|
L'essentiel
33,1 % des individus de 12 à 75 ans déclarent
fumer, ne serait-ce que de temps en temps, avec une grande
disparité selon l'âge et le sexe : 36,7 %
pour les jeunes de 12 à 25 ans et 32,2 % chez
les 26- 75 ans.
Parmi les 12-25 ans, la prévalence tabagique est de
36,8 % chez les garçons et de 36,5 % chez
les filles, sans que cette différence soit statistiquement
significative. Les jeunes (12 à 25 ans) qui déclarent
fumer régulièrement (29,9 %) consomment
en moyenne 10,2 cigarettes par jour et les quantités
fumées augmentent rapidement au cours de l'adolescence.
21,9 % des fumeurs réguliers montrent des signes
de dépendance moyenne et 5,2 % de dépendance
forte selon le mini-test de Fagerström. Entre le Baromètre
santé jeunes 97/98 et celui de 2000, on n'observe pas
de différence significative pour l'ensemble des 12-19
ans. En revanche, la prévalence tabagique des filles
augmente. Concernant les jeunes de 18- 25 ans, la comparaison
des données des trois Baromètres santé
conclut à une baisse significative de la prévalence
tabagique.
Parmi les adultes de 26-75 ans, 32,2 % déclarent
fumer, ne serait-ce que de temps en temps, et 27,7 %
régulièrement. Parmi ces derniers, 33,4 %
présentent des signes de dépendance moyenne
et 16,4 % de dépendance forte.
Depuis le début des années quatre-vingt-dix,
on constate une certaine tendance à la baisse de la
prévalence des hommes alors que celle des femmes est
en augmentation.
Plus de la moitié (58,7 %) des fumeurs déclarent
avoir envie d'arrêter de fumer, sans différence
selon le sexe. Les consommateurs occasionnels font moins souvent
cette déclaration que les fumeurs réguliers
et, parmi ces derniers, l'envie d'arrêter est d'autant
plus fréquente qu'ils consomment un plus grand nombre
de cigarettes par jour. Il en est de même chez les plus
dépendants. Parmi les jeunes, tout comme parmi les
adultes, le projet d'arrêt est le plus souvent envisagé
dans un avenir indéterminé.
59,5 % des fumeurs et anciens fumeurs de 15 ans et plus
déclarent qu'il leur est déjà arrivé
d'arrêter de fumer durant au moins une semaine. En moyenne,
les fumeurs réguliers (hors anciens fumeurs) déclarent
avoir fait 8,6 arrêts d'au moins une semaine. Ce nombre
moyen cache de fortes variations entre les individus. Les
arrêts de moins d'un an représentent 73,8 %
des cas. Parmi ceux-ci, les tentatives d'arrêt durent
le plus souvent moins d'un mois.
Les motivations qui ont poussé les fumeurs et les anciens
fumeurs à arrêter durant au moins une semaine
sont variées. Les plus souvent évoquées
sont « une prise de conscience des conséquences
du tabac » (20,4 %), « la peur de
tomber malade » (14,9 %) et « la naissance
d'un enfant » (13,4 %). Le prix des cigarettes
est évoqué par 10,3 % des interrogés
et l'avis du médecin par 0,7 %.
De façon générale, les scores de santé
des individus qui déclarent fumer sont moins bons que
ceux des non-fumeurs, pour les hommes comme pour les femmes
: leurs scores de santé physique, de santé perçue
et d'estime de soi sont inférieurs à ceux des
non-fumeurs, et leur score d'anxiété est plus
élevé.
Avec le temps, les fumeurs déclarent de moins en moins
souvent consommer du tabac dans les zones non-fumeurs, et
c'est plus particulièrement le cas des lieux de travail,
des restaurants et des bars. 71,2 % des personnes interrogées
se déclarent gênées par la fumée
des autres (« beaucoup » : 37,6 %
et « un peu » : 33,6 %) et les différents
Baromètres santé depuis le début des
années quatre-vingt-dix montrent qu'il est de plus
en plus fréquent de se déclarer « beaucoup
gêné » par la fumée des autres.
Introduction
En France, le tabagisme est responsable d'environ 60 000 décès
annuels dont 3 000 féminins, ce qui en fait la première
cause de mortalité évitable [1].
Depuis le milieu des années soixante-dix, on observe
une tendance à la baisse de la prévalence tabagique1
mais la part des femmes dans la population des fumeurs est
en augmentation, au point de remettre en cause la progression
de leur espérance de vie [2].
Par ailleurs, cette tendance à la baisse de la prévalence
tabagique ne semble plus vérifiée au cours des
toutes dernières années pour les 12-19 ans [3].
En 1991, la loi Evin, citée en exemple par la communauté
internationale de la santé publique, a permis d'augmenter
fortement le prix des cigarettes dès 1992, de renforcer
la protection des non-fumeurs par la généralisation
des zones non-fumeurs et d'interdire toute publicité
directe ou indirecte en faveur du tabac. Ce nouveau contexte
s'est traduit par une baisse marquée des ventes de
cigarettes, mais un pourcentage significatif de Français
continue toujours de fumer (environ un tiers). Les hausses
de prix sont récemment devenues plus modestes et, depuis
1998, les ventes ne semblent plus baisser. À la vue
des tendances de consommation passées et actuelles,
certaines prévisions de mortalité pour 2025
évaluent le nombre de victimes annuelles à 160
000, dont 50 000 femmes [1].
