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Tabac
Karina Oddoux , Patrick Peretti-Watel , François Baudier
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Consommation de tabac chez les jeunes (12-25 ans)

Les résultats seront d'abord présentés de façon brute (tris croisés), puis après ajustement sur des variables ayant un rapport à la variable étudiée (prise en compte des facteurs de confusion).


Prévalence du tabagisme selon les caractéristiques sociodémographiques

Âge
36,7 % des jeunes de 12 à 25 ans déclarent fumer, ne serait-ce que de temps en temps. Ce pourcentage est significativement supérieur à celui des 26-75 ans (32,2 % ; p<0,001). Cependant, il cache une grande disparité entre les plus jeunes et les moins jeunes de cette tranche d'âge (12-25 ans). En effet, la prévalence tabagique passe de 8,5 % pour les 12-14 ans à 40,9 % pour les 15-19 ans et atteint un maximum de 47,6 % chez les 20-25 ans (jeunes adultes). Ces différences sont significatives entre 12-14 ans et 15-19 ans (p<0,001) et entre 15-19 ans et 20-25 ans (p<0,01).
La part des fumeurs réguliers dans l'ensemble des fumeurs augmente1 régulièrement avec l'âge. Il est néanmoins plus fréquent qu'un individu déclare fumer régulièrement, c'est-à-dire au moins une cigarette par jour, chez les 12-25 ans (29,9 %) que chez les 26-75 ans (27,7 % ; p<0,05). 4,1 % des 12-14 ans déclarent fumer régulièrement. Ce pourcentage est de 33,2 % chez les 15-19 ans et de 40,4 % parmi les 20-25 ans (Figure 3). La part des consommateurs réguliers parmi les fumeurs augmente donc très rapidement : si moins de la moitié des fumeurs de 12-14 ans sont des consommateurs réguliers, cette proportion dépasse les 80 % pour les 15-19 ans et les 20-24 ans.

Sexe
Parmi les 12-25 ans, la prévalence tabagique est de 36,8 % chez les garçons et de 36,5 % chez les filles, sans que cette différence soit statistiquement significative. Cependant, les adolescentes de 12-14 ans déclarent significativement fumer plus fréquemment que les garçons du même âge, respectivement 11,6 % des filles et 5,3 % des garçons (p<0,05). Pour les 15-19 ans, la différence n'est pas significative (respectivement filles : 44,0 % et garçons : 38,2 %) (Figure 4). La tendance s'inverse pour les 20-25 ans, avec une prédominance de fumeurs parmi les jeunes hommes, respectivement 43,3 % des filles et 51,6 % des garçons (p<0,05).
Les filles de 12-14 ans sont 5,7 % à déclarer consommer au moins une cigarette par jour (fumeuses régulières) vs 2,5 % pour les garçons de la même tranche d'âge (différence non significative). Pour les 15-19 ans, cette différence n'est pas non plus significative (32,2 % pour les garçons vs 34,7 % pour les filles). Enfin, il y a 37,2 % de fumeuses régulières parmi les jeunes femmes de 20-25 ans, alors que les hommes de la même tranche d'âge sont près de la moitié (43,4 %) à consommer au moins une cigarette par jour (p<0,05).
La part des fumeurs réguliers dans la population des fumeurs augmente très vite avec l'âge : pour les garçons, ils sont 46,8 % parmi les 12-14 ans, puis 83,6 % parmi les 15-19 ans et 84,1 % parmi les 20-25 ans (p<0,01). Parmi les filles fumeuses, 48,8 % déclarent fumer régulièrement parmi les 12-14 ans, 78,8 % parmi les 15-19 ans et 85,9 % parmi les 20-25 ans.

