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Consommation de tabac chez les jeunes
(12-25 ans)
Les résultats seront d'abord présentés
de façon brute (tris croisés), puis après
ajustement sur des variables ayant un rapport à la
variable étudiée (prise en compte des facteurs de confusion).
Prévalence du tabagisme selon les caractéristiques
sociodémographiques
Âge
36,7 % des jeunes de 12 à 25 ans déclarent
fumer, ne serait-ce que de temps en temps. Ce pourcentage
est significativement supérieur à celui des
26-75 ans (32,2 % ; p<0,001). Cependant, il cache une
grande disparité entre les plus jeunes et les moins
jeunes de cette tranche d'âge (12-25 ans). En effet,
la prévalence tabagique passe de 8,5 % pour les
12-14 ans à 40,9 % pour les 15-19 ans et atteint
un maximum de 47,6 % chez les 20-25 ans (jeunes adultes).
Ces différences sont significatives entre 12-14 ans
et 15-19 ans (p<0,001) et entre 15-19 ans et 20-25 ans
(p<0,01).
La part des fumeurs réguliers dans l'ensemble des fumeurs
augmente1
régulièrement avec l'âge. Il est néanmoins
plus fréquent qu'un individu déclare fumer régulièrement,
c'est-à-dire au moins une cigarette par jour, chez
les 12-25 ans (29,9 %) que chez les 26-75 ans (27,7 %
; p<0,05). 4,1 % des 12-14 ans déclarent fumer
régulièrement. Ce pourcentage est de 33,2 %
chez les 15-19 ans et de 40,4 % parmi les 20-25 ans (Figure 3).
La part des consommateurs réguliers parmi les fumeurs
augmente donc très rapidement : si moins de la moitié
des fumeurs de 12-14 ans sont des consommateurs réguliers,
cette proportion dépasse les 80 % pour les 15-19
ans et les 20-24 ans.
Sexe
Parmi les 12-25 ans, la prévalence tabagique est de
36,8 % chez les garçons et de 36,5 % chez les
filles, sans que cette différence soit statistiquement
significative. Cependant, les adolescentes de 12-14 ans déclarent
significativement fumer plus fréquemment que les garçons
du même âge, respectivement 11,6 % des filles
et 5,3 % des garçons (p<0,05). Pour les 15-19
ans, la différence n'est pas significative (respectivement
filles : 44,0 % et garçons : 38,2 %) (Figure 4).
La tendance s'inverse pour les 20-25 ans, avec une prédominance
de fumeurs parmi les jeunes hommes, respectivement 43,3 %
des filles et 51,6 % des garçons (p<0,05).
Les filles de 12-14 ans sont 5,7 % à déclarer
consommer au moins une cigarette par jour (fumeuses régulières)
vs 2,5 % pour les garçons de la même tranche
d'âge (différence non significative). Pour les
15-19 ans, cette différence n'est pas non plus significative
(32,2 % pour les garçons vs 34,7 % pour les
filles). Enfin, il y a 37,2 % de fumeuses régulières
parmi les jeunes femmes de 20-25 ans, alors que les hommes
de la même tranche d'âge sont près de la
moitié (43,4 %) à consommer au moins une
cigarette par jour (p<0,05).
La part des fumeurs réguliers dans la population des
fumeurs augmente très vite avec l'âge : pour
les garçons, ils sont 46,8 % parmi les 12-14 ans,
puis 83,6 % parmi les 15-19 ans et 84,1 % parmi les
20-25 ans (p<0,01). Parmi les filles fumeuses, 48,8 %
déclarent fumer régulièrement parmi les
12-14 ans, 78,8 % parmi les 15-19 ans et 85,9 % parmi
les 20-25 ans.
Scolarisation
Le fait de n'être plus scolarisé est corrélé
avec le fait de déclarer fumer pour les 16-18 ans.
Concernant cette tranche d'âge, 38,4 % des jeunes
scolarisés (à l'école ou à l'université)
déclarent fumer, ne serait-ce que de temps en temps,
alors que ce pourcentage est de 66,1 % parmi ceux qui
ne le sont plus (p<0,001) (Figure 5).
Ces résultats ne sont significatifs que pour les jeunes
de 18 ans (p<0,001 pour les garçons et p<0,05
pour les filles).
Les jeunes de 15 à 19 ans qui sont en apprentissage
déclarent plus souvent être fumeurs que ceux
qui ne le sont pas : 50,1 % vs 39,5 % (p<0,05).
