sommaire n° 370
 
rubrique "la santé à l'école"
Hygiène à l'école :
autour des sanitaires, le tabou
 
  Comment faire de l'éducation pour la santé à l'école alors que les règles les plus élémentaires de l'hygiène n'y sont pas respectées, les élèves devant s'accommoder de sanitaires déplorables ? Des parents d'élèves d'un collège de l'Hérault ont mené l'enquête. Résultat : grâce à un suivi sérieux du dossier, des rénovations ont été décidées dans l'établissement.
     
Florence Perret
Parent d'élève,
chargée d'études économiques et statistiques, Observatoire régional de la santé (ORS) du Languedoc-Roussillon, Montpellier.

 

 

L'hygiène est définie comme la " partie de la médecine qui traite des mesures propres à conserver la santé en permettant l'accomplissement normal des fonctions de l'organisme et en améliorant le milieu dans lequel l'homme est appelé à vivre ; moyens et pratiques mis en œuvre pour parvenir à cette amélioration "1. Le respect de l'hygiène est une nécessité communément admise ; l'apprentissage de l'hygiène est inscrit dans les programmes scolaires2. Les orientations pour l'éducation à la santé à l'école et au collège3 soulignent le " rôle majeur de l'école en matière de respect du corps et d'apprentissage des règles de l'hygiène ".

Si les actions réalisées sur ce thème se multiplient auprès des jeunes (actions et interventions centrées sur l'hygiène corporelle, bucco-dentaire, alimentaire, etc.), des entorses aux règles d'hygiène tissent en toute contradiction le quotidien de nombreux établissements scolaires. Ainsi, les sanitaires souffrent de problèmes récurrents : manque de propreté, odeurs, fermeture défaillante des portes, absence de robinets, d'éclairage, de savons ou d'essuie-mains...

Au cours des dernières décennies, la plupart des établissements scolaires ont augmenté leur capacité d'accueil, sans pour autant adapter leurs sanitaires. En outre, ces équipements ne sont pas entretenus et nettoyés en fonction de leur utilisation intensive entre les cours et à certains moments de la journée4.

Or, les implications médicales du non-respect d'un minimum d'hygiène corporelle sont parfaitement connues en termes de pathologies (infections urinaires ou génitales, troubles mictionnels, constipations), d'épidémie et de psychologie5. Les textes ayant trait à l'hygiène à l'école ne sont pas très circonstancanciés sur l'état des sanitaires ; les documents de référence sont rares et la question demeure taboue. Conseils d'école ou commissions d'hygiène et sécurité ont pour attribution de traiter ces questions qui relèvent de diverses responsabilités6. Mais quand le sujet est abordé, les réponses sont incontournables : manque de moyens financiers, de personnels d'entretien et de surveillance.


Neuf élèves sur dix jugent l'endroit insalubre

Après trois années de démarches infructueuses pour améliorer l'hygiène des sanitaires - notamment pour mettre à disposition des élèves de quoi se laver les mains : eau, savon et serviettes -, la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) du collège Georges-Brassens de Lattes (Hérault) a choisi de reconsidérer l'intégralité du problème : état des lieux, connaissances des normes de construction et avis des utilisateurs. Le conseil local des parents d'élèves s'est mobilisé pour réaliser une enquête auprès des élèves afin d'appréhender l'état et l'utilisation des sanitaires.

À la question " Comment trouves-tu habituellement les toilettes du collège ? ", la réponse est sans appel :

  • 88 % des collégiens interrogés trouvent les toilettes malodorantes ;
  • 84 % les trouvent sales ;
  • 83 % confirment l'absence de surveillant (5 % de non-réponse) ;
  • 60 % déplorent l'absence de papier-toilette ;
  • 58 % jugent leur nombre insuffisant ;
  • 51 % constatent le manque de fermeture aux portes (6 % de non-réponse) ;
  • 46 % les pensent trop éloignées des classes (le bloc sanitaire se situe à l'extérieur du bâtiment ; l'accès n'est pas protégé en cas de pluie, de neige ou de froid et il peut s'avérer interdit lors des alertes aux inondations).