Scolarisation

Le fait de n'être plus scolarisé est corrélé avec le fait de déclarer fumer pour les 16-18 ans. Concernant cette tranche d'âge, 38,4 % des jeunes scolarisés (à l'école ou à l'université) déclarent fumer, ne serait-ce que de temps en temps, alors que ce pourcentage est de 66,1 % parmi ceux qui ne le sont plus (p<0,001) (Figure 5). Ces résultats ne sont significatifs que pour les jeunes de 18 ans (p<0,001 pour les garçons et p<0,05 pour les filles).
Les jeunes de 15 à 19 ans qui sont en apprentissage déclarent plus souvent être fumeurs que ceux qui ne le sont pas : 50,1 % vs 39,5 % (p<0,05). Cette différence est significative pour les garçons, mais pas pour les filles.
Parmi les jeunes de 20-25 ans, le fait d'avoir son bac apparaît comme un facteur fortement discriminant : 48,6 % de ceux qui n'ont aucun diplôme ou qui ont un diplôme inférieur au bac déclarent fumer régulièrement vs 36,8 % de ceux qui ont au moins un niveau bac (p<0,001). Il en va de même pour les quantités consommées : les premiers consomment en moyenne un plus grand nombre de cigarettes par jour (13,9 vs 10,5 ; p<0,001).

Structure familiale

La structure familiale des jeunes semble liée avec le fait de déclarer fumer ou ne pas fumer. Que ce soit parmi les 15-19 ans ou les 20-25 ans, les jeunes issus d'une famille nucléaire ou étendue2 sont significativement (p<0,001) moins souvent fumeurs que les autres. Chez les plus jeunes (15-19 ans), la différence est faible entre ceux qui n'ont plus de parents (54,3 % déclarent fumer), ceux qui sont issus d'une famille monoparentale (55,4 %) et ceux qui sont issus d'une famille recomposée (55,2 %) (Tableau I). Cette variation est plus marquée chez les 20-25 ans. Le pourcentage de fumeurs parmi les jeunes issus d'une famille recomposée est élevé, mais les effectifs sont très faibles (n=23) et ne permettent donc pas de tirer des conclusions. Chez les 12-14 ans, l'effectif des fumeurs est trop faible pour en analyser les tendances en fonction de la structure familiale.

Niveau socio-économique

Il n'existe aucune différence significative selon le niveau de revenu du ménage par unité de consommation (UC)3. En revanche, parmi ceux qui déclarent fumer, les différences sont significatives selon la profession et la catégorie socioprofessionnelle (PCS) du chef de ménage, pour les hommes (p<0,05) et pour les femmes (p<0,01) (Tableau II). Les garçons issus d'une famille dont le chef de ménage est ouvrier ou agriculteur sont, respectivement, 36,4 % et 37,9 % à déclarer fumer vs 30,1 % pour les professions libérales et cadres, 40,1 % pour les employés. Pour les filles, la situation semble différente. Celles issues d'une famille dont le chef de ménage est ouvrier ou agriculteur sont, respectivement, 32,6 % et 28,1 % à déclarer fumer vs 31,5 % pour les professions libérales et cadres, 38,8 % pour les employés.

Taille de l'agglomération
De manière générale, la taille de l'agglomération n'est un facteur discriminant du tabagisme ni parmi les jeunes filles ni parmi les garçons de 12 à 25 ans.


Tabagisme et mode de vie : rencontres, loisirs et comportements alimentaires

Pour les deux sexes, la sociabilité va de pair avec le tabagisme : plus les rencontres avec des parents ou des amis sont fréquentes au cours des huit derniers jours, plus la proportion de fumeurs est élevée (cette relation étant plus nette pour les filles que pour les garçons) (Tableau III).
Concernant les habitudes alimentaires, le fait de sauter le petit déjeuner ou un autre repas au cours des sept derniers jours correspond, pour les deux sexes, à une plus grande prévalence tabagique. En revanche, les résultats sont plus contrastés en ce qui concerne le fait d'avoir suivi un régime pour maigrir au cours des douze derniers mois. Cette pratique n'est pas associée à un tabagisme plus élevé pour les garçons, tandis qu'elle l'est pour les filles : parmi celles qui ont suivi un régime, 46,6 % fument vs seulement 33,1 % de celles qui n'en ont pas suivi (p<0,001). De même, si globalement la prévalence du tabagisme diminue quand la pratique sportive augmente, pour les filles les plus sportives (au moins 8 heures de sport par semaine) cette relation semble moins linéaire que pour les garçons4.

