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La famille demeure la principale ressource de
soutien des malades d'Alzheimer puisque 80 % des
patients vivent à domicile. L'accompagnement
au quotidien et durant de longues années
revêt un caractère traumatique pour
l'aidant, lequel devient au fil du temps un véritable
soignant.
Il existe de nombreux travaux sur les conséquences
mentales et somatiques de cette relation d'aide
au long cours. Le risque de décompensation
psychique et somatique est grand : plus de la
moitié des aidants familiaux vivent une
détresse psychologique, ils présentent
trois fois plus de dépression qu'une population
témoin. Un des éléments principaux
du fardeau est la présence de troubles
du comportement chez le patient. Ces proches expriment
le besoin de bénéficier d'un soutien
structuré pour affronter les responsabilités
lourdes et croissantes de la prise en charge.
Ils ont souvent le sentiment d'être négligés
par les médecins ou mal informés
par les services d'aide.
Du point de vue du patient, les attitudes adaptées
de ses proches contribuent grandement à
son adaptation à l'environnement alors
que certains comportements défavorables
du proche augmentent le risque de survenue de
troubles du comportement. L'approche éducative
centrée sur l'aidant est complémentaire
des autres approches de la maladie. Elle est reconnue
comme prépondérante par divers travaux
de consensus dans l'accompagnement de cette maladie.
Des programmes éducatifs
pourprévenir l'épuisement des proches
Les réunions de familles de patients sont
profitables pour optimiser la relation soit sous
forme d'échanges et d'informations, soit
structurées en actions éducatives.
Il a été démontré
que le recours à un programme de soutien
multimodal (groupe éducatif, conseil téléphonique
et action envers le patient) retarde le placement
du malade en institution.
Selon une méta-analyse récente portant
sur les différentes modalités d'intervention
auprès des aidants familiaux, les programmes
éducatifs seraient plus efficaces que le
soutien individuel pour prévenir l'épuisement
psychologique de l'aidant.
La validation d'un
programme éducatif pour les aidants
Nous avons voulu formaliser un programme éducatif
sous la forme d'un diaporama servant de support
à des réunions de groupes de familles
de patients. L'objectif était d'associer
une information formalisée à une
possibilité de verbalisation des participants.
Cela afin de répondre aux principales demandes
d'information et de conseils émis par les
aidants mais aussi à les soutenir dans
leur action. La guidance psycho-éducative
vise en effet à renforcer l'efficacité
et la pertinence des actions de l'aidant pour
mieux faire face à la maladie : renforcer
le coping (voir ci-dessous). Les thèmes
sont : comprendre la maladie, renforcer le support
social, appréhender le vécu affectif
de l'aidant et le risque d'épuisement,
apprendre à faire face aux troubles du
comportement, aménager la maison et organiser
la vie quotidienne, apprendre à stimuler
le proche et mieux communiquer.
Ce programme a fait l'objet d'une validation à
travers une étude multicentrique (2002-2003)
dans deux centres de gériatrie possédant
une consultation mémoire ; cinq sessions
complètes ont été analysées
; sur un total de soixante, cinquante-trois aidants
ont terminé l'étude. L'évaluation
était réalisée avant et après
(à quatre mois). Le critère principal
évalué était la dépression
de l'aidant (Hamilton depression HAD) ;
les critères secondaires : l'anxiété
de l'aidant (Hamilton anxiété
HAA), le fardeau, (échelle de Zarit),
le suivi médico-social (questionnaire).
Le programme comprenait cinq réunions de
formation de deux heures tous les quinze jours
sous le mode d'un diaporama de trente minutes
animé de façon interactive, suivi
d'une discussion d'une heure et demie. Le groupe
comprenait douze participants et a été
animé par deux thérapeutes (un soignant
et un psychologue). Les aidants s'engageaient
à être présents durant toute
la session.

Des résultats
préliminaires qui montrent une diminution
de la détresse psychologique
Lors de l'évaluation à quatre mois,
les aidants apparaissent globalement beaucoup
moins défensifs et ont une appréhension
plus réaliste de la maladie ainsi que de
leur capacité à la gérer.
Ils indiquent un bénéfice positif
sur le ressenti affectif de la relation d'aide.
Ils sont plus indulgents vis-à-vis du proche.