Autre résultat de cette enquête : l'état des toilettes est tel que les élèves n'y vont pas… ce qui provoque chez eux inconfort physique et maux de ventre.

  • Ainsi, 30 % des enfants déclarent ne jamais se rendre aux toilettes et 40 % y aller difficilement.
  • Les maux de ventre sont fréquents : 7 % des élèves déclarent avoir très souvent et 10 % avoir souvent mal au ventre.
  • Pour n'avoir pu utiliser opportunément les toilettes, 9 % des élèves éprouvent de la gêne pour effectuer leur travail au collège.
  • 28 % des élèves déclarent aller aux toilettes dès leur retour à la maison.

Dès lors, les deux premières activités que les collégiens déclarent faire de retour à la maison sont principalement : aller aux toilettes, goûter ; puis, ensuite, faire ses devoirs et se laver les mains.


Neuf thèmes privilégiés d'amélioration des installations

Quelles dispositions prendre pour améliorer la situation ? Les attentes des collégiens sont ainsi hiérarchisées :

  • entretien des toilettes (24 %) ;
  • mise à disposition de papier-toilette (21 %) ;
  • fermetures aux portes (16 %) ;
  • meilleure surveillance du bloc sanitaire (13 %) ;
  • utilisation de désodorisants (7 %) ;
  • ouverture de toilettes plus proches des salles de classe (6 %) ;
  • entretien/réparation des lavabos (5 %) ;
  • interdiction de fumer dans les sanitaires (5 %) ;
  • mise à disposition de savon (3 %).

D'autres demandes suggèrent de :

  • refaire complètement le bloc sanitaire, repeindre/nettoyer les murs, ajouter des toilettes à la turque et des urinoirs, élever les murs jusqu'au plafond, installer une fontaine ou des lavabos automatisés, changer les chasses d'eau, améliorer l'aération ;
  • prévoir des poubelles, des serviettes, des lingettes désinfectantes, des miroirs et des protections automatiques sur les cuvettes ;
  • faire respecter les lieux (empêcher les 4es et 3es de s'y installer, notamment avec les téléphones portables, interdits dans l'établissement) et accroître la surveillance pour éviter le gaspillage des fournitures sanitaires.

Certains collégiens sont plus exposés que d'autres. Les filles sont moins critiques ; leurs demandes d'améliorations sont plus ciblées. 24 % des filles disent avoir souvent ou très souvent mal au ventre (contre 7 % chez les garçons), mais elles vont plus facilement aux sanitaires (34 % contre 23 %) et sont moins gênées dans leur travail (17 % contre 22 %). Leurs demandes concernent prioritairement le papier-toilette (32 % contre 8 %), les lavabos et l'interdiction de fumer.

Le mal-être des garçons les rend plus critiques. 77 % des garçons se plaignent de l'accès aux toilettes et déclarent s'y rendre difficilement ou pas du tout dans la journée (contre 65 % de filles). 22 % sont plus souvent " gênés " ou " plutôt gênés " dans leur travail (contre 17 %).

96 % des garçons dénoncent le manque de propreté et les mauvaises odeurs (contre respectivement 75 % et 83 %), 71 % le manque de fermeture des portes (contre 36 %) et 62 % le nombre insuffisant de toilettes (contre 57 %). Même l'éloignement du bloc sanitaire est plus souvent critiqué (51 % contre 44 %). 31 % réclament un renforcement de l'entretien (contre 19 %), 28 % la réparation des portes (contre 7 %) et 17 % la présence plus constante d'un surveillant (contre 9 %).


Les élèves de 4e et 3e sont les plus affectés

En classe de 4e et 3e, un élève sur quatre se plaint de maux de ventre et plus de 28 % se disent " gênés " ou " plutôt gênés " dans leur travail (contre moins de 11 % chez les plus jeunes). 87 % des 4es vont " difficilement " ou " jamais " aux toilettes et nombre d'entre eux se rendent aux toilettes dès leur retour à la maison (34 % en 4e et 38 % en 3e). Mauvaises odeurs (94 %) et manque de propreté (91 %) dérangent prioritairement, suivis par le manque de papier-toilette (67 %) et de fermeture des portes (60 %).

