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Nutrition, revenus et insécurité alimentaire
26/01/2010
Le Baromètre santé nutrition 2008 permet une approche renouvelée de la problématique des inégalités sociales en matière d’alimentation en France, grâce à un questionnaire spécifiquement enrichi sur cette thématique. Pour la première fois, il fournit une estimation de la prévalence des situations d’insécurité alimentaire, concept déjà mesuré dans plusieurs pays occidentaux et défini comme l’« accès restreint, inadéquat ou incertain des personnes et des ménages à des aliments sains, nutritifs et personnellement acceptables, tant sur le plan de la quantité que sur celui de la qualité, pour leur permettre de combler leurs besoins énergétiques et de mener une vie saine et productive ».
En 2008, 2,5 % de la population générale française âgée de 25 à 75 ans seraient en situation d’insécurité alimentaire sur le plan quantitatif et 39,7 % connaîtraient des limitations sur le plan qualitatif. De faibles revenus, un faible niveau d’éducation et une dégradation récente de la situation financière sont fortement associés aux situations d’insécurité alimentaire.
Dans les cas d’insécurité alimentaire quantitative, on retrouve plus souvent les marqueurs d’une situation sociale et personnelle très fragilisée (personnes jeunes, vivant seules, sans aucun diplôme, allocataires du revenu minimum d’insertion).
L’analyse des variations des consommations alimentaires en fonction du niveau de revenu (un indicateur classique du statut socio-économique) d’une part, et du degré d’insécurité alimentaire d’autre part, à partir du Baromètre santé nutrition 2008, confirme l’existence de déséquilibres alimentaires plus prononcés parmi les populations les plus défavorisées. Par rapport au reste de la population, les personnes ayant un faible revenu et/ou celles considérées comme étant en situation d’insécurité alimentaire ont une alimentation globalement moins diversifiée, caractérisée par une moindre fréquence de consommation de fruits, de légumes et de poisson, et par un nombre plus faible de repas par jour ainsi que de plats par repas. La fréquence de consommation de boissons sucrées (sirop, soda), en revanche, apparaît plus élevée chez les personnes ayant un faible revenu, et plus encore chez celles en situation d’insécurité alimentaire quantitative, mais leur consommation d’autres produits sucrés est plus faible que celle du reste de la population.
Les résultats confirment par ailleurs l’existence d’une relation positive et linéaire entre le niveau de connaissances nutritionnelles des individus et leur niveau de revenu ou de sécurité alimentaire. Malgré des connaissances imparfaites, les personnes ayant un faible niveau de revenu ou étant en situation d’insécurité alimentaire quantitative ont conscience de ne pas toujours faire les bons choix alimentaires, puisqu’elles sont respectivement 67,7 % et 35,9 % à penser avoir une alimentation équilibrée versus plus de 80 % des personnes ayant un revenu élevé et/ou en situation de sécurité alimentaire. D’ailleurs, quel que soit le niveau de connaissances, les personnes en insécurité alimentaire ont effectivement une alimentation moins diversifiée.
Les résultats du Baromètre santé nutrition 2008 ont permis d’identifier un sous-groupe de personnes en situation d’insécurité alimentaire quantitative, très fragilisées socialement et présentant un fort risque de déséquilibres alimentaires. Globalement, leurs consommations alimentaires présentent des caractéristiques proches de celles observées dans la population plus large des personnes ayant un faible niveau de revenu, en plus prononcé. Des comportements spécifiques semblent toutefois se dégager, avec notamment un recours aux plats tout prêts et à la restauration rapide plus fréquent, stratégies sans doute développées par les individus dans certaines situations de fragilité familiale, sociale et économique qu’il reste à mieux comprendre.
Le Baromètre santé nutrition apporte ainsi un éclairage complémentaire sur le profil des personnes et des foyers les plus vulnérables en matière d’alimentation, et incite à poursuivre et adapter les actions de santé publique dans ce domaine.
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