Seuls 10 % de plus envisagent plus sérieusement
de placer leur proche (patients évolués).
Les résultats immédiats sont surtout
significatifs sur le stress.
Le programme éducatif offre l'avantage
de réduire l'anxiété de l'aidant
et sa détresse psychologique. L'information
et la formation aident à réduire
l'appréhension irréaliste de la
maladie. L'impact sur la dépression de
l'aidant est moins certain à court terme.
Le fardeau est inchangé, probablement parce
que la maladie évolue et parce que les
aidants ont eu du mal à demander de l'aide.
Ces données sont conformes à celles
retrouvées dans la littérature.
Pour améliorer ces items, il paraît
important d'associer un soutien social (solution
de répit, aides à domicile) et une
action spécifique envers le patient (soutien,
stimulation). Il paraît judicieux de délivrer
de plus un support d'information écrit
pour rappeler les informations reçues pendant
les sessions et renforcer l'action de celles-ci.
Il paraît pertinent également d'évaluer
l'impact sur le comportement du patient dans une
prochaine étude.
Le développement
et la diffusion d'un kit de guidance pour les
aidants
Afin de compléter le travail précédent,
un kit a été élaboré,
intégrant : un diaporama de six sessions,
un livret pour l'animateur afin de mieux animer
les réunions, six livrets destinés
à chaque aidant remis à la fin de
chaque séance. Ce kit a été
diffusé à des équipes de
proximité (accueil de jour, centre mémoire,
équipe de gériatrie, psychiatrie,
neurologie, etc.) et devrait l'être aux
bénévoles des associations de famille
afin de les aider dans leur soutien aux aidants
(Tableau I).
La mise en place
de groupes de guidance pour les aidants principaux
Le groupe est ouvert à toute famille d'un
patient vivant à domicile qui souhaite
bénéficier d'un soutien psychologique
ainsi que d'information sur la maladie d'Alzheimer
et d'échanges pratiques. Cette approche
est destinée en priorité aux aidants
principaux. Il est nécessaire de pratiquer
des entretiens préalables afin de déterminer
si ces derniers sont aptes à bénéficier
d'une prise en charge en groupe. Il faut pour
cela analyser leur capacité à débattre
en public de leurs problèmes et de tenter
de déceler une trop grande fragilité
qui les feraient plutôt orienter vers des
entretiens particuliers ou vers un spécialiste
(psychothérapie individuelle).
Le nombre de participants doit être limité
à douze personnes. Au-delà, le caractère
thérapeutique pour chacun paraît
difficile à garantir.
Les séances se tiennent tous les quinze
jours avec un engagement de présence et
selon des thèmes précis :
- comprendre la maladie et son évolution
;
- connaître les différentes démarches
et aides sociales
- comprendre les conséquences psychologiques
de l'accompagnement de votre proche ;
- savoir reconnaître et gérer les
troubles du comportement ;
- apprendre à stimuler votre proche et
organiser sa vie au quotidien ;
- apprendre à mieux communiquer et à
aménager le domicile.
Six sessions pour
comprendre, apprendre et gérer
Séance n°1
: comprendre la maladie d'Alzheimer
Comprendre les troubles constitue la garantie
d'un accompagnement de meilleure qualité.
Anticiper les difficultés et l'évolution
permet de mieux affronter cette affection, qui
pourra durer jusqu'à quinze ans après
le diagnostic. Au cours de cette séance
sont abordés les questionnements qui surgissent
le plus fréquemment lors des échanges
avec les familles. Les principales étapes
de la maladie sont décrites en détail.
En fin de séance les démarches diagnostique
et thérapeutique sont explicitées.
Séance n°2
: les aides et démarches pour soutenir
la vie à domicile
Les familles sont souvent peu informées
des droits et aides qui sont à leur disposition.
Cette séance passe en revue les aides directes
et indirectes, les formules de répit, les
mesures de protection ainsi que l'éventualité
d'une institutionnalisation. Lors de la discussion,
il est pertinent d'orienter l'aidant vers les
services spécialisés proches de
son domicile (par exemple, centre de jour, CCAS,
association de familles). Mieux vaut avoir rassemblé
les adresses et les moyens de contact de ces structures
pour pouvoir les donner aux participants à
l'issue de la séance. Il ne faut toutefois
pas oublier que du temps et de la détermination
seront nécessaires pour convaincre les
aidants de faire appel à ces services.