En 6e et 5e, le respect des règles d'hygiène (eau, papier, désodorisants) reste prédominant tandis qu'en 4e et 3e le renforcement de la surveillance est demandé même si entretien et fermeture des portes demeurent une préoccupation.


Enfin des améliorations !

En conclusion, la FCPE a maintenu ses demandes (installation de chasses d'eau, installation de WC dans les étages du collège, rénovation des plafonds, etc.) en commission d'hygiène de l'établissement. Elle a diffusé les résultats de son enquête à l'ensemble des parties concernées (utilisateurs, médecins, personnels de l'établissement, élus)7. Sa mobilisation a permis des premiers résultats. Le conseil général de l'Hérault s'est engagé à effectuer la plupart des travaux d'amélioration durant l'été 2004 : réfection des faux plafonds endommagés, mise en fonctionnement de la fontaine-lavabo des toilettes des filles, réalisation d'une contre-pente facilitant le nettoyage ; la faisabilité technique de la création de sanitaires pour les personnes handicapées et de la pose de lavabos doit également être étudiée. Dans l'attente, les plafonds des sanitaires garçons ont été repeints et les serrures réparées. Par ailleurs, les élèves disposent maintenant de papier-toilette mais attendaient toujours de pouvoir se laver les mains…

Au-delà de ce cas d'école, les risques sanitaires sont pourtant réels tant au niveau individuel que collectif. À quoi sert l'apprentissage des règles élémentaires de l'hygiène à l'école maternelle et primaire s'il ne peut être mis en pratique au sein même des établissements scolaires tout au long de la scolarité ? Une sensibilisation des responsables publics est nécessaire et implique une réelle collaboration entre collectivités territoriales, établissements scolaires et utilisateurs pour traiter la problématique de santé publique que constituent la construction, l'entretien et l'utilisation des sanitaires en milieu scolaire.

 
 

Sanitaires scolaires : les normes à respecter

Voici l'essentiel du contenu des directives et recommandations concernant les constructions scolaires conformément à l'article 5 du règlement sur les constructions scolaires primaires et secondaires (édition juillet 2002) :

Les groupes sanitaires sont répartis en principe sur tous les niveaux et dans chaque bâtiment scolaire.
Chaque installation sanitaire doit comprendre :
- des cabines WC filles et garçons, pouvant être verrouillées ;
- des urinoirs pour les garçons ;
- des lavabos avec accessoires ;
- un vidoir d'étage ;
- des WC maîtres.
Dans les rapports suivants :
- pour trente filles : deux cabines WC et un lavabo ;
- pour trente garçons : une cabine WC, deux urinoirs et un lavabo ;
- pour le personnel enseignant et administratif : une cabine WC et un lavabo pour dix personnes.
Les appareils sont adaptés à la taille des utilisateurs. Ils sont caractérisés par leur robustesse, leur simplicité de fonctionnement et leur facilité d'entretien.
Pour les installations WC, seuls les appareils avec réservoirs sont pris en compte. Les urinoirs sont obligatoirement pourvus d'un système de chasse avec séparations latérales recommandées.
On trouve, dans chaque groupe sanitaire, des linges et des distributeurs de savon. Les linges en papier à jeter et des linges à enroulement automatiques sont recommandés. Une poubelle hygiénique est installée dans chaque cabine WC filles.
Divers niveaux de confort et bases techniques spécifient :
- la température ambiante (18° C) ;
- le renouvellement d'air ;
- l'insonorisation des réseaux de distribution et d'évacuation des fluides.