Modélisation du tabagisme selon le mode de vie
Une régression logistique permet de contrôler les effets de structure pour mesurer des relations « toutes choses égales par ailleurs » (et en particulier à âge comparable). Les résultats obtenus permettent ainsi d'isoler des « effets propres » à chaque variable, sans toutefois préjuger de la nature causale des relations mises en évidence : certaines dimensions du mode de vie vont de pair avec le tabagisme, sans que les premières déterminent le second ou inversement. Après ajustement, les relations observées précédemment entre habitudes alimentaires et tabagisme sont confirmées : filles ou garçons, les adolescents qui sautent des repas (petit déjeuner, midi ou soir) déclarent fumer plus souvent que les autres (l'odds ratio ajusté pour le fait d'être fumeur double pour ceux qui n'ont pas pris de petit déjeuner pendant toute la semaine précédant l'enquête) (Tableau IV). Par ailleurs, pour les filles uniquement, le tabagisme est plus fréquent parmi celles qui ont suivi un régime pour maigrir au cours de l'année passée. De même, le lien entre la sociabilité et le tabagisme est confirmé et s'avère un peu plus marqué pour les filles, puisque celles qui déclarent beaucoup de rencontres avec des parents ou des amis au cours des huit derniers jours ont un odds ratio ajusté presque deux fois plus élevé que celles qui n'en rapportent aucune. En revanche, une fois contrôlés les effets de l'âge, des rencontres et des habitudes alimentaires, plus aucun lien ne subsiste entre la pratique sportive hebdomadaire et le tabagisme, du moins pour les filles. Pour les garçons, les plus sportifs restent moins souvent fumeurs que les non-sportifs, et ce de manière significative.

Quantités consommées
Les quantités consommées sont calculées uniquement parmi les fumeurs réguliers, c'est-à-dire chez ceux qui consomment au moins une cigarette par jour. Les jeunes de 12 à 25 ans qui déclarent fumer régulièrement déclarent consommer en moyenne 10,2 cigarettes par jour. Dans cette tranche d'âge, les filles consomment en moyenne moins de cigarettes par jour que les garçons, respectivement 9,3 contre 11,0 (p<0,001).
Une analyse plus fine montre que les quantités de cigarettes fumées augmentent rapidement au cours de l'adolescence : les 12-14 ans qui déclarent fumer régulièrement consomment en moyenne 4,0 cigarettes par jour, contre 8,3 pour les 15-19 ans et 11,9 pour les 20-24 ans. Au sein de chacune de ces classes d'âge, les filles consomment un moins grand nombre de cigarettes que les garçons, mais cette différence n'est ici significative que pour les 20-25 ans (p<0,01) (Figure 6).
Ces résultats cachent des écarts types importants qui ne paraissent pas liés à l'âge : 7,7 chez les garçons de 15-19 ans déclarant fumer régulièrement, 5,7 chez les filles de la même tranche d'âge ; 8,0 chez les hommes de 20-25 ans et 6,6 chez les jeunes femmes de la même tranche d'âge. Les médianes sont respectivement de 7 et
6 cigarettes chez les garçons et les filles de 15-19 ans déclarant fumer régulièrement. Elles sont identiques (10 cigarettes) chez les garçons et les filles de 20-25 ans.

Les signes de dépendance
Parmi les fumeurs réguliers, 5,6 % déclarent consommer leur première cigarette dans les cinq premières minutes suivant le réveil, et 14,7 % entre 6 et 30 minutes suivant le réveil, cette précocité de la première cigarette pouvant être interprétée comme un signe de dépendance. Une grande majorité (61,3 %) des jeunes fumeurs réguliers déclarent fumer leur première cigarette au-delà de 60 minutes après leur réveil, les filles plus fréquemment que les garçons (67,7 % vs 55,3 % ; p<0,001).
Le mini-test de Fargerström nous renseigne plus précisément sur ces signes de dépendance des fumeurs réguliers. Si l'on tient compte à la fois du délai entre le réveil et la première cigarette, et des quantités fumées en moyenne chaque jour, 21,9 % des fumeurs réguliers présentent des signes de dépendance moyenne et 5,2 % de dépendance forte. Cette dépendance moyenne concerne significativement (p<0,01) plus souvent les garçons que les filles : dépendance moyenne pour 26,3 % des premiers et 17,3 % des secondes (contre respectivement 4,6 % et 5,8 % pour la dépendance forte).

L'entrée dans le tabagisme
En moyenne, les jeunes fumeurs de 12 à 25 ans déclarent avoir fumé leur première cigarette à 14 ans et demi, et avoir commencé à fumer régulièrement un peu après 16 ans. Les résultats sont identiques que l'on soit fumeur régulier ou ex-fumeur régulier. Un délai moyen d'un an et demi à deux ans s'écoule donc entre la première cigarette et le tabagisme régulier.