Devant un tel constat, un plan triennal a été
mis en place par la Caisse nationale de l'assurance maladie
des travailleurs salariés (Cnamts) et le CFES (1997-1999).
Il se poursuit sur la période 2000-2003 dans le cadre
de la convention d'objectifs et de gestion entre l'Assurance
maladie et l'État. Par ailleurs, un plan gouvernemental
ambitieux a été lancé en 1999 pour les
trois années suivantes, confirmant une mobilisation
sans précédent des pouvoirs publics autour de
la prévention du tabagisme. Il comprend le renforcement
des dispositifs de prévention du tabagisme, notamment
en terme d'éducation pour la santé auprès
des femmes, des jeunes et plus généralement
des fumeurs souhaitant arrêter, l'implication accrue
des professionnels de la santé et de l'éducation,
et une meilleure accessibilité aux méthodes
les plus efficaces pour arrêter de fumer du tabac.
De son côté, le Parlement européen se
positionne fortement en faveur de la prévention du
tabagisme avec une directive concernant la fabrication, la
présentation et la vente des produits du tabac, approuvée
le 15 mai 2001, aussitôt attaquée par l'industrie
du tabac. Le texte prévoit notamment des avertissements
sanitaires occupant au moins 30 % de la face principale
des paquets, la limitation des rendements en goudrons et monoxyde
de carbone, et l'interdiction des mentions fallacieuses « light »
et « ultralight ».
Le Baromètre santé 2000 comporte une trentaine
de questions consacrées au tabac, ce qui en fait le
thème le plus exploré de l'ensemble de l'étude.
Ce chapitre dresse un état des lieux de la consommation
tabagique chez les jeunes (12-25 ans) et chez les adultes
(26-75 ans). Il donne par ailleurs un éclairage sur
les comportements d'arrêt du tabac (souhaits, expériences,
méthodes envisagées, motivations, etc.) et décrit
l'état de santé physique, mentale et sociale
des fumeurs à partir d'une échelle de qualité
de vie (Duke). Enfin, le respect des zones non-fumeurs et
la gêne associée à la fumée des
autres seront aussi étudiés dans ce chapitre.
Les 12-75 ans et le tabac
33,1 % des individus de 12 à 75 ans déclarent
fumer, ne serait-ce que de temps en temps, avec une grande
disparité selon l'âge et le sexe (Figure 1).
Sans surprise, tout se joue à l'adolescence, puisque
l'on part de quelques pour-cent de fumeurs à 12 ans,
pour arriver à près de la moitié de fumeurs
à l'âge de 18-19 ans.
Parmi les personnes de cette tranche d'âge, 28,3 %
déclarent fumer régulièrement, c'est-à-dire
au moins une cigarette par jour, et 4,8 % déclarent
être des fumeurs occasionnels.
Les hommes se déclarent significativement plus souvent
fumeurs que les femmes (36,6 % vs 29,9 % ; p<0,001)
et cette différence reste vérifiée pour
les consommations régulières : on compte en
effet 31,3 % de fumeurs réguliers parmi les hommes
vs 25,3 % parmi les femmes (p<0,001) et 5,1 %
de fumeurs occasionnels parmi les hommes vs 4,6 % parmi
les femmes (test non significatif). Tout comme pour le tabagisme
en général, ces données varient sensiblement
avec l'âge (Figure 2).
|
Méthode
Rappel de quelques définitions utilisées
dans ce chapitre :
- Fumeur : personne qui déclare fumer, ne serait-ce
que de temps en temps.
- Fumeur occasionnel : personne qui déclare
fumer moins d'une cigarette par jour.
- Fumeur régulier : personne qui déclare
fumer au moins une cigarette par jour.
Le test de Fagerström (six questions), validé
par la communauté scientifique internationale,
permet d'évaluer le degré de dépendance
physique au tabac. Le Baromètre santé
ne pose pas l'ensemble des six questions du test, mais
se concentre sur deux des plus importantes : « Combien
de cigarettes fumez-vous par jour en moyenne ? »
et « Le matin, combien de temps après
votre réveil fumez-vous votre première
cigarette ? » . À partir de ces
deux questions, Fagerström a établi un système
de scores simplifié pour évaluer le degré
de dépendance de l'individu (pas de dépendance
ou faible dépendance, dépendance moyenne
et dépendance forte).
Dans ce texte, les chiffres relatifs aux quantités
consommées ne concernent que celles des fumeurs
réguliers. Elles prennent en compte la consommation
de pipes et de cigares. À cette fin, un système
de conversion a été défini comme
suit : un cigare équivaut à deux cigarettes
; une pipe équivaut à cinq cigarettes.
Les cigarillos sont inclus dans la dénomination
« cigare ».
Les résultats seront le plus souvent présentés
en distinguant les hommes et les femmes. Les principaux
outils statistiques employés seront les tris
croisés avec test du chi2
de Pearson et les odds ratios ajustés issus
de régressions logistiques. Lorsqu'une personne
déclare fumer, ne serait-ce que de temps en temps,
mais que rien ne permet de savoir si elle fume régulièrement
ou occasionnellement, l'hypothèse qu'elle fume
occasionnellement a été retenue.
|
NB :
Sont précisés dans les tableaux, par le biais
d'étoiles, les différents seuils de significativité.
Lorsque rien n'est mentionné, la différence
observée n'est pas statistiquement significative au
seuil considéré. Dans les figures, la significativité
n'est pas précisée, se reporter au texte.
|