 
 
 
 

Faire entrer la charte d'Ottawa à l'école, vaste programme

Selon l'Organisation mondiale de la santé - OMS (1946), " la santé est un état de complet bien-être physique, social et mental et ne consiste pas seulement en l'absence de maladie et d'infirmité ".
La charte d'Ottawa (1986) précise qu'une intervention de promotion de la santé signifie que l'on doit :

  • élaborer une politique publique saine et éclairer les responsables sur les conséquences que leurs décisions peuvent avoir sur la santé ;
  • créer des milieux favorables en favorisant des conditions de vie et de travail sûres, stimulantes, plaisantes et agréables ;
  • renforcer l'action communautaire ;
  • acquérir des aptitudes individuelles par le développement individuel et social en offrant des informations, en assurant l'éducation pour la santé et en perfectionnant les aptitudes indispensables de la vie1.

Elle conclut que " pour entrer dans l'avenir : la santé est engendrée et vécue dans les divers cadres de la vie quotidienne : là où l'on apprend, où l'on travaille, où l'on joue et où l'on aime. Elle résulte des soins que l'on s'accorde et que l'on dispense aux autres, de l'aptitude à prendre des décisions et à contrôler ses conditions de vie, et de l'assurance que la société dans laquelle on vit offre à tous ses membres la possibilité de jouir d'un bon état de santé. "
Or, comme le souligne Brigitte Sandrin Berthon, " la santé d'un jeune ne dépend que très partiellement de ses comportements. Elle dépend beaucoup de facteurs génétiques, culturels, socio-économiques mais aussi des conditions de vie qui lui sont offertes à l'école. "2 Or, de nombreux établissements scolaires sont confrontés à ce sujet, tabou s'il en est, des conditions de vie des élèves en matière d'hygiène des sanitaires.
En cohérence avec les circulaires de 1998, une action d'éducation à la santé sur le thème de l'hygiène des toilettes scolaires est concevable ; elle pourrait à juste titre s'inscrire dans le projet d'établissement et être portée par les Comités d'éducation à la santé et à la citoyenneté3. Une démarche participative peut être développée pour amener les élèves d'un établissement à s'interroger sur l'amélioration de la qualité de vie en termes de santé physique ou psychologique (respect du corps, respect de l'environnement et, ce faisant, respect d'autrui), mais l'efficacité de ce type de démarche reste conditionnée par l'implication de tous les acteurs, notamment les adultes, qui peuvent par leurs décisions et les conduites qu'ils adoptent influer sur l'hygiène en milieu scolaire.

1. Ces principes sont actuellement mis en œuvre par des associations telle que la World Toilet Organization (WTO), qui a déclaré le 19 novembre " Journée mondiale des toilettes ".
2. Sandrin Berthon B. Apprendre la santé à l'école. Paris : ESF éditeur, 1997.
3. Les missions des Comités d'éducation à la santé et à la citoyenneté, créés en 1990 sous le nom de Comités d'environnement social, ont été confirmées par la circulaire n° 98-108 du 1er juillet 1998 ; elles se situent dans la perspective d'une approche globale prenant en compte les besoins de l'élève dans et hors l'école.

 
 

Notes

1. Larousse 1993.

2. Programmes publiés en 1995 par le ministère de
l'Éducation nationale.

3. Circulaire n° 98-237 du 24 novembre 1998.

4. Voir Directives et recommandations concernant les constructions scolaires, édition 2002 et L'hygiène dans les écoles primaires - Dossier bleu établi en 1992, Direction générale de la santé, novembre 1992.

5. Un fléau scolaire méconnu : l'infection urinaire et les troubles mictionnels de la fillette. Pr M. Averous - CHU de Montpellier, service urologie II.

6. Entretien et petites réparations relèvent des établissements tandis que gros travaux et mises aux normes des installations dépendent des collectivités territoriales ; les directions sanitaires et sociales surveillent le respect des normes sanitaires.

7. Diffusion d'une synthèse des résultats de l'enquête. Organisation d'une conférence-échange animée par les professeurs Averous et Morin du CHU de Montpellier, sur le thème Un fléau en milieu scolaire : fuites, infections urinaires et constipations chroniques chez l'élève, Lattès, novembre 2003. Journal du conseil local.

 
LA SANTÉ DE L'HOMME 370 | MARS/AVRIL 2004 | Pages 8 à 10
Libre de droits, sous réserve de mentionner la source