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Observer et analyser les tendances sanitaires et sociales
10-02-2012
L’objectif premier des Baromètres santé est de mieux connaître et comprendre les attitudes et comportements de santé des personnes résidant en France afin de bâtir des interventions légitimes et efficaces. Les Baromètres santé ne cherchent pas à proprement parler à mesurer l’état de santé de la population en tant que tel, mais de fait, les représentations et pratiques de santé étudiées déterminent pour partie cet état. Les Baromètres santé suivent ainsi l’évolution dans le temps de certains indicateurs fondamentaux de comportements de santé ou d’opinions sur la santé (consommations de tabac, d’alcool, sentiment d’information, pratiques sportives, utilisation du préservatif, etc.) et des déterminants de ces comportements ou opinions (facteurs sociodémographiques, représentations sur la santé, etc.).
Cette surveillance des comportements de santé par des enquêtes représentatives de la population générale s’avère particulièrement importante. Par exemple, il a été estimé que ces dernières années, dans les pays développés, 40 % de la mortalité prématurée serait imputable aux conduites individuelles, au premier rang desquelles le tabagisme, la nutrition et le manque d’exercice, ou encore que les personnes qui ont une consommation modérée d’alcool, ne fument pas, font de l’exercice et mangent suffisamment de fruits et légumes peuvent espérer vivre en moyenne quatorze ans de plus que celles qui n’ont adopté aucun de ces quatre comportements.
Les Baromètres santé, en explorant de tels comportements de santé et la perception des risques qui y sont associés, vont révéler les tendances sanitaires et sociales du moment et ainsi fournir des données indispensables à l’élaboration et l’évaluation de politiques de santé publique (indicateurs de suivi de la loi de Santé Publique, évaluation des plans gouvernementaux…). Par exemple, le rapport d’évaluation du Plan triennal de lutte contre la drogue et de prévention des dépendances de 1999-2002 s’est appuyé sur une enquête en population générale qui intégrait des questions visant à mesurer l’évolution des représentations des Français sur les drogues au cours de cette période. Il s’agissait notamment d’une mesure de l’approbation des grandes lignes de la politique de réduction des risques mise en place en France au début des années 1990 (mise en vente libre des seringues, accès à la substitution…).
Par ailleurs, la demande d’évaluation des politiques publiques s’est faite notamment à partir de 2001, date de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) qui attribue à chaque action publique des objectifs et des indicateurs quantitatifs de résultats. Or les enquêtes en population générale comme les Baromètres santé peuvent fournir de tels indicateurs plus directement que les statistiques administratives, dans la mesure où ces dernières portent surtout sur les moyens déployés par l’État et non sur les résultats des actions menées. Plus récemment, dans le cadre de la loi de santé publique de 2004, a aussi été annoncé un principe d’évaluation selon lequel « les objectifs de santé et les plans stratégiques doivent comporter dès leur conception les éléments qui permettront de faire l'évaluation des actions menées ». Ainsi, un grand nombre de ces objectifs seront évalués à l’aide d’indicateurs issus du Baromètre santé. Par exemple l’objectif affiché dans l’ouvrage de suivi des indicateurs de la loi de santé publique était de diminuer de moitié la prévalence de l’usage à risque d’alcool entre 2004 et 2008. Cet indicateur, qui intègre à la fois l’alcoolisation régulière et la notion d’alcoolisation sévère ponctuelle est une donnée fournie par les Baromètres santé. Il en est de même pour le tabagisme quotidien, le tabagisme passif, la sédentarité et l’activité physique, le dépistage du cancer du col de l’utérus, la prise en compte de la douleur par les soignants, etc. Voir la cinquième édition de suivi des objectifs annexés à la loi de santé publique (Drees) : L'état de santé de la population en France - Rapport 2011.
En plus d’être un outil d’évaluation et dans la mesure où ils décrivent les pratiques et les attitudes de la population, les Baromètres santé se situent dans une perspective de promotion de la santé. Ce suivi particulier des populations constitue un point d’appui pour l’action. Il fournit à l’ensemble des acteurs du champ sanitaire des éléments scientifiques dits « données de cadrage » qui vont aider à définir les actions à engager et à évaluer les actions en cours ou passées, resituant notamment les caractéristiques sociales et les modes de vie comme des facteurs de compréhension des comportements de santé.
En isolant des populations singulières ou vulnérables (les femmes, qui ont vu leur consommation de tabac et d’alcool augmenter significativement ces dernières années, les adolescents sur la qualité de vie ressentie, les chômeurs sur d’autres indicateurs de santé…), les Baromètres santé permettent d’alimenter la réflexion qui précède l’élaboration des campagnes de prévention et d’éducation pour la santé mieux adaptées, de mieux définir les objectifs des programmes nationaux de prévention, d'orienter des études spécifiques quantitatives ou qualitatives et d'engager des actions de terrain plus ciblées sur des types de populations ou dans certaines régions.
