ACTUALITES SCIENTIFIQUES
 
globe.tif
CANCÉROLOGIE
L’alcool incriminé dans la genèse des cancers du sein et colorectaux
Le rôle causal de l’alcool dans les cancers de la cavité buccale, du pharynx, du larynx, de l’oesophage et du foie est connu depuis de nombreuses années ; il avait été notamment souligné en 1988 par les travaux du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) (1). La nouvelle évaluation du CIRC permet d’incriminer avec certitude la consommation d’alcool dans la survenue de deux autres types de cancers : le cancer du sein et les cancers colorectaux.
En février dernier, 26 chercheurs de 15 pays se sont donc réunis au CIRC à Lyon pour analyser l’ensemble des données de la littérature scientifique relatives au rôle de la consommation d’alcool dans la survenue de cancers sur 27 localisations anatomiques. Un résumé de ce travail est paru récemment ; les résultats complets seront prochainement disponibles(2,3).
L’existence d’une relation de cause à effet a été confirmée pour les cancers suivants : bouche, pharynx, larynx, oesophage et foie. Le risque de ces 4 premiers cancers est augmenté d’un facteur 2 à 3 en cas de consommation quotidienne d’environ 50 g d’alcool (ce qui correspond à 5 verres standard), par rapport au risque des non-buveurs. Ce type de quantification s’avère plus délicat pour le cancer du foie, dans la survenue duquel la cirrhose et d’autres maladies hépatiques interviennent aussi.
Concernant le cancer du sein, les experts ont analysé plus d’une centaine d’études épidémiologiques : ils ont mis en évidence une augmentation du risque parallèle à l’augmentation de la consommation. L’analyse d’ensemble de 53 études portant sur plus de 58 000 femmes atteintes d’un cancer du sein a montré qu'une consommation quotidiennede 50 g d’alcool est associée à un risque relatif d'environ 1,5 (intervalle de confiance à 95 %, 1,3-1,6) par rapport au risque des nonbuveuses.
Même pour une consommation régulière de 18 g d'alcool par jour – soit un peu moins de 2 verres standard –, il existe une augmen tation modeste mais statistiquement significative du risque relatif. « L’association claire et nette entre un risque accru de cancer du sein et des niveaux de consommation d’alcool, même faibles, est une source de préoccupation majeure, notamment au vu de l’évolution des habitudes de consommation d’alcool chez les femmes dans de nombreux pays », estime le Dr Peter Boyle, Directeur du CIRC.
Pour le cancer du colon et du rectum, l’analyse a porté sur plus de 50 études prospectives et castémoins.
Les résultats de 8 études de cohorte et de récentes méta-analyses indiquent une augmen tation du risque relatif de cancer colorectal d'environ 1,4 pour une consommation régulière d'environ 50 gd'alcool par jour, par rapport au risque des non-buveurs. Cette association paraît semblable pour le cancer du colon et pour le cancer rectal. Soulignons également que ces associations sont observées pour tous les types de boissons alcoolisées.
Un effet carcinogène de l’éthanol ayant été ob -servé chez les animaux, l’éthanol dans les boissons alcoolisées a donc été classé « cancérogène pour l’homme ». Enfin, les effets néfastes de l’alcool et du tabac ne s’ajoutent pas simplement les uns aux autres ; ils semblent plutôt se multiplier.
« Les actions de santé publique contre la consommation d’alcool, notamment une consommation excessive, doivent être renforcées », souligne le Dr Boyle. Si les femmes boivent moins souvent et en plus faible quantité que les hommes, on estime à plus de 1,9 milliard le nombre de consommateurs réguliers d’alcool dans le monde, avec une consommation quotidienne moyenne de plus de 13 g d’éthanol (un peu plus d’un verre).
L’OMS a identifié la consommation d’alcool comme l’un des 10 premiers facteurs de risque dans le fardeau mondial de la maladie.
Ce qu’il faut retenir
La consommation d’alcool est associée avec certitude à la survenue de 7 cancers : sein, cavité buccale, pharynx, larynx, oesophage, foie et colon-rectum.
Ce risque est indépendant du type de boissons alcoolisées consommées : il est directement lié au pouvoir cancérigène de l’éthanol que celles-ci contiennent.