Cette différence est significative pour les garçons,
mais pas pour les filles.
Parmi les jeunes de 20-25 ans, le fait d'avoir son bac apparaît
comme un facteur fortement discriminant : 48,6 % de ceux
qui n'ont aucun diplôme ou qui ont un diplôme
inférieur au bac déclarent fumer régulièrement
vs 36,8 % de ceux qui ont au moins un niveau bac (p<0,001).
Il en va de même pour les quantités consommées
: les premiers consomment en moyenne un plus grand nombre
de cigarettes par jour (13,9 vs 10,5 ; p<0,001).
Structure familiale
La structure familiale des jeunes semble liée avec
le fait de déclarer fumer ou ne pas fumer. Que ce soit
parmi les 15-19 ans ou les 20-25 ans, les jeunes issus d'une
famille nucléaire ou étendue2
sont significativement (p<0,001) moins souvent fumeurs
que les autres. Chez les plus jeunes (15-19 ans), la différence
est faible entre ceux qui n'ont plus de parents (54,3 %
déclarent fumer), ceux qui sont issus d'une famille
monoparentale (55,4 %) et ceux qui sont issus d'une famille
recomposée (55,2 %) (Tableau I).
Cette variation est plus marquée chez les 20-25 ans.
Le pourcentage de fumeurs parmi les jeunes issus d'une famille
recomposée est élevé, mais les effectifs
sont très faibles (n=23) et ne permettent donc pas
de tirer des conclusions. Chez les 12-14 ans, l'effectif des
fumeurs est trop faible pour en analyser les tendances en
fonction de la structure familiale.
Niveau socio-économique
Il n'existe aucune différence significative selon le
niveau de revenu du ménage par unité de consommation
(UC)3.
En revanche, parmi ceux qui déclarent fumer, les différences
sont significatives selon la profession et la catégorie
socioprofessionnelle (PCS) du chef de ménage, pour
les hommes (p<0,05) et pour les femmes (p<0,01) (Tableau II).
Les garçons issus d'une famille dont le chef de ménage
est ouvrier ou agriculteur sont, respectivement, 36,4 %
et 37,9 % à déclarer fumer vs 30,1 %
pour les professions libérales et cadres, 40,1 %
pour les employés. Pour les filles, la situation semble
différente. Celles issues d'une famille dont le chef
de ménage est ouvrier ou agriculteur sont, respectivement,
32,6 % et 28,1 % à déclarer fumer vs
31,5 % pour les professions libérales et cadres,
38,8 % pour les employés.
Taille de l'agglomération
De manière générale, la taille de l'agglomération
n'est un facteur discriminant du tabagisme ni parmi les jeunes
filles ni parmi les garçons de 12 à 25 ans.
Tabagisme et mode
de vie : rencontres, loisirs et comportements alimentaires
Pour les deux sexes, la sociabilité va de pair avec
le tabagisme : plus les rencontres avec des parents ou des
amis sont fréquentes au cours des huit derniers jours,
plus la proportion de fumeurs est élevée (cette
relation étant plus nette pour les filles que pour
les garçons) (Tableau III).
Concernant les habitudes alimentaires, le fait de sauter le
petit déjeuner ou un autre repas au cours des sept
derniers jours correspond, pour les deux sexes, à une
plus grande prévalence tabagique. En revanche, les
résultats sont plus contrastés en ce qui concerne
le fait d'avoir suivi un régime pour maigrir au cours
des douze derniers mois. Cette pratique n'est pas associée
à un tabagisme plus élevé pour les garçons,
tandis qu'elle l'est pour les filles : parmi celles qui ont
suivi un régime, 46,6 % fument vs seulement 33,1 %
de celles qui n'en ont pas suivi (p<0,001). De même,
si globalement la prévalence du tabagisme diminue quand
la pratique sportive augmente, pour les filles les plus sportives
(au moins 8 heures de sport par semaine) cette relation semble
moins linéaire que pour les garçons4.
Modélisation
du tabagisme selon le mode de vie
Une régression logistique permet de contrôler
les effets de structure pour mesurer des relations « toutes
choses égales par ailleurs » (et en particulier
à âge comparable). Les résultats obtenus
permettent ainsi d'isoler des « effets propres »
à chaque variable, sans toutefois préjuger de
la nature causale des relations mises en évidence :
certaines dimensions du mode de vie vont de pair avec le tabagisme,
sans que les premières déterminent le second
ou inversement. Après ajustement, les relations observées
précédemment entre habitudes alimentaires et
tabagisme sont confirmées : filles ou garçons,
les adolescents qui sautent des repas (petit déjeuner,
midi ou soir) déclarent fumer plus souvent que les
autres (l'odds ratio ajusté pour le fait d'être
fumeur double pour ceux qui n'ont pas pris de petit déjeuner
pendant toute la semaine précédant l'enquête)
(Tableau IV).
