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Tabac
Karina Oddoux , Patrick Peretti-Watel , François Baudier
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L'essentiel
33,1 % des individus de 12 à 75 ans déclarent fumer, ne serait-ce que de temps en temps, avec une grande disparité selon l'âge et le sexe : 36,7 % pour les jeunes de 12 à 25 ans et 32,2 % chez les 26- 75 ans.
Parmi les 12-25 ans, la prévalence tabagique est de 36,8 % chez les garçons et de 36,5 % chez les filles, sans que cette différence soit statistiquement significative. Les jeunes (12 à 25 ans) qui déclarent fumer régulièrement (29,9 %) consomment en moyenne 10,2 cigarettes par jour et les quantités fumées augmentent rapidement au cours de l'adolescence. 21,9 % des fumeurs réguliers montrent des signes de dépendance moyenne et 5,2 % de dépendance forte selon le mini-test de Fagerström. Entre le Baromètre santé jeunes 97/98 et celui de 2000, on n'observe pas de différence significative pour l'ensemble des 12-19 ans. En revanche, la prévalence tabagique des filles augmente. Concernant les jeunes de 18- 25 ans, la comparaison des données des trois Baromètres santé conclut à une baisse significative de la prévalence tabagique.
Parmi les adultes de 26-75 ans, 32,2 % déclarent fumer, ne serait-ce que de temps en temps, et 27,7 % régulièrement. Parmi ces derniers, 33,4 % présentent des signes de dépendance moyenne et 16,4 % de dépendance forte.
Depuis le début des années quatre-vingt-dix, on constate une certaine tendance à la baisse de la prévalence des hommes alors que celle des femmes est en augmentation.
Plus de la moitié (58,7 %) des fumeurs déclarent avoir envie d'arrêter de fumer, sans différence selon le sexe. Les consommateurs occasionnels font moins souvent cette déclaration que les fumeurs réguliers et, parmi ces derniers, l'envie d'arrêter est d'autant plus fréquente qu'ils consomment un plus grand nombre de cigarettes par jour. Il en est de même chez les plus dépendants. Parmi les jeunes, tout comme parmi les adultes, le projet d'arrêt est le plus souvent envisagé dans un avenir indéterminé.
59,5 % des fumeurs et anciens fumeurs de 15 ans et plus déclarent qu'il leur est déjà arrivé d'arrêter de fumer durant au moins une semaine. En moyenne, les fumeurs réguliers (hors anciens fumeurs) déclarent avoir fait 8,6 arrêts d'au moins une semaine. Ce nombre moyen cache de fortes variations entre les individus. Les arrêts de moins d'un an représentent 73,8 % des cas. Parmi ceux-ci, les tentatives d'arrêt durent le plus souvent moins d'un mois.
Les motivations qui ont poussé les fumeurs et les anciens fumeurs à arrêter durant au moins une semaine sont variées. Les plus souvent évoquées sont « une prise de conscience des conséquences du tabac » (20,4 %), « la peur de tomber malade » (14,9 %) et « la naissance d'un enfant » (13,4 %). Le prix des cigarettes est évoqué par 10,3 % des interrogés et l'avis du médecin par 0,7 %.
De façon générale, les scores de santé des individus qui déclarent fumer sont moins bons que ceux des non-fumeurs, pour les hommes comme pour les femmes : leurs scores de santé physique, de santé perçue et d'estime de soi sont inférieurs à ceux des non-fumeurs, et leur score d'anxiété est plus élevé.
Avec le temps, les fumeurs déclarent de moins en moins souvent consommer du tabac dans les zones non-fumeurs, et c'est plus particulièrement le cas des lieux de travail, des restaurants et des bars. 71,2 % des personnes interrogées se déclarent gênées par la fumée des autres (« beaucoup » : 37,6 % et « un peu » : 33,6 %) et les différents Baromètres santé depuis le début des années quatre-vingt-dix montrent qu'il est de plus en plus fréquent de se déclarer « beaucoup gêné » par la fumée des autres.