Évolution depuis 1997
Le Baromètre santé 2000 indique que 30,0 % des jeunes de 12 à 19 ans déclarent fumer, ne serait-ce que de temps en temps. Ce pourcentage était de 29,0 % dans l'enquête de 1997, sans différence significative. Si on distingue les filles des garçons, la comparaison des deux enquêtes montre que la différence n'est pas significative pour les garçons, mais que la prévalence tabagique des filles augmente significativement (29,8 % à 32,9 % ; p<0,05, le test de significativité étant fait après avoir standardisé les pourcentages de 1999 sur les effectifs de 1997).
Concernant les jeunes adultes, trois enquêtes du Baromètre peuvent nous renseigner de manière intéressante sur la prévalence tabagique parmi les 18-25 ans au cours des années quatre-vingt-dix. En 1992, 54,7 % des jeunes de 18-25 ans déclaraient fumer, ne serait-ce que de temps en temps. En 1995, sans aucune différence significative, cette part s'élevait à 54,0 %. En revanche, en 1999, la prévalence est significativement inférieure avec 47,3 % de jeunes adultes de cette tranche d'âge qui déclarent fumer, ne serait-ce que de temps en temps (p<0,05 entre 1999 et 1995 et p<0,01 entre 1999 et 1992).


Discussion

Les enquêtes du CFES montrent une tendance à la baisse de la prévalence tabagique chez les jeunes depuis les années soixante-dix, mais cette évolution n'est plus observée en 1999 pour l'ensemble des tranches d'âge. Pour la première fois, il est observé une hausse significative de la prévalence tabagique chez les jeunes filles de 12 à 19 ans entre 1997 et 1999, cette observation n'étant pas vérifiée pour les garçons. Même si la différence n'est pas significative pour l'ensemble des jeunes de 12-19 ans, sans distinction de sexe, cette hausse ne manque pas d'inquiéter, d'autant plus qu'elle rejoint, pour les filles, les résultats d'autres enquêtes nationales. La comparaison des enquêtes Inserm 93 et Espad 99 [3], toutes les deux faites en milieu scolaire, montre en effet que la consommation répétée de tabac tend à augmenter chez les 14-18 ans et que cette hausse concerne davantage les filles. L'enquête Espad consiste en un questionnaire autoadministré en milieu scolaire et a été réalisée dans une trentaine de pays européens. Entre 1995 et 1999, la prévalence du tabagisme au cours des trente jours précédant l'enquête a plutôt augmenté, assez nettement pour les pays de l'Est (Républiques tchèque et slovaque, Slovénie, Pologne) et du Nord (Lituanie, Estonie, Danemark, Norvège, Finlande). Cette consommation baisse uniquement pour Chypre, l'Islande et l'Irlande. Concernant les pays voisins de la France, entre 1995 et 1999 le tabagisme au cours des trente derniers jours a baissé très légèrement au Royaume-Uni (32 à 31 % pour les garçons, 40 à 37 % pour les filles) et a augmenté en Italie, surtout pour les filles (36 à 37 % pour les garçons, 37 à 43 % pour les filles).
L'enquête sur la santé en milieu scolaire intitulée Health Behaviour of School-aged Children (HBSC) [5] conclut qu'entre 1994 et 1998 aucune variation majeure n'est observée pour la consommation de tabac des jeunes en France. L'enquête note cependant une tendance à la hausse des initiés à l'âge de 15 ans, 59,0 % ayant déclaré avoir déjà essayé de fumer en 1994 contre 65,6 % en 1998. Enfin, l'enquête HBSC, tout comme le Baromètre santé 2000, conclut à une prévalence tabagique supérieure chez les jeunes filles à celle observée chez les garçons du même âge.
À l'inverse, la prévalence tabagique diminue nettement parmi les 18-25 ans, ce qui est un résultat très positif. En effet, les 18-25 ans constituent la tranche d'âge où la prévalence tabagique est la plus importante. Cette baisse pourrait s'expliquer par le fait qu'au sein de cette tranche d'âge, ce sont les hommes qui déclarent le plus souvent fumer et que globalement on identifie une baisse plus marquée parmi les hommes que parmi les femmes.

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