L’utilisation des Baromètres santé au sein de l’Inpes
En étudiant les liens entre les représentations et les comportements de santé, les Baromètres santé nourrissent aussi les différents programmes de travail de l’Inpes.De nombreux sujets traités dans les Baromètres santé sont en effet liés aux campagnes de l’Inpes (consommation d'alcool, tabac, drogues illicites, vaccinations, accidents de la vie courante, etc.) et les Baromètres santé aident à définir les stratégies des campagnes de communication. Par exemple, connaître l’âge moyen d’entrée dans le tabagisme va permettre de s’adresser à la bonne tranche d’âge des jeunes concernés pour les inciter à résister à la première cigarette. Dans le cas de l’alcool, sur la base des objectifs de santé publique, l’Inpes a par exemple entrepris différentes actions pour faire baisser la consommation régulière : faire connaître de meilleurs repères en fixant les seuils de consommation par verres quotidiens, rappeler que le principal danger de l’alcool est la survenue à terme de maladies cardiovasculaires, etc. (voir l’article de la Santé de l’homme : Échanges autour d’un verre : la communication en appui du constat scientifique (pdf, 70 Ko)
L’évolution d’indicateurs de comportements ou d’opinions en lien avec l’alcool mesurée par les Baromètres santé peut ainsi être mise en regard avec les campagnes de l’Inpes de lutte contre l’alcoolisation (en tenant compte aussi de l’ensemble des interventions des autres acteurs, des règlementations appliquées au cours de la période considérée, etc.). Un autre indicateur intéressant pour orienter ou évaluer les actions de communication de l’Inpes est le sentiment d’information de la population sur les thèmes de santé. Parmi ceux où ce sentiment a progressé : alcool, contraception et IST ; sujets dans lesquels l’Institut s’était particulièrement investis au cours des dernières années. Cet indicateur sert aussi d’alerte car quand il indique que le sentiment d’information a baissé sur une période, comme c’est le cas pour le sida (même si le niveau reste élevé), la nutrition ou la vaccination, il peut être opportun d’envisager de nouvelles campagnes. Sur le sida, la recrudescence de pratiques à risque a par exemple conduit l’Inpes à communiquer très régulièrement sur les risques de transmission. En particulier à destination de publics précaires ayant un faible niveau d’étude, avec des messages très simples qui rappellent l’évidence sur les modes de contamination. Lorsque ce sentiment d’information est bas, comme pour la dépression (indicateur mesuré en 2005), cela peut conduire à décision d’une campagne grand public d’envergure nationale, comme celle de 2007, la première en France sur le thème de la dépression, pour aider notamment la population à distinguer la dépression de la simple tristesse passagère et les inciter à consulter un professionnel de santé…
Qu’est-ce qu’un indicateur de santé ? L’exemple du tabac
Une enquête décrit l’état de santé d'une population grâce à des indicateurs. Un indicateur de santé est une variable quantifiable qui permet de mesurer l’état de santé d’une population dans le but de classer les problèmes de santé, d’établir une priorité dans le choix des interventions, de proposer à la population et aux décideurs des solutions argumentées, etc. Ces indicateurs peuvent être de plusieurs ordres : biochimiques, comportementaux, statistiques, etc. Parmi les indicateurs du tabagisme, on peut ainsi prendre en compte : le nombre de cigarettes consommées déclaré, l’âge d’initiation, le sentiment d’information sur le tabagisme, les tentatives d’arrêt passées ou envisagées, la vente des produits du tabac, la vente de médicaments d’aide à l’arrêt, le nombre de patients dans les consultations de tabacologie, le nombres d’appelants à la ligne TIS (Tabac Info Service), la cotinine urinaire (produit chimique qui est fait par le corps à partir de la nicotine présente dans la fumée de cigarette) ou le taux de monoxyde de carbone (CO) dans l'air expiré de la population des fumeurs, etc. Voir le tableau de bord mensuel des indicateurs du tabac de l’OFDT.
Pour en savoir plus
-
Baromètres santé : une description des comportements. Philippe Guilbert. La Santé de l’homme n°368.
- Perception des risques et surveillance des comportements de santé : l’apport des Baromètres santé. F.Beck. (pdf, 1,7 Mo)
- Diaporama La surveillance épidémiologique des attitudes et comportements de santé : un point d’appui pour l’action. Novembre 2011. F.Beck. (pdf, 1,2 Mo)