Par ailleurs, pour les filles uniquement, le tabagisme est
plus fréquent parmi celles qui ont suivi un régime
pour maigrir au cours de l'année passée. De
même, le lien entre la sociabilité et le tabagisme
est confirmé et s'avère un peu plus marqué
pour les filles, puisque celles qui déclarent beaucoup
de rencontres avec des parents ou des amis au cours des huit
derniers jours ont un odds ratio ajusté presque deux
fois plus élevé que celles qui n'en rapportent
aucune. En revanche, une fois contrôlés les effets
de l'âge, des rencontres et des habitudes alimentaires,
plus aucun lien ne subsiste entre la pratique sportive hebdomadaire
et le tabagisme, du moins pour les filles. Pour les garçons,
les plus sportifs restent moins souvent fumeurs que les non-sportifs,
et ce de manière significative.
Quantités consommées
Les quantités consommées sont calculées
uniquement parmi les fumeurs réguliers, c'est-à-dire
chez ceux qui consomment au moins une cigarette par jour.
Les jeunes de 12 à 25 ans qui déclarent fumer
régulièrement déclarent consommer en
moyenne 10,2 cigarettes par jour. Dans cette tranche d'âge,
les filles consomment en moyenne moins de cigarettes par jour
que les garçons, respectivement 9,3 contre 11,0 (p<0,001).
Une analyse plus fine montre que les quantités de cigarettes
fumées augmentent rapidement au cours de l'adolescence
: les 12-14 ans qui déclarent fumer régulièrement
consomment en moyenne 4,0 cigarettes par jour, contre 8,3
pour les 15-19 ans et 11,9 pour les 20-24 ans. Au sein de
chacune de ces classes d'âge, les filles consomment
un moins grand nombre de cigarettes que les garçons,
mais cette différence n'est ici significative que pour
les 20-25 ans (p<0,01) (Figure 6).
Ces résultats cachent des écarts types importants
qui ne paraissent pas liés à l'âge : 7,7
chez les garçons de 15-19 ans déclarant fumer
régulièrement, 5,7 chez les filles de la même
tranche d'âge ; 8,0 chez les hommes de 20-25 ans et
6,6 chez les jeunes femmes de la même tranche d'âge.
Les médianes sont respectivement de 7 et
6 cigarettes chez les garçons et les filles de 15-19
ans déclarant fumer régulièrement. Elles
sont identiques (10 cigarettes) chez les garçons et
les filles de 20-25 ans.
Les signes de dépendance
Parmi les fumeurs réguliers, 5,6 % déclarent
consommer leur première cigarette dans les cinq premières
minutes suivant le réveil, et 14,7 % entre 6 et
30 minutes suivant le réveil, cette précocité
de la première cigarette pouvant être interprétée
comme un signe de dépendance. Une grande majorité
(61,3 %) des jeunes fumeurs réguliers déclarent
fumer leur première cigarette au-delà de 60
minutes après leur réveil, les filles plus fréquemment
que les garçons (67,7 % vs 55,3 % ; p<0,001).
Le mini-test de Fargerström nous renseigne plus précisément
sur ces signes de dépendance des fumeurs réguliers.
Si l'on tient compte à la fois du délai entre
le réveil et la première cigarette, et des quantités
fumées en moyenne chaque jour, 21,9 % des fumeurs
réguliers présentent des signes de dépendance
moyenne et 5,2 % de dépendance forte. Cette dépendance
moyenne concerne significativement (p<0,01) plus souvent
les garçons que les filles : dépendance moyenne
pour 26,3 % des premiers et 17,3 % des secondes (contre
respectivement 4,6 % et 5,8 % pour la dépendance
forte).
L'entrée
dans le tabagisme
En moyenne, les jeunes fumeurs de 12 à 25 ans déclarent
avoir fumé leur première cigarette à
14 ans et demi, et avoir commencé à fumer régulièrement
un peu après 16 ans. Les résultats sont identiques
que l'on soit fumeur régulier ou ex-fumeur régulier.