Introduction
En France, le tabagisme est responsable d'environ 60 000 décès annuels dont 3 000 féminins, ce qui en fait la première cause de mortalité évitable [1]. Depuis le milieu des années soixante-dix, on observe une tendance à la baisse de la prévalence tabagique1 mais la part des femmes dans la population des fumeurs est en augmentation, au point de remettre en cause la progression de leur espérance de vie [2]. Par ailleurs, cette tendance à la baisse de la prévalence tabagique ne semble plus vérifiée au cours des toutes dernières années pour les 12-19 ans [3].
En 1991, la loi Evin, citée en exemple par la communauté internationale de la santé publique, a permis d'augmenter fortement le prix des cigarettes dès 1992, de renforcer la protection des non-fumeurs par la généralisation des zones non-fumeurs et d'interdire toute publicité directe ou indirecte en faveur du tabac. Ce nouveau contexte s'est traduit par une baisse marquée des ventes de cigarettes, mais un pourcentage significatif de Français continue toujours de fumer (environ un tiers). Les hausses de prix sont récemment devenues plus modestes et, depuis 1998, les ventes ne semblent plus baisser. À la vue des tendances de consommation passées et actuelles, certaines prévisions de mortalité pour 2025 évaluent le nombre de victimes annuelles à 160 000, dont 50 000 femmes [1].
Devant un tel constat, un plan triennal a été mis en place par la Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts) et le CFES (1997-1999). Il se poursuit sur la période 2000-2003 dans le cadre de la convention d'objectifs et de gestion entre l'Assurance maladie et l'État. Par ailleurs, un plan gouvernemental ambitieux a été lancé en 1999 pour les trois années suivantes, confirmant une mobilisation sans précédent des pouvoirs publics autour de la prévention du tabagisme. Il comprend le renforcement des dispositifs de prévention du tabagisme, notamment en terme d'éducation pour la santé auprès des femmes, des jeunes et plus généralement des fumeurs souhaitant arrêter, l'implication accrue des professionnels de la santé et de l'éducation, et une meilleure accessibilité aux méthodes les plus efficaces pour arrêter de fumer du tabac.
De son côté, le Parlement européen se positionne fortement en faveur de la prévention du tabagisme avec une directive concernant la fabrication, la présentation et la vente des produits du tabac, approuvée le 15 mai 2001, aussitôt attaquée par l'industrie du tabac. Le texte prévoit notamment des avertissements sanitaires occupant au moins 30 % de la face principale des paquets, la limitation des rendements en goudrons et monoxyde de carbone, et l'interdiction des mentions fallacieuses « light » et « ultralight ».
Le Baromètre santé 2000 comporte une trentaine de questions consacrées au tabac, ce qui en fait le thème le plus exploré de l'ensemble de l'étude. Ce chapitre dresse un état des lieux de la consommation tabagique chez les jeunes (12-25 ans) et chez les adultes (26-75 ans). Il donne par ailleurs un éclairage sur les comportements d'arrêt du tabac (souhaits, expériences, méthodes envisagées, motivations, etc.) et décrit l'état de santé physique, mentale et sociale des fumeurs à partir d'une échelle de qualité de vie (Duke). Enfin, le respect des zones non-fumeurs et la gêne associée à la fumée des autres seront aussi étudiés dans ce chapitre.

Les 12-75 ans et le tabac
33,1 % des individus de 12 à 75 ans déclarent fumer, ne serait-ce que de temps en temps, avec une grande disparité selon l'âge et le sexe (Figure 1). Sans surprise, tout se joue à l'adolescence, puisque l'on part de quelques pour-cent de fumeurs à 12 ans, pour arriver à près de la moitié de fumeurs à l'âge de 18-19 ans.
Parmi les personnes de cette tranche d'âge, 28,3 % déclarent fumer régulièrement, c'est-à-dire au moins une cigarette par jour, et 4,8 % déclarent être des fumeurs occasionnels.
Les hommes se déclarent significativement plus souvent fumeurs que les femmes (36,6 % vs 29,9 % ; p<0,001) et cette différence reste vérifiée pour les consommations régulières : on compte en effet 31,3 % de fumeurs réguliers parmi les hommes vs 25,3 % parmi les femmes (p<0,001) et 5,1 % de fumeurs occasionnels parmi les hommes vs 4,6 % parmi les femmes (test non significatif). Tout comme pour le tabagisme en général, ces données varient sensiblement avec l'âge (Figure 2).

Méthode
Rappel de quelques définitions utilisées dans ce chapitre :

  • Fumeur : personne qui déclare fumer, ne serait-ce que de temps en temps.
  • Fumeur occasionnel : personne qui déclare fumer moins d'une cigarette par jour.
  • Fumeur régulier : personne qui déclare fumer au moins une cigarette par jour.

Le test de Fagerström (six questions), validé par la communauté scientifique internationale, permet d'évaluer le degré de dépendance physique au tabac. Le Baromètre santé ne pose pas l'ensemble des six questions du test, mais se concentre sur deux des plus importantes : « Combien de cigarettes fumez-vous par jour en moyenne ? » et « Le matin, combien de temps après votre réveil fumez-vous votre première cigarette ? » . À partir de ces deux questions, Fagerström a établi un système de scores simplifié pour évaluer le degré de dépendance de l'individu (pas de dépendance ou faible dépendance, dépendance moyenne et dépendance forte).
Dans ce texte, les chiffres relatifs aux quantités consommées ne concernent que celles des fumeurs réguliers. Elles prennent en compte la consommation de pipes et de cigares. À cette fin, un système de conversion a été défini comme suit : un cigare équivaut à deux cigarettes ; une pipe équivaut à cinq cigarettes. Les cigarillos sont inclus dans la dénomination « cigare ».
Les résultats seront le plus souvent présentés en distinguant les hommes et les femmes. Les principaux outils statistiques employés seront les tris croisés avec test du chi2 de Pearson et les odds ratios ajustés issus de régressions logistiques. Lorsqu'une personne déclare fumer, ne serait-ce que de temps en temps, mais que rien ne permet de savoir si elle fume régulièrement ou occasionnellement, l'hypothèse qu'elle fume occasionnellement a été retenue.

NB :
Sont précisés dans les tableaux, par le biais d'étoiles, les différents seuils de significativité. Lorsque rien n'est mentionné, la différence observée n'est pas statistiquement significative au seuil considéré. Dans les figures, la significativité n'est pas précisée, se reporter au texte.

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Baromètre santé 2000 © INPES