Concernant le cancer du sein, les experts ont analysé plus d’une centaine d’études épidémiologiques : ils ont mis en évidence une augmentation du risque parallèle à l’augmentation de la consommation. L’analyse d’ensemble de 53 études portant sur plus de 58 000 femmes atteintes d’un cancer du sein a montré qu'une consommation quotidiennede 50 g d’alcool est associée à un risque relatif d'environ 1,5 (intervalle de confiance à 95 %, 1,3-1,6) par rapport au risque des nonbuveuses.
Même pour une consommation régulière de 18 g d'alcool par jour – soit un peu moins de 2 verres standard –, il existe une augmen tation modeste mais statistiquement significative du risque relatif. « L’association claire et nette entre un risque accru de cancer du sein et des niveaux de consommation d’alcool, même faibles, est une source de préoccupation majeure, notamment au vu de l’évolution des habitudes de consommation d’alcool chez les femmes dans de nombreux pays », estime le Dr Peter Boyle, Directeur du CIRC.
Pour le cancer du colon et du rectum, l’analyse a porté sur plus de 50 études prospectives et castémoins.
Les résultats de 8 études de cohorte et de récentes méta-analyses indiquent une augmen tation du risque relatif de cancer colorectal d'environ 1,4 pour une consommation régulière d'environ 50 gd'alcool par jour, par rapport au risque des non-buveurs. Cette association paraît semblable pour le cancer du colon et pour le cancer rectal. Soulignons également que ces associations sont observées pour tous les types de boissons alcoolisées.
Un effet carcinogène de l’éthanol ayant été ob -servé chez les animaux, l’éthanol dans les boissons alcoolisées a donc été classé « cancérogène pour l’homme ». Enfin, les effets néfastes de l’alcool et du tabac ne s’ajoutent pas simplement les uns aux autres ; ils semblent plutôt se multiplier.
« Les actions de santé publique contre la consommation d’alcool, notamment une consommation excessive, doivent être renforcées », souligne le Dr Boyle. Si les femmes boivent moins souvent et en plus faible quantité que les hommes, on estime à plus de 1,9 milliard le nombre de consommateurs réguliers d’alcool dans le monde, avec une consommation quotidienne moyenne de plus de 13 g d’éthanol (un peu plus d’un verre).
L’OMS a identifié la consommation d’alcool comme l’un des 10 premiers facteurs de risque dans le fardeau mondial de la maladie.


1. Evaluation of carcinogenic risks to humans. Alcohol drinking. Lyon : CIRC, 1988;vol.44.
2. Alcoholic beverage consumption and ethyl carbamate (urethane). Lyon : CIRC, 2007;vol.96. À paraître.
3. Baan R et al. Carcinogenicity of alcoholic beverages, Policy watch. The Lancet Oncology 2007;8,292-3.
Ce qu’il faut retenir
En France :
une femme sur dix sera atteinte d’un cancer
du sein au cours de sa vie.
l’incidence (nombre de nouveaux cas d’une maladie pendant une période donnée dans une population donnée) est de 107 femmes pour 100 000 femmes et par an, ce qui se traduit par :
– 43 000 nouveaux cas par an
– 10 000 décès par an.
le cancer du sein est la première cause de mortalité chez la femme.
*Body G. et al. Tumeurs du sein. Rev Prat 2005;55:303-14
un net sur-risque...
L’âge et le terrain génétique [gènes de prédisposition BRCA1 et 2, etc.] sont les 2 principaux facteurs de risque de cancer du sein. Cette étude confirme que l’alcool est lui aussi un facteur de risque de ce cancer. L’équation alcool-cancer du sein n’est toutefois pas univoque. L’alcool ne peut être considéré séparément des autres facteurs de risque : il est notamment très corrélé au tabagisme. Il s’ajoute au surpoids et au capital graisseux, à la sédentarité, à la dysrégulation hormonale et au déséquilibre alimentaire. Une prévention adéquate hygiéno-diététique via une intervention sur le mode de vie dont la consommation d’alcool permettrait donc de diminuer le risque de survenue de cancer, alors qu’on ne peut agir ni sur l’âge, ni sur la génétique. Enfin, l’alcool n'a probablement pas le même impact carcinogénique chez toutes les femmes, selon qu’un risque génétique authentique a été identifié. Sans tracer un lien direct fort entre cancer et alcool, cette étude illustre avant tout le caractère multifactoriel du risque de cancer du sein et la possibilité, par de petites interventions souvent sous-estimées, de contribuer à réduire le risque global individuel. De là à interdire la consommation d’alcool, ne cédons pas au chant des sirènes !!
 
LE COMMENTAIRE DE ...
dominique maraninchi, directeur de l'Institut national du cancer (INCA)
Le cancer du sein est une maladie multifactorielle et polygénique. L’abstinence vis-à-vis de l’alcool diminue le niveau de risque de développer un cancer du sein ; cependant, résumer la problématique à un simple « je ne bois pas, donc je ne risque rien » serait parfaitement erroné. Rappelons que l’âge reste le principal facteur de risque de ce cancer (risque de survenue multiplié par 10 au-delà de 65 ans).
 
4 - ACTUALITES ALCOOL I N°33 I JUIN 2007