité
auprès des enfants de 10-12 ans, quant
à la satisfaction des enfants et à
l'atteinte des objectifs et compétences
visés (13).
Mais cela ne veut pas dire que le simple fait
de jouer va aider les enfants à mieux comprendre
leur maladie, mieux s'exprimer et maîtriser
l'environnement, encore faut-il que l'objectif
visé par le jeu soit celui d'un apprentissage.
Le jeu doit être le support des apprentissages.
Il est important que l'éducateur comprenne
bien que le principal n'est pas de faire jouer
les enfants sur leur maladie mais de viser un
objectif à atteindre et de s'aider d'un
support éducatif ludique pour mieux s'adapter
aux capacités et besoins des enfants et
adolescents.
Les avantages du jeu en éducation sont
multiples.
• Pour l'enfant :
- le jeu est libre et non contraignant. L'enfant
s'engage volontairement dans le jeu et donc dans
le processus d'apprentissage. Cela implique une
meilleure participation de sa part ;
- les enfants atteints de maladie chronique se
plaignent souvent de ne pas pouvoir vivre pareillement
aux autres enfants car ils doivent toujours apprendre
quand les autres peuvent jouer. Permettre aux
enfants et adolescents d'apprendre tout en jouant
respecte le besoin des enfants de jouer et ainsi
d'être comme les autres ;
- par des jeux ou des techniques ludiques connues,
l'enfant maîtrise l'environnement de son
apprentissage : il connaît déjà
les règles, la technique ludique proposée
et se sent en confiance. Il est donc important
de connaître les goûts ou préférences
ludiques ou créatives des enfants ;
- pendant le jeu, la maladie en est l'objet et
non le sujet. L'enfant va pouvoir jouer avec elle
comme un objet et non plus la subir. Il prend
du pouvoir sur elle par le jeu et peut ainsi continuer
son processus d'empowerment ;
- par le jeu, l'enfant " fait comme si "
et ne se met pas personnellement en situation
à risque. Il peut expérimenter sans
risque certains gestes, décisions. Cela
lui permet d'y faire référence,
de les reproduire dans ses activités de
la vie quotidienne et d'automatiser ses acquis.
Le jeu est alors un support de développement
et d'apprentissage.
• Pour les soignants :
- souvent les soignants sont réticents
à l'idée de jouer car l'activité
ludique n'est pas compatible avec le statut de
soignant : " On n'est pas là pour
jouer. " Cependant, le fait de jouer
avec un enfant permet au soignant de se mettre
au niveau de l'enfant et de partager un moment
avec lui ;
- de plus, pour pouvoir adapter le contenu de
l'apprentissage visé à un jeu, il
faut l'avoir compris et être capable de
l'expliquer simplement à autrui. Le jeu
est un bon moyen pour tester ses propres connaissances
sur la maladie avant de les transmettre aux enfants
;
- la position du soignant, au cours du jeu ou
de l'activité, est celle d'un accompagnant,
d'un révélateur. C'est l'enfant
qui agit. Le soignant n'est pas le sportif en
compétition mais son entraîneur
Il est disponible pendant toute la durée
du jeu pour accompagner et aider l'enfant à
apprendre ;
- les soignants répondent aux besoins des
enfants et des adolescents en proposant une activité
ludique comme support des apprentissages mais
également en respectant leur souhait d'apprendre.
Il est donc important que les objectifs à
atteindre lors de la séance soient connus
des enfants, afin qu'ils puissent réutiliser
ces expériences ludiques ultérieurement
dans des situations de la vie quotidienne.
Le jeu est un outil à multiples facettes
dans l'éducation des patients enfants :
il est un support de développement de l'enfant,
un outil de séparation entre soi et la
maladie, permettant une prise de contrôle,
un objet transitionnel pour expérimenter,
un outil de socialisation et de communication
avec les autres enfants mais aussi les soignants
et un outil d'apprentissage en répétant,
en imitant, en s'exerçant et en assimilant
le contenu nécessaire à une meilleure
prise en charge de la maladie.
Le jeu facilite les apprentissages de l'enfant
car il lui permet également d'évoluer
en toute confiance dans son environnement, avec
les soignants, de participer activement à
la prise en charge de sa maladie et de s'exercer
en " faisant comme si ".
Alors, à vous de jouer ! |