Un délai moyen d'un an et demi à deux ans s'écoule
donc entre la première cigarette et le tabagisme régulier.
Évolution
depuis 1997
Le Baromètre santé 2000 indique que 30,0 %
des jeunes de 12 à 19 ans déclarent fumer, ne
serait-ce que de temps en temps. Ce pourcentage était
de 29,0 % dans l'enquête de 1997, sans différence
significative. Si on distingue les filles des garçons,
la comparaison des deux enquêtes montre que la différence
n'est pas significative pour les garçons, mais que
la prévalence tabagique des filles augmente significativement
(29,8 % à 32,9 % ; p<0,05, le test de significativité
étant fait après avoir standardisé les
pourcentages de 1999 sur les effectifs de 1997).
Concernant les jeunes adultes, trois enquêtes du Baromètre
peuvent nous renseigner de manière intéressante
sur la prévalence tabagique parmi les 18-25 ans au
cours des années quatre-vingt-dix. En 1992, 54,7 %
des jeunes de 18-25 ans déclaraient fumer, ne serait-ce
que de temps en temps. En 1995, sans aucune différence
significative, cette part s'élevait à 54,0 %.
En revanche, en 1999, la prévalence est significativement
inférieure avec 47,3 % de jeunes adultes de cette
tranche d'âge qui déclarent fumer, ne serait-ce
que de temps en temps (p<0,05 entre 1999 et 1995 et p<0,01
entre 1999 et 1992).
Discussion
Les enquêtes du CFES montrent une tendance à
la baisse de la prévalence tabagique chez les jeunes
depuis les années soixante-dix, mais cette évolution
n'est plus observée en 1999 pour l'ensemble des tranches
d'âge. Pour la première fois, il est observé
une hausse significative de la prévalence tabagique
chez les jeunes filles de 12 à 19 ans entre 1997 et
1999, cette observation n'étant pas vérifiée
pour les garçons. Même si la différence
n'est pas significative pour l'ensemble des jeunes de 12-19
ans, sans distinction de sexe, cette hausse ne manque pas
d'inquiéter, d'autant plus qu'elle rejoint, pour les
filles, les résultats d'autres enquêtes nationales.
La comparaison des enquêtes Inserm 93 et Espad 99 [3],
toutes les deux faites en milieu scolaire, montre en effet
que la consommation répétée de tabac
tend à augmenter chez les 14-18 ans et que cette hausse
concerne davantage les filles. L'enquête Espad consiste
en un questionnaire autoadministré en milieu scolaire
et a été réalisée dans une trentaine
de pays européens. Entre 1995 et 1999, la prévalence
du tabagisme au cours des trente jours précédant
l'enquête a plutôt augmenté, assez nettement
pour les pays de l'Est (Républiques tchèque
et slovaque, Slovénie, Pologne) et du Nord (Lituanie,
Estonie, Danemark, Norvège, Finlande). Cette consommation
baisse uniquement pour Chypre, l'Islande et l'Irlande. Concernant
les pays voisins de la France, entre 1995 et 1999 le tabagisme
au cours des trente derniers jours a baissé très
légèrement au Royaume-Uni (32 à 31 %
pour les garçons, 40 à 37 % pour les filles)
et a augmenté en Italie, surtout pour les filles (36
à 37 % pour les garçons, 37 à 43 %
pour les filles).
L'enquête sur la santé en milieu scolaire intitulée
Health Behaviour of School-aged Children (HBSC) [5]
conclut qu'entre 1994 et 1998 aucune variation majeure n'est
observée pour la consommation de tabac des jeunes en
France. L'enquête note cependant une tendance à
la hausse des initiés à l'âge de 15 ans,
59,0 % ayant déclaré avoir déjà
essayé de fumer en 1994 contre 65,6 % en 1998.
Enfin, l'enquête HBSC, tout comme le Baromètre
santé 2000, conclut à une prévalence
tabagique supérieure chez les jeunes filles à
celle observée chez les garçons du même
âge.
À l'inverse, la prévalence tabagique diminue
nettement parmi les 18-25 ans, ce qui est un résultat
très positif. En effet, les 18-25 ans constituent la
tranche d'âge où la prévalence tabagique
est la plus importante. Cette baisse pourrait s'expliquer
par le fait qu'au sein de cette tranche d'âge, ce sont
les hommes qui déclarent le plus souvent fumer et que
globalement on identifie une baisse plus marquée parmi
les hommes que parmi les femmes.
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