Enfin, si les aidants souhaitent évoquer
les questions juridiques et financières,
une assistante sociale peut être présente
pour répondre.
Séance n°3
: connaître l'impact sur l'aidant de l'accompagnement
de son proche
Cette séance sera l'occasion d'évoquer
et d'aider à percevoir les éléments
qui constituent des facteurs de stress internes
chez les proches en prenant des exemples et en
laissant parler les participants. Il s'agit de
mieux cerner le fardeau subjectif propre à
chacun que constitue la relation d'aide. Une situation
problème sera choisie et on étudiera
l'impact sur l'aidant. Puis une solution sera
recherchée en groupe en incitant l'aidant
à l'expérimenter entre deux séances.
Il est important de faire comprendre à
celui-ci que la qualité de la relation
d'aide dépendra grandement de son état
physique et psychique. S'il s'épuise nerveusement
ou physiquement, son proche en sera affecté.
Il doit apprendre à se préserver
pour pouvoir tenir dans la durée.
Objectifs pour diminuer le fardeau :
- Ne pas se donner d'objectifs héroïques
- Penser à soi
- Se donner du répit
- Ne pas hésiter à demander de l'aide
- Rencontrer les associations de familles
- Consulter si le stress devient important
Séance n°4
: reconnaître et apprendre à gérer
les troubles du comportement de son proche malade
Les troubles du comportement constituent
la principale source de stress pour les aidants.
Il est essentiel d'apprendre à les repérer,
mais encore plus de savoir les prévenir.
En effet, ce sont souvent des attitudes inadaptées
ou un environnement inadéquat qui engendrent
ou entretiennent certains troubles, notamment
l'agitation ou l'opposition. L'animateur précise
aux aidants qu'il ne vivront pas obligatoirement
chacune des situations décrites. Il les
aide à dédramatiser ces troubles
et à ne pas se sentir coupables s'ils surviennent.
Il explique que le malade ne le fait pas exprès,
que la maladie est responsable de ces manifestations.
Il conseille aux familles de consulter s'il existe
des signes de gravité ou si les comportements
dysfonctionnels se répètent.
Séance n°5
: apprendre à communiquer
Le maintien d'une communication même limitée
conforte le patient dans sa position de sujet
et dans son implication sociale. Il est important
d'apprendre aux familles à diversifier
leurs moyens de communication en fonction de l'évolution
de la maladie ; simplification du discours, recours
à des Post-it, pancartes, tableaux blancs,
dessins, logos, gestes, mimiques, etc. L'animateur
laisse chacun donner ses propres solutions.
Séance n°
6 : apprendre à stimuler le patient et
à animer la vie au quotidien
Il s'agit d'apprendre à s'adapter
aux besoins du patient au fil de l'évolution.
L'adaptation progressive du lieu de vie du malade
a une vertu thérapeutique. (simplification,
mise en place d'une signalétique, respect
de l'ordre du patient, sécurisation). Il
s'agit également de faire l'apprentissage
de stratégies concrètes permettant
d'atténuer ou de résoudre des difficultés
quotidiennes sources de troubles du comportement
chez le patient ou d'épuisement chez l'aidant.
La stimulation doit s'entendre comme une valorisation
des capacités restantes ainsi qu'un moyen
de pallier les déficits. Elle ne doit jamais
mettre en échec le patient. Il n'est pas
question de tenter de revenir à un niveau
antérieur. L'animateur incite les aidants
à faire preuve de créativité
et d'inventivité. Cela permet de lutter
contre la routine pour eux et pour le patient.
L'équilibre
interne de l'aidant et du groupe familial conditionne
l'évolution du malade d'Alzheimer
Des méta-analyses ont montré l'intérêt
de développer des programmes éducatifs
structurés destinés aux aidants
familiaux afin de modifier leur vécu et
augmenter la pertinence de leur action envers
le patient et de ce fait améliorer la qualité
de vie des deux.
Le challenge à venir est de développer
des actions similaires et complémentaires
d'éducation pour la santé centrées
sur le patient lui-même, afin qu'il soit
lorsque cela est encore possible apte à
faire face à ses troubles.
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